Gallipoli : retour aux sources pour Beirut

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Beirut est un de ces groupes pépites qui nous réchauffent le cœur dès que l’on a un de ses morceaux dans les oreilles. Artiste de génie, c’est à la fois à New York, Berlin et enfin dans les Pouilles italiennes que Zach Condon a composé Gallipoli, signant ainsi un retour aux sources, trois ans après son dernier album. Si les cuivres nous avaient manqués, c’est avec une intensité et une émotion marquées qu’on les retrouve sur ce magnifique cinquième opus.

Pour comprendre Beirut, il faut revenir en arrière, à ses origines. Beirut vit le jour au début des années 2000 à Santa Fe dans la chambre d’enfant de Zach Condon suite à la trouvaille d’un instrument atypique, désormais culte pour les fans du groupe : l’orgue farfisa. Premier élément signature du musicien américain auquel vient s’ajouter un second élément essentiel : la multi-instrumentalité de Zach Condon et notamment l’harmonie ajoutée par ses sonorités cuivres. Cet orgue donna naissance aux deux pépites initiatiques du groupe : Gulag Orkestar et The Flying Club Cup.

Avançons maintenant en hiver 2016, où Zach fait envoyer le fameux farfisa dans son studio à New York et commence ainsi à composer son nouvel album, l’inspiration coulant à flot. Le chanteur est alors dans une période de forte transition dans sa vie personnelle. Il décide de quitter New York pour s’installer pour de bon à Berlin et fait également beaucoup de passages par Paris, se sentant ainsi comme chez lui dans une Europe qu’il affectionne tant et dont il a énormément parlé dans ses chansons jusqu’à présent.

De New York à Berlin, en passant par l’Italie, on assiste alors à une renaissance où Gallipoli devient peu à peu comme une madeleine de Proust pour les fans. Laissant derrière lui ses tracas, Zach Condon revient plus intense que jamais et aspire à un retour aux sources après s’être volontairement éloigné de ce qui lui était familier notamment dans le quatrième album No No No. On retrouve ainsi tout ce qu’on aimait chez Beirut : des émotions, des mélanges de sonorité à la fois complexes et maîtrisés et une sensation de quitter son corps le temps d’une chanson voire de tout un album. Parce qu’écouter Beirut, c’est fermer les yeux et être submergé par une vague d’émotions indéchiffrables. On en ressort toujours un peu vidé mais heureux. On est heureux d’être triste. Ou triste d’être heureux. On ne sait plus trop. L’album débute d’ailleurs avec un excellent exemple de ce ressenti avec le titre When I Die où les cuivres nous submergent petit à petit.

Vient ensuite Gallipoli, le titre phare de l’album. Il y a quelque chose de grandiose dans ce morceau, on a comme la sensation d’une épopée allant crescendo vers la résolution comme le montre le passage du ton assourdi des cuivres à leur complète explosion et libération en milieu de morceau. La force du titre prend encore plus d’ampleur lorsque l’on sait que Zach Condon l’a écrit d’une traite après avoir assisté à un cortège religieux dans un petit village des Pouilles italiennes. Il a ensuite été pris d’une transe et a composé pendant des heures, chose que l’on ressent complètement à l’écoute du titre.

Si l’album nous apparaît aussi intense et personnel, c’est sans doute parce qu’il fait écho à nos propres périodes de transition. Notamment dans le titre Landslide, où l’on sent une envie de changement et de quitter notre cocon rassurant. Changement qui est forcément suivi du classique effet home sick et de la curiosité de revenir à ce que l’on connaît mais en tournant la page cette fois-ci.

On retrouve aussi avec plaisir l’authenticité de Beirut dans des morceaux comme Varieties of Exile ou Family Curse grâce à l’harmonie entre des instruments qui n’ont rien à voir les uns avec les autres (trompette, ukulélé et accordéon…), ici on mélange les torchons avec les serviettes et c’est merveilleux. On replonge tête la première dans l’effet transportant du groupe où chaque album est un voyage en soi. Chaque sonorité est travaillée, Zach Condon explique même que chaque imperfection était recherchée et permet d’ajouter une force et un état brut aux chansons du groupe.

I wanted every creak and groan of the instruments, every detuned note, every amp buzz and technical malfunction to be left in the cracks of the songs.

Si l’on parle énormément du leader du groupe, lui-même explique qu’il ne serait rien sans ses musiciens et notamment Nick Petree et Paul Collins, batteur et bassiste du groupe. Zach Condon est en effet capable de jouer de la plupart des instruments présents sur l’album mais il a besoin d’être recentré par ses deux compères qui le comprennent mieux que personne et créent ainsi l’harmonie du groupe. Harmonie que l’on a hâte d’aller admirer sur scène lors du passage du groupe au Grand Rex, le 5 avril prochain à Paris.