Darlène : l'opéra chaotique, jouissif et coloré de Hubert Lenoir

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Sommes nous des gens méfiants ? Sans doute un peu. On a beau se targuer de n’avoir jamais aucun apriori, quand on nous présente un artiste comme le nouveau génie, la nouvelle star, le nouveau héros d’une pop moribonde (enfin c’est ce qu’ils disent…) on ne peut pas s’empêcher de les regarder d’un air goguenard en se disant “ouais les gars, on vous voit venir”. Seulement, il y a certains moment où on se retrouve malgré tout à crier avec les loups, plié et à genoux devant la décharge émotionnelle que nous envoie un projet. Concernant Hubert Lenoir, on n’a pas vraiment cherché à résister. On le dit dès l’introduction, Darlène est merveilleux.

Notre première rencontre avec Hubert Lenoir s’est faite à travers le live et on a envie de dire que c’est sans doute la meilleure manière de découvrir la musique du québecois. En une petite demi heure, le garçon nous a laissés pantois. Un set électrique, puissant et habité qui nous a mis face à celui que tout le monde nous présentait comme le nouveau petit miracle venu de l’autre côté de l’océan. Alors oui on a évidemment pensé directement au Lemon Twigs, car il nous fallait un point de comparaison tangible. Le côté glam et 70’s, cette manière de rendre accessible une musique complexe et d’extirper d’un bordel d’influences aussi diverses, une proposition musicale claire et puissante nous a clairement rappelé les frangins new-yorkais. Ça nous a surtout donné envie de découvrir plus en profondeur Darlène, le premier album d’Hubert Lenoir.

Existe-t-il une bonne manière d’aborder Darlène ? On ne sait pas vraiment, alors on a décidé de le faire à notre manière, c’est-à-dire celle qu’on maitrise le mieux. On pourra donc dire que c’est une œuvre moderne qui revient à se plonger dans l’œil d’un cyclone musical qui nous chamboule et nous bouleverse, un shaker musical qui puise sa modernité et son sel en allant chercher des influences dans d’autre temporalité. Mais est-ce vraiment un souci ? Comme on le dit c’est l’époque qui veut ça, tout est disponible, tout est accessible, tant est si bien que le temps n’existe plus vraiment et que dans les imaginaires actuels, le glam rock des 70’s peut s’éclater la tête contre le jazz des années 50, la folie de Madchester ou la crudité verbale des années 2000. Les genres ne sont pas vraiment le dada du garçon, qu’il soit musicaux ou sexuels, rien n’a vraiment d’importance dans ces chapelles vieillies et décrépies, alors autant fracasser les murs pour en faire ressortir une vérité, sa vérité. Son message, son ADN, son identité vient de ce shaker musical qui détruit tout sur son passage pour nous laisser épuisés et heureux après une écoute de moins de 40 minutes.

Hubert Lenoir a décidé de faire de sa musique un opéra post-moderne, c’est sa définition et on ne reviendra pas la dessus. Qui de mieux qu’un artiste pour définir sa propre musique en effet ? Et l’ambition est assez claire et évidente.Son œuvre est un concept, une histoire qui  parle donc de Darlène, une jeune femme en quête d’émancipation, d’acceptation et de liberté. Tout un programme qui se trouve être le pendant musical du livre de sa comparse, compagne et manageuse, Noémie D. Leclerc. Et dès le départ, c’est dans le chaos que la beauté apparait avec ce triptyque Fille de Personne qui  agit comme une introduction-développement-conclusion sans pause. Un socle musical d’une dizaine de minutes qui fracasse les genres entre le jazz, le punk et l’opéra pour offrir une ode, un cri du cœur à la femme et à son émancipation.

J-C prend le pas et n’abaisse pas le rythme, il l’accélère même dans une joyeuse construction pop lumineuse qui s’attaque cette fois à la quête d’identité, à la recherche de soi à travers les expériences. Alors que Wild and Free s’oriente vers le jazz et l’anglais, Recommencer calme le rythme et nous fera penser un peu à Mac DeMarco, dans cette histoire une nouvelle fois de liberté, d’échange et d’amour. Ce qui commence à nous marquer au fil de l’écoute, c’est cette voix élastique que semble posséder Hubert Lenoir, le genre de voix qui se joue une nouvelle fois des genres, puissante, douce, criante, cajoleuse elle se love et bouge en fonction du genre et des intentions qu’elle doit habiter.

On se dit qu’on tient peut être un petit miracle et ce n’est certainement pas Ton Hôtel, notre titre préféré de l’album, qui va nous dire le contraire. On est dans le réjouissant, dans ce que l’actuel peut nous offrir de mieux. S’en suive alors trois instrumentales, Darlène, Darling, Momo et Cent-treizième rue, aux styles aussi différents que complémentaires et à la prise de risque totale puisque jusqu’ici on se retrouvait bercé par la voix changeante du garçon. Mais là encore, la réussite frappe les inconscients et les candides de sa lumière puisqu’on trouve ici des trésors de compositions et de constructions musicales. Si On S’y Mettait joue comme un outro, une fin en apothéose, comme la dernière page d’un livre qu’on avait absolument pas envie de fermer.

Avec Darlène, Hubert Lenoir digresse et explose les carcans qu’on tente d’imposer à la pop moderne pour offrir une œuvre, une vraie. Maitrisée, folle et libre, absolument humaine et en tout point géniale et réjouissante, la musique de Hubert Lenoir nous aspire en son sein et on en ressort changé, bouillonnant et vivant. Que demander de plus ?