En voyage vers l'Île Noire de Rouge Congo

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De Rouge Congo, on gardait un souvenir anglais et lumineux. Celui d’une pop électronique, solaire et addictive. Ce souvenir, c’était White Stairz, leur premier EP sorti en 2016. Deux ans plus tard, le groupe rémois est de retour pour une nouvelle étape, sans doute la plus importante. Surprise, c’est désormais en français que Rouge Congo s’exprime et dévoile son Île Noire.

Il y a des groupes qui portent bien leur nom. Celui-ci colle avec facilité à la musique qu’il développe si bien qu’on finit par se demander si c’est le nom qui les a trouvés ou inversement. Rouge Congo, un nom qui sent le soleil et l’évasion, qui prête au rêve tout en gardant une sorte de gravité et de sérieux. Un nom qui semble donc parfaitement coller à la musique des Rémois. Car si cette Île Noire est taillée pour nous faire danser avec ses synthés, ses guitares lumineuses et sa basse ronde, il ne faut pas occulter le message qui guide cet album : l’histoire d’un naufragé entre la vie et la mort qui cherche un moyen de retourner vers la lumière alors que la pénombre l’attire.

L’ambition était donc double : celle de raconter une histoire, offrir un fil rouge à l’album qui relierait chaque chanson tout en offrant aux titres une indépendance qui leur permettrait d’exister et de briller de manière individuelle. S’il est parfois inégal, si le bateau tangue de temps en temps vers des références un peu trop marquées (on pense à L’Impératrice ou à Aline), le voyage que nous propose L’Île Noire reste tout de même assez réjouissant pour finir par emporter notre adhésion.

Tout commence avec Sud, introduction instrumentale qui semble poser les bases d’un album joyeux et solaire. Cette sensation traversera tout l’album, qui se veut volontairement dansant dans ses textures. Cette sensation est pourtant contrebalancée par les textes. Ce qui aurait pu nous faire tiquer en premier lieu, le passage de l’anglais au français, est assez vite balayé tant l’utilisation de la langue de Molière semble coller parfaitement à la musique des Rémois. Une envie, sans doute, de rendre sa musique accessible au plus grand monde dans son propre pays mais aussi de mettre en avant des textes ambivalents, qui naviguent entre rêve et réalité, entre ombre et lumière.

Sur Rives après rêves, où les refrains en anglais répondent à des couplets français, ou sur Monde Inversé, les thématiques développées se font plus sombres dans les couplets et offrent des refrains efficaces et entêtants. Le message est une belle réussite, dans le fond comme dans la forme : on joue avec les mots pour créer une carte postale pop bien moins superficielle qu’on ne pourrait le croire. Au fil des morceaux, on réalise que Rouge Congo ne sacrifie jamais la forme au détriment du fond mais cherche plutôt une symbiose entre les deux, dans laquelle le texte donne le rythme et le rythme nourrit le texte.

Le Vent pt. 1 joue le rôle de transition vers la seconde partie de l’album où Pays Lointain, en duo avec Paulette Wright, calme un peu le jeu et se fait plus rêveuse et cajoleuse. Un calme en trompe-l’œil puisque la tempête reprend avec Terre Brune et sa guitare enjouée pour ce qui sonne une nouvelle fois comme un petit tube électro-pop. Le Vent pt. 2 continue le voyage, l’échappée belle se fait cette fois-ci plus électronique et délaisse les guitares pour faire ressortir des synthés qui groovent fort.

Le bateau de L’Île Noire atteint finalement les côtes avec Le Réveil. L’album se termine avec une track quasi-instrumentale qui monte en puissance au court de ces trois minutes pour s’achever par un côté épique bienvenue. Le genre de chanson qui nous donne envie de fermer les yeux et de laisser les images mentales nous envahir et donner visuellement corps à ce que la musique nous fait ressentir.

Avec L’Île Noire, Rouge Congo nous offre un voyage musical en clair-obscur, entre rêve et réalité. La musique du combo rémois reste toujours aussi solaire mais en passant les textes de l’anglais au français, elle permet de mieux appréhender un univers bien plus sombre que ses volutes sonores voudraient le laisser imaginer. Si le groupe pêche encore par des influences parfois un peu trop envahissantes, il n’en reste pas moins que les dix titres qui composent ce premier album s’écoutent d’une traite et sans déplaisir. Le genre d’album lumineux qui viendra offrir une bonne dose de chaleur à l’hiver qui s’annonce.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.