Head Over Heels, le retour funky de Chromeo

Tu fais tourner ?
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On dit souvent qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Cette idée pourrait facilement s’adapter aux albums du duo canadien Chromeo. Il faut dire que les deux garçons ont la fâcheuse habitude de proposer des pochettes oscillant entre le laid et l’hideux. Mais il serait injuste de s’arrêter à la jaquette sans découvrir la galette qu’elle nous cache car une nouvelle fois, avec Head Over Heels, le duo nous propose une recette qui fait mouche.

Entre Chromeo et la funk, c’est une histoire d’amour qui dure depuis toujours. Le genre est balisé, codifié et laisse peu de place à l’évolution. Mais ce qu’on aime chez les Canadiens, qui nous font croire en l’amour (entre les hommes, entre les femmes, entre les religions, entre toi et moi) c’est qu’ils utilisent ces codes pour gentiment les pervertir. Comment ? Tout simplement en transformant un genre hautement sexualisé et parfois machiste en un vecteur, pour parler d’amour et de sexe certes, mais de manière respectueuse et sensible. C’est cette ligne directrice qui les guide depuis 15 ans et Head Over Heels ne fait pas exception à cette règle.

Et c’est cette touche de modernité d’esprit qui fait tout la différence, car si la musique des bonhommes convoque aussi bien Prince que Zapp, et qu’elle n’aurait pas fait tache à la fin des années 70 ou au début des années 80, cette manière de compter les histoires qui composent l’album et de jouer avec les sentiments en font un album clairement ancré dans son époque.

Musicalement, ce nouveau disque est sans doute le plus funky du groupe depuis le grandiose Fancy Footwork, la pochette d’Head Over Heels étant un clin d’oeil très appuyé à l’album sorti en 2007. Chromeo a donc décidé de ressortir les guitares funk et de les faire briller et cela dès le premier titre de l’album. Must’ve Been nous emporte dès l’entame avec cette guitare folle. La voie puissante de DRAM est un ajout non négligeable à la réussite de la chanson et même si certains arrangements dans les refrains nous font un peu tiquer, c’est la réjouissance qui l’emporte au final.

Une réjouissance qui ne nous lâchera d’ailleurs pas sur une bonne partie de l’album, et surtout pas avec Don’t Sleep et ses synthés ravageurs. L’apparition de l’Anglaise Stefflon Don et du Marocain French Montana montrent une nouvelle fois la facilité de Dave 1 et Pee Thugg à frayer avec des artistes divers et à faire matcher leur univers avec le leur. One Track Mind s’aventure vers des contrées electro-pop, là aussi, bien connues des amateurs du duo, mais c’est  un trompe l’oeil tant ce nouveau disque est clairement orienté vers le funk. Ce n’est pas Count Me Out ou l’excellente Bad Decision qui nous feront dire le contraire. Ces deux chansons prouvent aussi que s’ils adorent faire participer des artistes à leur productions, les Canadiens ne sont jamais aussi bons que quand leur style s’exprime pleinement, sans intervention.

La moite  Right Back Home To You, présentée comme une interlude mais véritable chanson à part entière, fait le pont entre les deux parties de l’album pour nous amener vers la très pop Just Friends qui accueille Amber Mark pour un nouveau tube en puissance. Juice envoie les synthés et fait danser les pieds avec facilité tant son rythme est contagieux. Pas le temps de se reposer car si Slumming It semble jouer sur un faux rythme, c’est pour mieux nous avoir à l’usure et nous emmener vers les terres du disco. Bedroom Callings se sépare en deux parties qui se répondent avec bonheur invitant The Dream sur la deuxième partie bien plus dansante et accrocheuse. L’album se termine avec Room Services et son refrain imparable. Une jolie manière de finir un album blindé de tubes : une machine à danser.

On pourrait faire les rabat-joie et reprocher à Chromeo de ne pas vraiment se réinventer. Mais on ne tombera pas dans ce piège de vieux ronchon et on laissera tranquillement les mélodies tubesques de Head Over Heels glisser en nous, nous infecter des oreilles jusqu’au pied pour nous faire danser sans nous arrêter. Ce nouvel album est une somme de toutes les influences des Canadiens et un disque parfait pour danser l’été, se réchauffer l’automne et fantasmer l’hiver. Bref, les Funklordz n’ont jamais aussi bien porté leur surnom.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.