Des fleurs au fusil : le retour salvateur de Gaël Faye

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On ne boudera pas notre plaisir. Après une apparition surprise au couronnement d’Ibeyi à l’Olympia le 16 octobre et une prestation incandescente à la Cigale en point d’orgue du MaMa Festival trois jours plus tard, l’immense Gaël Faye nous a offert ce vendredi un troisième cadeau en l’espace de quelques semaines sous la forme d’un EP cinq titres.

Des Fleurs donc, puisque c’est son titre, arrive comme pour égayer la grisaille. On retrouve avec plaisir les ingrédients qui avaient fait le succès de ses disques précédents : des productions léchées signées Guillaume Poncelet, une teinte de jazz, des boucles à l’esthétique résolument old-school, une prose slammée avec assurance. Le lauréat du Prix Goncourt des Lycéens 2016 pour son roman Petit Pays n’a surtout rien perdu de sa plume ciselée, qui aborde trois thèmes au travers de l’EP.

Le disque s’ouvre sur une Ballade Brésilienne. Ode au pays auriverde bienvenue en ces temps compliqués, ce featuring avec la pétillante Flavia Coelho invite au voyage au rythme d’une guitare acoustique. Un air de vacances présent également sur Tropical, dont les cuivres dansent avec les boîtes à rythmes syncopées autour d’un feu de joie.

« Parce que chaque mot est important, je le grave en italique »

Ces douceurs ne sauraient éclipser la vraie force de Gaël Faye, jamais aussi puissant que lorsqu’il se fait la voix d’une génération revendicatrice. C’est le cas sur By, où le fils du hip hop prévient : « Parce que chaque mot est important, je le grave en italique ». Il y aborde, pêle-mêle, Monsanto, la pauvreté, la corruption et d’autres joyeux sujets propres au continent africain sur un piano mélancolique. C’est encore plus le cas lorsque les couplets rageurs répondent aux refrains nostalgiques dans une alarmante hymne écologiste se demandant où sont passés les Dinosaures. Morceaux choisis :

« J’ai des colères insoumises dans mon goître de pélican / depuis que la mort fait des remises, j’achète mes cancers à trente ans », « j’enfile des yeux canadair pour aller chanter nos abimes / autant pêcher dans le désert quand on s’enfonce dans nos ravines » ou encore le simple mais tristement efficace « les animaux sont des punks : no future pour le panda ».

Sur un phrasé plus calme, Jackie Jacky Chan complète le disque par une narration – un des grands classiques du slam – qui raconte l’histoire fictive d’une mystérieuse meurtrière en série.

C’est donc une véritable prouesse que réalise le franco-rwandais avec ce nouveau projet, capable à la fois de nous faire danser et enrager sur des sujets de société. En 2013, sur Fils du Hip Hop, il disait que « les leaders ne parlent plus, ils se mettent à rimer » en parlant de ses idoles. Cinq ans plus tard, Gaël Faye pourrait bien être en passe de les rejoindre pour de bon.

Petit, je pensais que Daniel Balavoine était une femme. C’était d’ailleurs ma chanteuse préférée.