Acts Of Fear And Love : le renouveau de Slaves

Tu fais tourner ?
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Jusqu’à présent Slaves était un petit secret bien gardé pour les amoureux français de punk rock. Depuis 2015, le duo venu du Kent nous réjouit avec sa musique à la fois abrasive, drôle et souvent pertinente sur le monde qui nous entoure. Seulement, la donne risque clairement de changer tant Acts Of Fear And Love s’annonce comme un album charnière dans l’histoire certes jeune mais déjà bien remplie des anglais. Et si le changement, c’était maintenant ?

Acts Of Fear And Love. Lorsque l’on réfléchit un peu à la musique de Slaves, on se dit que rarement le nom d’un album aura aussi bien représenté la musique d’un groupe. Des acteurs de peur et d’amour donc. De peur, puisque les deux bonhommes prennent souvent un malin plaisir à pointer du doigt les tares et les défauts d’une société qui n’en manque clairement pas. Et d’amour aussi, puisque tout artiste veut que sa musique soit aimée, partagée, discutée. C’est une des réussites des anglais depuis leur début. Nous faire réfléchir tout en nous divertissant. Ce nouvel album ne fait pas exception à la règle, pourtant il marque une nouvelle étape dans la carrière d’un groupe qui met un point d’honneur à toujours nous surprendre, à nous offrir à chaque album, une colonne vertébrale, un ADN qui nous rappelle gentiment où l’on se situe, tout en le faisant évoluer vers des contrées inexplorées jusqu’à présent.

 

Le changement le plus évident tout d’abord est l’apparition du groupe sur la pochette de l’album. Décalée et plutôt hilarante, elle est bien sûr à l’image du groupe. Mais elle reste aussi une manière pour eux de montrer à quel point, ils sont fiers de cet album comme ils ont pu nous le confier lors de leur interview. Et ils ont de quoi, tant celui-ci marque un palier, une étape et une véritable évolution dans la vision que l’on peut avoir de Slaves. Si ils ont toujours été salués pour leurs prestations live jouissives et leur puissance, on se dit avec Acts Of Fear And Love que désormais on ne dira plus uniquement « tu dois les voir en live » pour parler du duo mais aussi « il faut absolument écouter leur dernier album ». Cet album est ainsi le plus réfléchi, le plus produit et par extension le plus ambitieux du groupe jusqu’à présent. C’est un album qui s’explore, qui n’est pas forcément linéaire ou pensé comme tel. Chaque chanson ressemble à un polaroïd, une humeur, une image que le groupe voudrait développer. C’est un livre photo musical, qui se feuillette, ou chaque photo touchera parfois plus une personne que l’autre.
Bien sûr, il faut amadouer le chaland, l’amoureux du groupe pour l’emmener dans un monde différent et faire évoluer son point de vue tout au long de l’album pour qu’à la fin il puisse se dire « putain, ils m’ont bien eu ».

A ce titre, The Lives They Wish They Had était bien sur la chanson parfaite pour commencer l’album. Dans la droite lignée des précédents albums, portée par un rythme lourd et le chant scandé/hurlé de Isaac Holman, la chanson porte un point de vue assez acide d’Instagram et de la façon dont les gens mettent en scène leur vie. On se dit qu’on est clairement dans un album de Slaves et que aussi excellente soit-elle, la musique du groupe pourrait s’émousser dû à une activité musicale assez frénétique (3 albums en 3 ans tout de même). Et on ne pourrait pas plus se planter puisque dès Cut And Run, on est pris à contre-pied de nos attentes. Si les paroles restent dans la lignée de ce que le groupe nous offre d’habitude, le rythme lui se fait plus pop, plus joyeux, plus travaillé aussi.

Bugs et Magnolia viennent nous foutre deux tartes qui nous maintiennent éveillé, explorant là encore des terrains bien connus des fans du groupe et se présentant à coup sûr comme des points forts des futurs show du groupe. Bien sûr à nos oreilles, une différence notable commence à apparaitre, la voix de Holman se fait plus chantante, plus assumée. On se dit que notre cerveau nous joue des tours, mais non. Et vient alors Daddy. La chanson, très courte, douce et mélancolique se place ainsi comme une transition dans Acts Of Fear And Love. Portée par les choeurs de Ellie Rowsell, chanteuse de Wolf Alice, ce titre est une décharge émotionnelle et surtout un texte personnel comme on ne pensait pas en espérer du groupe.

Et pourtant c’est dans cette veine introspective que le groupe continue de creuser son sillon avec Chokehold et Photo Opportunity. La première se présente comme l’exact opposé de Cut And Run, une composition dans le pur style de Slaves mais des paroles qui finissent définitivement par nous prendre à la gorge. La seconde se présente comme la pièce la plus ambitieuse du groupe jusqu’à présent, que ce soit dans ses paroles mais aussi dans sa structure. Sans doute la chanson la plus puissante émotionnellement que le groupe nous ait offert et qui finit par faire définitivement la bascule et nous convaincre que oui, Slaves vient de nous offrir son meilleur album. Artificial Intelligence et son rythme lourd et hypnotique nous cueille, une nouvelle fois avec bonheur. Là encore Hollman joue avec sa voix et prouve qu’il est définitivement un interprète, un conteur.
Acts Of Fear And Love vient conclure l’album de manière parfaite, cette longue ballade à la montée en puissance et au rythme variant nous achève donc pour notre plus grand plaisir.

 

On aurait pu craindre que l’hyperactivité de Slaves leur fasse faire un faux pas. On n’aurait pas pu avoir plus tort. Acts Of Fear And Love est définitivement leur meilleur album, varié dans les compositions, les ambiances, mais aussi dans ses intentions vocales. Ce troisième album des gars du Kent prouve si on en avait besoin qu’ils sont là pour durer. Ils nous offrent l’album d’un groupe ambitieux, celui qu’ils ont toujours voulu être et présentent donc au monde. Le futur de Slaves s’annonce des plus excitants, et on sera là pour voir ça.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.