Female Jungle, la pop made in utero de Norma

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Norma n’est pas née de la dernière pluie. Malgré son jeune âge, la Toulousaine fait déjà office d’artiste aguerrie dont on attendait le premier album avec impatience. C’est aujourd’hui qu’elle dévoile Female Jungle, un excellent disque pop dont les textes et les mélodies n’auraient pu voir le jour ailleurs qu’au plus profond du ventre d’une femme. On vous explique. 

Norma aurait pu naître sous la plume de Marguerite Duras. De ses fantasques héroïnes, la Toulousaine partage le goût immodéré pour la liberté et le caractère entier, seulement guidé par la volonté de s’accomplir au mépris des convenances. Et comme ces figures d’encre et de papier, elle s’est nourrie de l’admiration qu’elle a vouée à sa mère puis à toutes les femmes comme d’une intarissable source d’inspiration.

Le destin de Norma aurait donc pu s’écrire dans les pages blanches d’un livre. Seulement, et nos oreilles s’en réjouissent, Clémentine Lamazères (son nom à la ville) a choisi le quatrième art plutôt que le cinquième. C’est donc un premier disque, Female Jungle, qu’elle dévoile aujourd’hui sous son propre alias d’héroïne, Norma.

Aventurières, aventuriers, ne vous y trompez pas. Si son titre évoque immédiatement des paysages sauvages et luxuriants de l’autre bout du monde, férocement défendus par de farouches Amazones et accessibles au prix d’un périlleux périple, l’aventure que propose Female Jungle est essentiellement intime – et elle n’en est que plus passionnante. Norma y dévoile en effet dix morceaux qu’on devine nés au creux de son ventre et qui surprennent par leur intensité comme si, d’avoir été trop contenus, ils avaient fini par éclater à la face du monde.

L’aventure que propose Female Jungle est essentiellement intime – et elle n’en est que plus passionnante

Plus mûr que Badlands, son premier EP, Female Jungle est avant tout le récit d’une jeune fille devenue femme. La Toulousaine y aborde, avec une poésie franche et épurée, des sujets capitaux bien que trop souvent passés sous silence : Another Red Day fait partie de ces rares morceaux qui traitent ouvertement des menstruations, Hysterical Wife dresse le portrait d’une femme dont la colère est réduite à l’hystérie, tandis que Like It Like That brise sans hésiter le tabou lié à la sexualité féminine. Le disque est d’ailleurs féminin plutôt que féministe, en ce qu’il laisse à voir sans détours ni revendication ces sentiments que ne peut ressentir qu’une femme d’aujourd’hui, tiraillée entre ce qu’elle désire et ce que le monde exige d’elle.

Pour traduire ces émotions en musique, la jeune femme a pioché dans tout ce qui compose son identité ; celle de l’artiste bien sûr, mais aussi celle de la jeune femme. Si l’on retrouve avec plaisir les vibrantes formules piano/voix ou guitare/voix qui nous transportaient en live sur Alone Again ou sur Woman, véritable joyau pop au refrain déchirant de vérité, Norma s’est aussi aventurée là où on ne l’aurait pas attendue. Avec (Don’t Look Down on A) Girl Like Me, morceau enjoué aux arrangements RnB, elle rend ainsi un hommage malicieux et délicieusement régressif à Britney Spears, idole qui ornait les murs de sa chambre de petite fille, sans jamais tomber dans la caricature. Dans un autre registre, on imagine en Jessica Rabbit un clin d’oeil à Marylin Monroe, la plus célèbre des pin-ups, symbole de la profondeur et de l’intelligence de ces femmes qu’on voudrait réduire à leur physique.

Pour son premier disque, Norma avait à coeur de parvenir à un résultat qui lui ressemble. Le pari est réussi avec un album qui parvient à concilier l’intime et l’universel, la beauté de mélodies pop qui restent instantanément en tête et l’esthétique lo-fi qui lui est chère : Female Jungle s’impose comme le témoignage personnel et musical d’une artiste dont la musique est aussi convaincante lorsqu’elle réduite à sa plus simple expression que lorsqu’elle se pare d’atours plus fouillés.

Norma aurait pu être l’héroïne d’un roman de Marguerite Duras mais elle semble destinée à devenir celle de la grande famille de la pop française en cette année 2019, et c’est sans doute beaucoup mieux comme ça.