Agar Agar, une gélatine qui colle aux oreilles

Tu fais tourner ?
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Jeudi soir, dans un café à Saint-Gilles (Bruxelles), ça trépignait d’impatience. Le duo bizarre Agar Agar jouait pour la première fois les morceaux de leur nouvel album, The Dog And The Future, la veille du jour de sortie du premier opus du binôme. Armand et Clara ont conquis en zone bruxelloise et leur album tourne maintenant sur les plateformes de streaming et autres depuis quelques jours.

Ce duo étrange de parisiens est audacieux et prometteur, distillant une aura un peu geek and freak. Armand a pour passion d’élever des fourmis, ce qui leur a d’ailleurs valu leur nom de scène, et Clara est ensorcelante avec sa voix sortie tout droit d’une autre galaxie. Regards vides et faciès inexpressifs pour leurs photos promo, l’entité « Agar Agar » a quelque chose d’intrigant voire même quelque peu creepy. Le genre de creepy des artistes un peu perchés, celui qui rend curieux et pourrait se transformer en addiction. Tels des nerds, ils ont confié s’être créé un petit laboratoire propice à la création pour écrire The Dog And The Future et on ne peut s’empêcher d’imaginer les deux acolytes faire leurs expérimentations à la Yzma et Kronk, avec toutefois une Yzma à la grâce et à la voix envoûtantes et un Kronk plus futé avec des skills en synthé et en beatmaking.

Le premier né du groupe est un album en deux temps, « The Dog » pour la scène et « The Future » pour le coté expérimental. Les parisiens ont voulu scinder leur album pour marquer la rupture entre les titres imaginés pour le live et ceux plus expérimentaux et décorporalisés. Les thématiques que le groupe aborde et le look sci-fi à la David Lynch du clip de Fangs Out témoignent d’une esthétique plus fouillée qu’il n’y paraît au premier coup d’œil. Tout comme le clin d’œil perpétuel à un chien, dont l’origine viendrait du fait que Clara et Armand se comparent à des petits chiots joueurs quand ils composent. 

The Dog and The Future est un disque complet, plein de réverbérations entre des titres plus posés et des plus rythmés. Lunatic Fight Jungle vous ferait partir dans une rave party dès l’aube à votre réveil tandis que Duke est plus cérémonielle avec des résonances, des superpositions de voix et des instruments qui donnent un aspect religieux à la chanson. Tout au long de l’album, la voix de Clara fait mouche qu’elle soit chantée, susurrée ou davantage dans un parlé-récité, tantôt dans les graves, tantôt dans les aigus.

La sublime Shivers donne simplement… les frissons si nos oreilles baignent dans les envolées vocales de la volubile chanteuse. Si l’on peut parfois trouver que les singles sortis en amont d’un disque peuvent être un peu moins qualitatifs que le reste de l’album, les deux Sorry About The Carpet et Fangs Out sortis durant l’année 2018 nous prouvent le contraire et sont efficaces dans la tracklist.

Viennent ensuite la nostalgique Requiem avec ses synthés dramatiques et les délicieuses supplications de Clara et le dernier titre imprononçable, Schlaflied für gestern (« Berceuse pour hier ») qui vient clore l’album de façon reposante, comme pour ancrer l’ensemble des titres dans une solidité que revêt définitivement ce premier album de Agar Agar.

Crédit photo : Andrea Mae Perez

Touche-à-tout, gosse éparpillé, enfant de l’indietronica se découvrant un goût pour la nouvelle pop française.