En balade dans la Cité Champagne de Moodoid

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Si on a choisi cette photo de Moodoid pour illustrer notre article, ce n’est pas par hasard. Au delà du talent incroyable d’Izumi Myazaki, cette photographie semble pour nous parfaitement représenter l’artiste multiple qu’est Moodoid. Quatre ans après s’être révélé en prince d’une pop psychédélique, le jeune homme a fait sa mue avec Reptile l’année dernière. C’est donc avec une toute nouvelle peau qu’il revient à nous avec Cité Champagne, son nouvel album.

Il y a quelque chose de mutin dans le regard de Pablo Padovani. Il y a aussi une pointe de cynisme et surtout une énorme confiance en soi. Le genre de regard qui désarçonne autant qu’il met celui qui le porte dans une position de pouvoir et de charme presque hypnotique. Ca a toujours été le cas d’ailleurs. Si l’on remonte à notre première rencontre avec Moodoid, un après midi de 2014 au festival We Love Green, le regard était déjà là. Le talent, immense, envoûtant et fatalement intimidant aussi. C’est comme ça qu’on est tombé sous le charme, et celui-ci fait toujours autant effet lorsqu’on découvre avec bonheur le nouvel album qu’il nous offre aujourd’hui.

La chose qui frappe à l’écoute de ce nouvel opus, c’est ce sentiment  d’aisance qui se dégage de ces sonorités, mais ce qui impressionne c’est que celle-ci ne renie jamais l’élégance. Pourtant, le garçon ne cède jamais à la facilité, ne traverse jamais la ligne si fine qui pourrait transformer la grâce et le talent en mauvais goût et en vulgarité.

On est donc aspiré dans le labyrinthe de ce Cité Champagne par des chœurs aussi fantomatiques qu’envoûtants. Langage nous happe dans un monde où l’hédonisme est roi et où le bonheur n’est pas un accident mais une obligation. Moodoid n’a pas laissé ses aspirations psychédéliques de côtés, il les a mises au service d’une autre musique, d’un autre défi, plus proche des ambiances funk et 80’s.

La mue opérée entre les deux albums a transformé l’adolescent en homme plus sûr de lui, de son talent et de sa capacité à emmener le public en voyage avec lui. Cela se ressent particulièrement dans les paroles de l’album, moins cryptiques, plus directes et assumées à l’image de Miss Smith ou Chamberlain Hotel, flirtant même avec la crudité sur Amour Voiture.

Les thèmes qui transpirent de l’album sont alors assez évidents et assumés dès les premières chansons : l’amour, la déception, la frustration, le sexe. Bref, ce qui guide finalement l’homme moderne se mélange ici comme se mélangeraient les salives de deux bouches amoureuses et attirées.

On danse beaucoup sur cet album, emportés par  les vapeurs musicales qui s’offrent à nous dans ces dix titres.  Mais c’est aussi un album influencé par les rencontres et les voyages. On ressent ainsi les effluves de sonorités mondiales, passant de Tokyo à Rio, faisant un détour par Kingston et forcément par Paris. Le voyage est foisonnant, les odeurs sont différentes mais toujours réjouissantes. On ne s’ennuie jamais, chaque chanson étant totalement différente de la précédente même si portées par des thèmes et des idées communes.

Cette sensation de plénitude, d’ampleur et de diversité est d’autant plus renforcée que l’album a été enregistré live en studio, les musiciens jouant tous ensemble. Ce détail donne un véritable corps aux chansons autant qu’une urgence et une puissance à chaque titre. On retiendra particulièrement l’exceptionnelle Planète Tokyo et la sublime Helena qui semblent avoir été créées pour le live et pour toutes les dérives scéniques que ce type de chanson peut apporter, tant elles poussent à être étirées et à voir les musiciens émérites qui entourent Pablo Padovani improviser dessus.

La Cité Champagne de Moodoid offre donc l’ivresse mais jamais la gueule de bois. Album mature, maîtrisé et hautement réjouissant, il nous prouve que Pablo Padovani est toujours le petit prince qui nous avait séduit, un compositeur au talent infini qui ne prend finalement rien pour acquis et s’offre des défis à la hauteur de la musique qui l’anime et le fait vibrer. La vie est une fête et la Cité Champagne de Moodoid est l’endroit idéal pour la vivre.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.