Grand Blanc brise sa carapace avec Image au mur

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Leur premier album, Mémoires vives, quoique particulièrement réussi et acclamé par la critique, avait contribué à les ranger dans une case “cold-wave” qui devenait bien trop étroite pour eux. Alors, après deux ans de tournée, Grand Blanc déjoue les pronostics et revient avec Image au mur, un album composite et finalement bien plus représentatif de la complexité et du raffinement de la musique du groupe. 

Dans l’univers de la musique, dont on pense parfois avoir sondé les moindres recoins, il reste des explorateurs. Une espèce forcément rare car exigeante, qui invente, s’invente, essaye beaucoup, échoue souvent et n’hésite pas à se mettre en danger pour, finalement, découvrir de nouvelles contrées. Et dans le cas de Grand Blanc, il semble que la périlleuse aventure d’un deuxième album ne pouvait être mue que par un impérieux désir de fraîcheur, de découverte et de nouveauté. Il faut dire que pour le groupe, l’enjeu était double : s’affranchir des pesantes comparaisons (Indochine, Bashung, Joy Division…) qui ont moins attisé la curiosité à son égard qu’elles ne l’ont affublé d’une étiquette dont il ne voulait pas et en revenir à une forme de musique qui, de son propre aveu, lui correspond davantage. 

En filigrane de l’album, l’unique dualité des voix de Camille et de Benoît a été libérée des carcans électroniques qui la bridaient parfois sur Mémoires Vives, pour mieux en tirer la quintessence.

Le son de son nouvel album, Grand Blanc l’a voulu plus organique et plus spontané, pensé pour le live autant qu’il a été transfiguré par les deux années que le groupe a passé sur les routes. Car du final monstrueux de son concert à la Gaîté Lyrique de 2016 à sa mini-tournée en Russie cet été (on vous en parlait en exclusivité sur La Vague Parallèle), Camille, Luc, Vincent et Benoît ont fourbi leurs armes et sont devenus de véritables bêtes de scène, capables de fasciner une foule et de la secouer sans ménagement le temps d’un concert. Cette énergie et cette spontanéité, les quatre compères se sont attachés à la transposer en studio pour accoucher d’un disque qui brille par sa liberté et son naturel. En filigrane de l’album, l’unique dualité des voix de Camille et de Benoît a été libérée des carcans électroniques qui la bridaient parfois sur Mémoires Vives, pour mieux en tirer la quintessence : des timbres si singuliers qu’ils en sont naturellement devenus la marque de fabrique de Grand Blanc. Sur le morceau Télévision, qui fait office de témoignage de l’héritage audiovisuel laissé par le début des années 2000, la voix rauque du chanteur et celle, plus aérienne, de la chanteuse cohabitent et se combinent autour d’harmonies qu’on aurait pensé inconciliables pour former la douce mélancolie qui habite cette ballade. Mieux encore : cette liberté laisse le champ libre aux performances d’artistes qui ont définitivement trouvé leur voie/voix, comme pour l’éponyme Image au mur, sur laquelle Benoît laisse traîner ses graves incantations ou sur Ailleurs, qui fait éclater au grand jour l’assurance incroyable affichée par Camille, qui ponctue Aurore de ses cris caractéristiques des lives du groupe.

Il serait pourtant inexact de dire que Grand Blanc a renoncé à ses premières amours : le quatuor a simplement évolué en offrant un disque beaucoup plus nuancé que ne l’était son prédécesseur. Les Îles, qui ouvre l’album, est la preuve la plus flagrante de la mutation du son du groupe, qui conserve ses influences les plus sombres tout en les rehaussant d’arrangements plus subtiles et moins abrupts. En studio comme en live, cette volonté se traduit par un changement tout sauf anecdotique, puisque Luc troque (partiellement, du moins) ses pads contre une batterie en chaire et en fûts. En bons explorateurs, les membres de Grand Blanc n’ont écarté aucune piste et négligé aucun territoire. Des explorations hip-hop de Rêve BB Rêve à la pop sensuelle de Dans la peau en passant par la fragilité assumée de Des Gens Biens, qui fait presque figure de curiosité dans sa discographie, le groupe ne s’est rien interdit et a voyagé là où le vent l’a poussé au fil des expérimentations. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : au-delà d’un album qui dépeint une époque perdue au milieu des icônes numériques et du flot ininterrompu des images, Image au mur est avant tout une oeuvre délicate et intimiste, fruit d’une introspection musicale spontanée qui a su mettre en peinture de manière fidèle les souvenirs et les émotions de quatre jeunes gens de nos âges.

Voyages mentaux ou bien réels, Image au mur est en tout cas un album aussi subtile qu’il est hétéroclite, composé d’autant de gemmes qui ne demandent qu’à vivre, mûrir et évoluer au cours d’une tournée qu’on espère aussi riche et intense que la précédente. On sera en tout cas au premier rang pour suivre leur parcours.

Grand Blanc sera en concert à La Cigale le 26 novembre prochain, billetterie juste ici.

BONUS : la release party de Grand Blanc au Badaboum

 

Crédit photo principale : © Boris Camaca

Pratiquant assidu du headbang nonchalant en milieu festif. Je dégaine mon stylo entre deux mouvements de tête.