Carnet de Voyage #1 : Grand Blanc en Russie

Tu fais tourner ?
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Dans Carnet de Voyage, La Vague Parallèle se glisse dans les valises de ses artistes favoris et les suit dans leurs pérégrinations aux quatre coins de la planète. Pour ce premier numéro, nous avons rencontré Camille, Benoît, Luc et Vincent, les turbulents trublions de Grand Blanc, à l’occasion de leur séjour en Russie. Au programme : des concerts dans deux festivals, Bowl à Moscou et Stereoleto à Saint-Pétersbourg, des rencontres et la découverte d’un pays et de sa culture. Deux dates, quelques jours, mais surtout une myriade de souvenirs à partager et à retrouver en exclusivité sur La Vague Parallèle.

Au début du mois de juin, à l’heure où fleurit la campagne, ils sont partis. Tous les quatre, flanqués de leur ingé son, instruments et valises sous le bras, les membres de Grand Blanc se sont envolés pour une mini-tournée de deux dates en Russie. Une virée express au pays de la vodka, des ours, des chapkas et des… « chaussures à fermeture éclair », complète Luc en riant, pour reprendre une réplique d’une célèbre comédie française.

Car au-delà de sa vocation musicale, l’expédition a été l’occasion d’une première rencontre excitante entre le groupe et la Mère Patrie. « La Russie est un rébus enveloppé d’un mystère au sein d’une énigme », aurait dit Churchill à son sujet. Et qu’elle brille par l’héritage des Pouchkine et des Chostakovitch ou par les frasques éhontées de son président, elle demeure un objet de fantasmes et de légendes. On l’imaginait froide, enneigée, couverte de glace ? Camille et Benoît nous corrigent rapidement : « c’est un pays qu’on peut facilement associer au froid, mais nous on y est allé pendant l’été, et le soleil ne se couchait jamais. C’était comme une grande nuit blanche ! Le premier soir, à Saint-Pétersbourg, on est sorti d’un bar à 2h du matin et on avait l’impression qu’il était 8h. En fait, il y avait une sorte de crépuscule de 3h qui faisait office de nuit. Ça faisait un peu phaser ».

Eux aussi, pourtant, se faisaient une image particulière de cette terre qui leur était jusqu’ici inconnue. Lorsqu’on leur demande comment ils se représentaient la Russie, les quatre larrons s’accordent en se marrant : « comme tout le monde je pense, Staline, Lénine et Dostoïevski », commence Camille. Les ingrédients qui composaient l’imaginaire russe de Benoît et Vincent étaient plus variés encore : « un mélange de Tolstoï et de jumpstyle » pour le premier, « ouais, Tolstoï et des vidéos de Russes bourrés qui ont des accidents de voiture » pour le second.

Finalement, la réalité se trouve quelque part entre les deux extrêmes. Pas totalement secouée par la techno, pas toujours alcoolisée mais plus vraiment romanesque pour autant, la Russie est toute autre. Différente de ce que l’on connaît, pour sûr, mais avec des traits curieusement familiers. Vincent concède d’ailleurs que ses habitants ne méritent pas leur réputation : « ils ont des bons styles, ils sont jeunes, ils écoutent de la bonne musique et ils aiment bien aller boire de la bière. Ils sont comme nous, quoi. Quand on est arrivé, la personne qui s’occupait de nous nous a très vite confié que les Russes étaient dégoûtés d’avoir cette image ». Une image qui ne tient, en fait, qu’à quelques différences culturelles plutôt cocasses dont Benoît donne un exemple en riant : « la bouffe qu’ils prennent dans les bars, là-bas, c’est du gras de porc sur du pain avec des gousses d’ail au vinaigre et de l’aneth. Les jeunes de vingt piges, ils sortent pour draguer mais ça ne les dérange pas de s’enfiler des verres de 5cl de vodka en mangeant du poisson fumé pour aller draguer en boîte après ! ».

L’autre rencontre, peut-être plus belle encore, a d’ailleurs eu lieu entre le groupe et son public. Les Russes sont réputés pour leur froideur ? Peu importe, Grand Blanc a su les faire fondre et prouver qu’en Russie, Gérard Depardieu n’a plus le monopole du coeur. « Ça, c’était la bonne surprise », explique Benoît. « Quelques jours avant de partir, on a appris que des fans russes nous avaient créé une page sur VK, le Facebook russe. On a rencontré une partie de ces fans sur les deux festivals et des gens nous ont expliqué qu’ils étaient venus de Sibérie pour nous voir, ça fait quand même un truc ! ».

On doit bien l’admettre, on est plus heureux d’apprendre que Grand Blanc s’est fait un nom en Russie que d’avoir entendu parler de K. Maro, Grégory Lemarchal et Maître Gims alors qu’on était en vacances au Kirghizistan (true story). Toutefois, comme on aime toujours parler musique avec Grand Blanc, on a aussi voulu tester les connaissances des quatre lascars en matière de musique russe, tout en reconnaissant que les nôtres se limitaient à Chostakovitch, aux Pussy Riot et à t.A.T.u. Un peu maigre.

« On a surtout découvert des artistes là-bas », confirme Camille. « On a notamment assisté au grand retour d’un groupe star en Russie au milieu des années 90 », poursuit Luc. « Ça marchait bien pour eux, et puis ils ont fini par se faire oublier. Sur la grande scène du festival, les gens étaient super heureux de les voir en live, ils connaissaient toutes les paroles et ils faisaient des circle pits ». 

Et lorsqu’on leur demande s’ils ont apprécié un concert en particulier, Camille s’enthousiasme : « dans une petite salle qui ressemblait à un amphithéâtre soviétique, on a vu un groupe de shoegaze génial. C’était une fille adorable avec une couronne de fleurs dans les cheveux, elle sautait partout dans sa robe blanche ». Et après plusieurs heures de recherche, on n’est pas peu fier de vous annoncer qu’on a retrouvé le groupe en question, Деревянные киты (prononcer : Dereviannye Kity). À vos écouteurs.

Côté ambiance, cette mini-tournée, partagée entre découverte d’un pays et de sa culture, rencontres et musique, aura également réservé aux Messins des atmosphères singulières dans des lieux uniques. « Le festival de Moscou se déroulait dans un ancien centre culturel soviétique assez vétuste, avec un monastère orthodoxe en ruines à côté, le spot était incroyable », nous raconte Camille. « Les cinq scènes se tenaient dans des halls avec colonnes en marbre rose gigantesques et des statues de Lénine, et on a joué dans une espèce de salle de projection avec des vieux sièges, l’endroit était très impressionnant». « On se serait cru dans le jeu Goldeneye, dans la map Archives », plaisante Luc.

De quoi les inspirer pour un prochain morceau ? « Grave ! », réplique aussitôt Benoît. « Une personne de l’Institut Français qui a aimé notre concert nous a dit qu’il était possible de venir faire des résidences d’écriture et de faire de la musique avec des Russes, en Sibérie. C’est un pays suffisamment inspirant pour qu’avec nos sensibilités, on fasse un truc cool ».

 

Epilogue

Alors qu’on pensait le chapitre russe clôt, Luc esquisse un grand sourire : « Tu sais ce qu’ils m’ont offert pour mon anniversaire ? Le cadeau le plus ouf du monde ! Je retourne en Russie samedi et je vais voir France-Danemark ! Ça a été très dur pour eux de garder le secret, Camille avait tout le temps envie de balancer ! ». 

Quelques jours à peine après être rentré à Paris et avoir trinqué avec nous à leur mini-tournée réussie, Luc est donc retourné à Moscou pour y voir un match qui, s’il ne restera pas dans les annales de la Coupe du Monde après avoir été élu « pire match de l’édition 2018 » par la presse internationale, gardera sans doute une place bien au chaud dans sa mémoire et… dans son téléphone. Petite sélection de ses plus belles photos de cette épopée, rien que pour vous :

 

Alors que l’équipe de France a conquis une deuxième étoile en Russie, Grand Blanc dévoilera la sienne le 14 septembre avec un nouvel album très attendu, Image au mur. Et si on leur souhaite le même succès qu’aux Bleus, on fait d’ores et déjà le pari que ce nouveau disque saura vous faire voyager aussi sûrement qu’un séjour en Russie.

Pratiquant assidu du headbang nonchalant en milieu festif. Je dégaine mon stylo entre deux mouvements de tête.