Club 12345 : Le manifeste radical et libre de Bagarre

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Coup de foudre musical : manifestation subite de l’amour dès la première écoute. S’il existe un groupe pour qui cette définition semble avoir été faite c’est bien Bagarre. Ce fut immédiat, chimique, presque physique, très certainement palpable et ce, dès la sortie de leur premier EP, Bonsoir Nous Sommes Bagarre en 2014. Cette histoire intense fut prolongée en 2015 avec Musique de Club et de très très nombreux concerts depuis… Il parait que l’amour dure trois ans, qu’après il se dilue. Nous sommes aujourd’hui en 2018 et cette relation dure donc depuis 4 ans. Bagarre dévoile aujourd’hui son premier album Club 12345. Et autant le dire clairement, avec un album aussi couillu, intense et radical, cette histoire d’amour n’est pas prête de s’arrêter.

« Et sinon, Bagarre c’est quel genre de musique ?« . Si comme nous, vous vous intéressez au quintette depuis un moment, vous avez sans doute du lire cette phrase un bon nombre de fois. Grosse erreur, répétée encore et encore. Les définir, les accrocher à un style musical, serait à la fois incongru, réducteur et tout bonnement impossible. Car Bagarre n’est pas un groupe de genre, mais de mouvement. Les indices sont présents depuis le début, et mènent vers un mouvement qu’on pourrait appeler Le Club. Ce terme est présent, disséminé partout dans leur musique depuis le départ. Bagarre c’est Le Club et pas autre chose. Si on cherchait à définir cette idée, on pourrait dire que Le Club est un espace de liberté, de sincérité et de folie. Un endroit fait pour rassembler les gens, leur permettre de s’exprimer, d’exister et de se libérer. Peu importe votre origine, votre sexualité, que vous soyez timide ou extraverti, il y aura toujours de la place pour vous dans le monde créé par Bagarre, et il y aura toujours une partie de vous qui trouvera écho dans ce que proposent les Parisiens.

Après le Club, l’autre ligne directrice qui se retrouve dans le titre de ce premier album, c’est le 5, car la formation est une hydre à 5 têtes. 1,2,3,4,5, un gang où chacun joue gentiment des coudes pour apporter sa pierre à l’édifice Bagarre, un bouillonnement d’idées, d’influences, d’écriture qui forme l’ossature du groupe. Une démocratie participative, un monde où chacun a la parole, où le club des cinq ne fait au final qu’un, pas de leader, pas de véritable tête pensante, mais un foisonnement créatif constant, qui pourrait parfois paraitre bordélique autant que jouissif. Nous avons donc défini le Club et le 12345, nous pouvons désormais parler du tant attendu, tant espéré Club 12345.

Et ça commence par un cri, comme une naissance. La musique qui s’installe, pesante, hypnotique, et puis un ordre, scandé, martial, Ecoutez-MoiUne première chanson brutale, comme un direct qui nous assomme. Inattendu aussi, car si on pensait bien connaitre Bagarre, ils vont s’évertuer à nous prouver le contraire. C’est cette sensation qui nous guidera tout au long de l’écoute de cet album, qui nous mène de surprise en surprise. A peine le temps de reprendre nos esprits, qu’on se retrouve une nouvelle fois assommée par la poésie urbaine de Béton Armé et son refrain ravageur. Les mots semblent choisis autant pour leur sens que pour la manière dont ils sonnent, dont ils frappent. C’est à la fois vaporeux et excitant, créé pour que chacun analyse la chanson selon sa propre expérience. Viens ensuite Mal Banal. Si la production est plus douce, la force est à chercher dans les paroles désabusées, puissantes, qui frappent le cœur aussi fort qu’avait pu le faire Le Gouffre à l’époque. On se demandait où était passé Emmaïdee, la voilà qui pointe le bout de son nez. Diamant est un hymne féministe intense et évident, mais elle reste surtout une excellente chanson, à la prod’ impeccable et implacable portée par des percussions monstrueuses. Plus qu’un album, ce Club 12345 devient un véritable rollercoaster musical, où s’enchainent montées, descentes, virages, où l’on nous caresse pour mieux nous claquer la seconde qui suit. Et ce n’est pas la douce et mélancolique Honolulu qui nous fera penser le contraire, puisqu’elle nous laisse à peine le temps de respirer qu’on vient nous cogner Danser seul (ne suffit pas).  Hit évident, qui transformera n’importe quelle salle de concert en dancefloor suintant la bière et la sueur, Danser Seul est réjouissante pour une raison simple : à l’heure ou la plupart des groupes font revivre une musique avec laquelle ils n’ont pas forcément grandi, voir un groupe assumer et embrasser l’influence qu’a eu la dance music des années 90 sur leur existence est particulièrement plaisant. L’autre plaisir qu’on trouve dans cette chanson, et c’est une nouveauté de plus, c’est de voir enfin deux voix se répondre dans une chanson de Bagarre.

Arrive alors le moment tant attendu par n’importe quel fan du quintette, celui dont on rêvait et qu’on craignait de ne jamais voir. Cet instant magique, c’est quand Mus, batteur du groupe, prend le micro. Alors qu’on aurait pu s’attendre à un titre plus porté vers le rock, c’est une incursion dans la trap qui nous est offerte. Entre Vocoders et Hurlement à hérisser les poils, c’est un voyage étrange et rêveur que nous offre Miroir.
Bagarre continue ensuite à nous désappointer pour nous offrir un nouveau revival 90’s avec Ma Louve, sorte de love story r’n’b qui flirte parfois avec un espèce de mauvais goût assumé mais reste toujours du bon côté de la ligne.

Si, sous la torture, on nous demandait de choisir une chanson à retenir de ce Club 12345, c’est avec les yeux cocardés et une bonne partie de nos ongles arrachés qu’on finirait par édifier La Vie C Nul comme pièce maitresse de ce premier album. Par sa tristesse parfois palpable, sa montée absolument incroyable, ses choeurs qui se mélangent jusqu’à faire exploser le nôtre et nous faire fondre en larmes à chaque écoute, la chanson nous emporte et nous permet aussi de nous vider de certains sentiments et souvenirs qui prennent parfois un malin plaisir à s’accrocher à nous. La chanson catharsis par excellence.

A son écoute, on en est certains, l’excellente Vertige était à l’origine prévue pour clôturer l’album : c’est le genre de chanson qui nous berce, qui se termine sur une note à la fois triste et réconfortante. Mais encore une fois, c’est bien mal connaitre Bagarre, et comme des gamins mal élevés, ils nous ressortent de derrière les fagots leur hit ravageur qui fait ses preuves depuis les débuts du groupe. Comme ça, dans le plus grand des calmes, ils nous balancent donc Mourir Au Club dans une version un peu différente de celle présente sur le premier EP. Comme si le repos n’était pas envisageable, qu’il fallait nous achever, elle marque le coup de grâce, fatal et destructeur. Et si on va mourir au club, c’est qu’auparavant on ne s’était jamais aussi senti vivant.

Manifeste musical à la fois radical, fou, libre, intense, on pourrait parler encore et encore de ce Club 12345. Mais plutôt que de continuer à lâcher des mots, on vous conseillera juste de le vivre, de vous plonger dedans, car comme ils le disent si bien  » Le Club c’est vous, La Musique est votre« .

Alors emparez-vous de cet album et faites-lui vivre une histoire à travers votre prisme. Aimez-le, détestez-le, soyez surpris, déçu, intrigué, réjoui, mais ne soyez pas indifférent, car il est impossible d’être indifférent face à ce genre d’album.

Crédit photo: P.E Testard

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.