3 raisons d'attendre avec impatience ÉPÉE, le nouvel album de Jardin

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Depuis 2012, le producteur Français Lény Bernay a lancé un mystérieux projet nommé Jardin, aux influences variées : lo-fi house, rap, techno industrielle ou encore ambient. Après deux albums mystiques (A Girl with a Dog in a Rave et Post-Capitalist Desires publiés en 2016) et une mixtape (PCD Mixtape en 2017), Jardin sort son troisième LP le 14 septembre chez le Turc Mécanique – également label de Bracco, Balladur et Slaves of Joy entre autres. Il fait par ailleurs partie du collectif Qui Embrouille Qui, dernier boom médiatique de la scène électronique parisienne. Voici donc 3 raisons de s’intéresser de très près à ÉPÉE, un des disques les plus excitants de la rentrée.

1) Son style unique

Jamais complaisant, toujours en feu, les projets successifs de Jardin se démarquent par leur violence et leur radicalité. Une énergie punk contestataire se dégage de l’ensemble ; l’artiste met en mouvement une rage intacte et pure doublée d’une urgence rare dans le paysage Français. La recette de Jardin est explosive : des sons profondément mélancoliques aux allures de descentes d’acide, construits avec des expérimentations bizarres et bruitistes et des visuels surréalistes parfois à la limite du porno… L’univers visuel du Franco-Belge est total, dérangeant et post-capitaliste, rien que ça. Et quand il adapte son set en live, c’est encore plus intense. L’homme se confond avec la machine, les boîtes à rythmes tranchantes comme prolongement de ses membres ; les samples bruyants comme projections des idées tumultueuses de l’artiste. Jardin se désincarne : il est nécessaire pour le comprendre de regarder son live bouillant pour le label Dumbhill Records, publié en 2014. Lény devient l’image qu’il produit ; il disparaît derrière les fragments de vie épileptiques qu’il montre de manière absolument étrange et radicale.

2) Son utilisation d’Internet

Si l’on ressent l’âme mélancolique de son auteur, le projet est néanmoins ancré dans son époque : mélange de culture rave, d’imagerie post-apocalyptique et de Net.art, le projet se sert d’Internet comme première aire de jeu. Si l’on se perd dans les méandres des sites internet qu’il a mis en place depuis quelques années, on se rend compte que l’artiste utilise le web comme un outil de contre-culture, ce qui se fait rare à l’heure où le contenu sur Internet tend à se polir. Et ça vaut le coup d’oeil : jamais un artiste n’a mis à disposition de son public des outils aussi foutraques et hors-norme pour promouvoir sa musique. On peut se perdre quelques heures dans l’enchevêtrement presque infini de liens, parmi lesquels on découvre un générateur magique de samples, des clips hypnotisants ainsi que leurs créateurs et une multitude de courtes vidéos bizarres, hors de tout format. Véritable vivier de jeunes figures anticonformistes, on y découvre les superbes Tumblr de Guillaume Héry et Tiphaine Larossa ainsi que le site de François Quillacq, entre autres. Dernièrement, Jardin a publié un clip complètement fou qu’il a lui même réalisé pour illustrer son dernier single ÉPÉE, avec tous les ingrédients qui le caractérisent : situations malsaines, postures pornographiques, son incisif et revendications post-internet. C’est dérangeant, oui, mais terriblement efficace.

 

3) Sa vision du monde

S’il y a bien un terme qui correspond au chaos qu’il crée sur scène et dans ses disques, c’est bien contre-culture : il revendique explicitement un héritage post-hippie et queer de manière philosophique et engagée. Jardin chercher à résister, à s’opposer et à changer le monde : pour cela il se sert de la musique et de son pouvoir rassembleur (sa musique est au final très intime). Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça fait du bien de voir un artiste aussi libre et fougueux, qui ne se préoccupe jamais des limites de l’acceptable ou de l’aspect commercial de sa musique. Jardin se fout des codes et mène ses projets en total décalage par rapport aux méthodes de promotions traditionnelles. On pourrait croire à un délire nombriliste de bourge blanc-bec, mais compte tenu de l’intensité du message qu’il transmet et de l’implication qu’il fournit à son art, on peut difficilement remettre en cause sa bonne foi. Jardin est prolifique et ne se limite pas à sortir un EP par an ; plus on fouille, plus on a l’impression de se perdre dans un labyrinthe d’images hantées, posées ça et là par un regard à la fois triste et plein d’espoir.

 

Au final, peut-être que le projet Jardin n’est qu’un pétard mouillé qui ne va rien révolutionner du tout, mais peut-être tenons-nous là une des figures importantes à venir de l’anti-establishment à la Française. Il faut au moins laisser sa chance à ce projet fou et véritablement ambitieux. Alors, pourquoi ne pas s’y intéresser ?

Ses trois sites Internet :

Son set pour Qui Embrouille Qui chez Rinse France : ICI

Fils caché de Thomas Mars et Dan Snaith, j’ai quitté ma ville pour la capitale. C’est une bonne situation ça scribe ?