Grimpons sur La Potence de Biffty & DJ Weedim

Tu fais tourner ?
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Le rap francophone est un peu devenu le Netflix de la musique. L’offre est tellement pléthorique, les sorties tellement abondantes qu’on a parfois du mal à s’y retrouver et à savoir quoi écouter. Mais au milieu de ce labyrinthe, certains artistes nous sautent plus facilement aux oreilles, à cause de notre histoire mais aussi d’un style si affirmé qu’on ne peut clairement pas passer à côté. C’est le cas de Biffty, le plus punk des rappeurs actuels. Il nous présente aujourd’hui La Potence, un album à son image : gras, plein à craquer et réjouissant.

En réalité, il y a une vraie nuance à apporter avant de développer notre avis concernant La Potence. Si l’égo est une part importante de l’imagerie et de la fantasmagorie du rap français, il n’a pas vraiment sa place dans notre histoire. Ici, elle s’écrit en duo et cela depuis le départ. Le style de Biffty est indissociable de DJ Weedim et ce depuis Souyon, leur premier titre. C’est le second qui a offert un cadre, une structure et un certains sérieux à la folie ambiante qui se dégage du premier. Leur histoire musicale, c’est donc à quatre mains qu’elle s’est écrite et qu’elle a grandi. On pourrait même en rajouter deux de plus, celles de Julius, le frère de Biffty, à la réalisation de tous les clips avec sa team Patapouf Gang et donc lui aussi en partie responsable de l’identité visuelle qui transpire du projet.

En moins de 3 ans, ils ont développé La Souye, portée par une poignée de titres ravageurs, une mixtape, des EPs, des clips furieux et même un festival à la gloire de leur philosophie de vie complètement destroy. Celle-ci atteint aujourd’hui un nouveau palier avec la sortie d’une premier album, La Potence.

On va le dire de manière assez ferme et direct : vous n’écouterez rien qui ressemblera de près ou de loin à La Potence. C’est sans doute la plus grande force du projet, ils ont pris le temps de le développer, de le faire grandir pour offrir aujourd’hui un écrin parfait à leur univers. L’idée, au final, c’est de se dire qu’on finira tous par crever, et que donc, autant en profiter en se plongeant dans une sorte d’hédonisme destroy, fait de malbouffe, de cul, d’alcool et de drogues. Mais attention, si le projet se veut joyeux et déviant, il n’en est pas moins sérieux. Du second degré fait au premier degré, qui créée un décalage constant et fascinant puisque souvent, on ne sait pas sur quel pied danser, mais on danse quand même.

Les productions sont toutes soignées, pensées avant tout pour mettre en avant les textes et les délires développés par Biffty. Ce qu’on aurait pu craindre le plus, c’est d’avoir uniquement des bangerz stupides, parfaits pour les concerts mais qui finissent fatalement par tourner en rond et ennuyer sur un album entier. Heureusement, les deux bonshommes ont réussi à éviter cet écueil, proposant des titres aux styles variés, qui réussissent à nous surprendre tout en se calant à la perfection dans le monde barré de La Souye.

Ainsi, des titres comme Hamburger, La Vie C’est pas Facile et Mon p’tit pote proposent une alternative intéressante et presque mélancolique avec un Biffty au flow plus apaisé, tandis que Mega Boze offre une incursion très réussie dans une vibe reggae bienvenue. On aime aussi Camping Du Souye Fest, qui dans sa durée et sa rythmique brutale est un hommage à peine voilé à Ludwig Von 88. Cet espris punk se retrouve aussi sur Planète et La Drogue, des titres plus courts et intenses qui marchent comme des shots de brutalité directs et puissants.

Et puis il y a les titres pensés pour tout détruire en concert, qui nous en foutent plein la gueule : Festival et le solo de guitare taré offert par Waxx, Gros Bisous, Testicules ou Salade de Viande qui mélange humour et rythmique festive. Et pour bien finir le tout, l’album se clôture avec Club de Fitness, morceau chill hilarant où les deux se moquent d’eux-mêmes autant que les gens obsédés par les salles de sport.

La Potence impose donc Biffty & DJ Weedim comme les deux artistes les plus destroys et uniques du rap francophone. Un flow qui ne ressemble à aucun autre, des thèmes qui n’appartiennent qu’à eux, des prods variées et un univers affirmé qui change du tout venant du rap français. Bref, un album gras, drôle et souvent pensé pour le live. La Souye a de beaux jours devant elle.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.