Hugo Barriol : "J’écris de la musique pour parler de choses qui sont enfouies en moi"

Tu fais tourner ?
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Après son premier concert à Toulouse, nous avons eu la chance de rencontrer Hugo Barriol. On est toujours très impatient de pouvoir échanger avec les artistes dont on a beaucoup apprécié les albums, on a ainsi pu en savoir plus sur le jeune parisien et notamment sur son parcours atypique. C’est lors d’un tête à tête sans prise de tête qu’Hugo s’est gentiment confié en répondant à nos questions. 

 

La Vague Parallèle : Parle nous un peu de ton parcours, tu as commencé dans le métro parisien et maintenant tu te retrouves sur les scènes françaises, comment ça s’est fait tout ça pour toi ?

Hugo Barriol : J’ai commencé à faire de la musique quand j’étais tout petit en faisant de la batterie. J’ai joué très longtemps tout seul dans la cave de mes grands-parents. Après j’ai déménagé à Lyon à 18 ans et j’avais un groupe pendant deux ans où j’étais batteur. Ça m’a donné envie d’écrire des chansons donc j’ai appris la guitare. Ensuite, je n’ai pas fait grand-chose pendant un moment, j’ai eu des petits boulots, j’ai voyagé et puis je me suis dit que j’avais envie de me donner les moyens et la chance de vraiment bosser. Donc j’ai écrit des chansons, j’ai continué de travailler mon jeu de guitare et j’ai passé les auditions de la RATP, j’ai eu mon accréditation et après j’ai joué dans le métro 5h par jour, 5 jours par semaine. J’ai rencontré la directrice du label Naïve avec qui j’ai signé depuis deux ans. On a sorti l’EP en 2017 et puis voilà j’ai continué à écrire et écrire et puis l’album a vu le jour petit à petit.

LVP : Ça s’est fait relativement facilement en fait ?

H : En fait, si tu veux quand l’EP est sorti en 2017, je l’avais enregistré en 2015. Deux ans, c’est long. Du coup, j’avais déjà pleins de chansons écrites et j’avais envie de les enregistrer donc il a fallu que j’attende jusqu’à l’année dernière pour aller en studio. Ça m’a paru un peu long mais finalement ça fait un mois qu’il est sorti et ça passe vite.

LVP : Jouer dans le métro, qu’est-ce que ça t’a apporté ? Un petit peu plus d’aisance pour le live peut être ?

H : En fait, le métro n’est pas vraiment une scène donc j’étais un peu dans ma bulle. Donc quand je suis arrivé sur scène, ça ne m’a pas vraiment aidé pour être à l’aise ou en contact avec le public. En revanche, ça m’a permis de travailler ma voix et mes chansons, de faire découvrir ma musique à plein de monde avec tous les passages dans le métro. Ça m’a aussi permis de trouver tous les contacts professionnels pour aller en studio.

LVP : Les gens s’arrêtaient un peu pour t’écouter ou c’était le gros rush typique des stations de métro ?

H : Pas trop. Ils prenaient mon nom et écoutaient un peu ce qu’il y avait sur internet. Quelques-uns s’arrêtaient mais généralement, les gens sont speed et n’étaient pas trop en mode je me pose pour écouter. Par exemple, j’ai joué à Munich dans le métro en décembre pendant ma petite tournée des métros et là il y avait une foule. J’avais jamais vu ça mais je pense que c’est parce que les allemands aiment beaucoup la folk et ils n’ont pas de musiciens dans les métros donc c’était plus surprenant pour eux. C’était super cool.

LVP : Je vais prendre l’exemple de Passenger, qui a commencé en faisant du busking, des petits concerts de rue, est-ce que revenir jouer dans le métro comme à tes débuts, c’est quelque chose que tu envisageras de faire plus tard ?

H : C’est marrant quelqu’un m’a demandé ça tout à l’heure et je pense que oui, je retournerai certainement faire un concert dans le métro à un moment donné. Après, je ne retournerai pas jouer tout seul comme je le faisais avant parce que ça voudrait dire revenir en arrière et c’est bien d’avancer.

LVP : Tu viens donc de sortir Yellow, ton premier album, comment tu as vécu tout ça ?

H : C’est assez ouf. Surtout avant l’enregistrement, il a fallu que je choisisse quelqu’un pour l’enregistrer et j’ai commencé à regarder les noms de mecs qui étaient derrière des projets que j’aime beaucoup. On a contacté Ian Grimber et on lui a envoyé une démo puis on s’est rencontré. Rien que ça c’était dingue. Puis après je suis allé enregistrer dans son studio à Londres avec des musiciens qui jouent dans des groupes que j’écoute depuis super longtemps. Je me suis retrouvé dans un petit coin de Londres où il y a pleins de studios et d’artistes que j’adore. C’était un peu surréel et finalement le mec était trop bon donc il a fait un album qui sonnait comme j’en avais envie. Et puis, ça fait plaisir d’avoir pu sortir des nouveaux titres. J’avais envie que les gens entendent le Hugo Barriol de 2019 et pas celui de l’EP de 2015.

LVP : Tu parles d’artistes qui t’inspirent, on peut avoir des noms ?

H : La première influence, là où je me suis dit « wow » et où j’ai vraiment voyagé en écoutant de la musique, c’est Bon Iver. Ensuite, on a Mumford & Sons.

LVP : Leurs premiers albums du coup ?

H : Non mais même les derniers je les aime beaucoup. D’ailleurs je vais aller les voir bientôt, à Londres. Ils ont un festival qui s’appelle Gentlemen of the Road. C’est un cadeau pour mes 30 ans.

LVP : D’autres influences ?

H : Ouais j’aime beaucoup Daughter, Matt Corby, Bear’s Den, Oasis, Jack Johnson, Patrick Watson… J’en ai énormément. La liste est très longue. En artiste français, j’ai fait la première partie de Joe Bel et j’ai un coup de cœur pour une de ses chansons.

LVP : ça a l’air d’être un album assez personnel, est-ce que tu t’es inspiré de tes propres histoires pour l’écrire ?

H : En fait, quand j’écris de la musique, c’est pour parler de choses qui sont enfouies en moi et c’est la seule façon que j’ai pour les sortir et les exprimer. Donc elles ne sont quasiment que par rapport à moi. A part à la fin où je n’avais plus beaucoup de chansons, mon label m’encourageait à continuer à écrire donc je me suis inspiré de la vie de quelqu’un d’autre et je la raconte à la première personne. C’est le cas dans Oh My par exemple. Et je suis content qu’on m’ait poussé à faire ça parce que sinon ce morceau n’aurait jamais vu le jour et c’est un de mes préférés de l’album donc ça a du bon.

LVP : Tu chantes exclusivement en anglais, c’est une forme de pudeur ?

H : En fait, c’est plutôt par habitude. J’écoute énormément d’artistes anglophones et puis je composais en anglais. Depuis que je suis tout petit, ça me semblait naturel et puis je trouve que ça sonne mieux. Je n’étais pas trop inspiré par le français. Et la musique que j’aime, c’est de la musique anglaise.

LVP : Est-ce qu’il y a une chanson dans l’album qui compte plus pour toi ?

H : Comme je disais, Oh My est l’une de mes préférées. Après, il y a Always qui est particulière parce que pendant que j’écrivais les chansons, j’ai appris le décès d’une pote que j’avais rencontré durant un voyage et avec qui j’avais fait un bout de route. Ça m’a fait super mal donc j’ai eu envie d’écrire à ce sujet. Quand j’ai écrit Always, j’ai ressenti un truc, je ne saurais pas trop l’expliquer mais même si c’était très douloureux, ça m’a fait vachement de bien.

LVP : J’imagine que tu as composé tous tes morceaux en guitare-voix, ça n’a pas été trop compliqué de passer avec plus d’instruments lors de l’enregistrement de l’album ?

H : Non pas vraiment car la structure des morceaux était déjà définie. D’abord en guitare-voix et puis après je suis allé à Londres où on a fait quelques jours de pré-production où il y avait un bassiste et un batteur pour essayer de trouver les rythmiques. On a beaucoup bossé sur la batterie parce que la basse suit mes accords de guitare. Et puis après j’avais des idées de cuivres avec notamment la trompette. Je savais que je voulais ajouter du piano. Tout s’est fait sans trop de difficulté, assez naturellement puisque j’avais une idée de ce que je voulais mais aussi de ce que je ne voulais pas.

LVP : Tu t’es produit dans plusieurs métros du monde, qu’est-ce que tu retiens de ces différents publics ? Tu parlais de Munich, est-ce qu’il y a des publics qui t’ont plus marqué que d’autres ?

H : J’avais une grosse pression quand je jouais à Londres parce que les anglais sont trop forts, le niveau y est super haut donc en tant que petit français qui fait de la folk en anglais, ça peut très bien ne pas révolutionner leur monde. Donc il fallait vraiment assurer. En Allemagne, c’est là où le public était le plus nombreux et là j’étais plus relax. Amsterdam aussi, c’était super cool. Ça dépend, des fois il y a des salles où il y a une ambiance. Une fois j’ai fait une première partie à Paris, le public m’a accueilli comme si j’étais la tête d’affiche et ils m’ont donné tellement que ça m’a fait passer un live de dingue. Ça dépend des jours pour le public en fait.

LVP : Pour le concert de ce soir, tu avais lancé un petit sondage sur facebook pour savoir quelle cover tu devais jouer ce soir. Est-ce que tu rêvais secrètement qu’on te demande un morceau en particulier ?

H : Non, pas forcément. J’ai jamais trop fait de covers, j’en ai fait un peu dernièrement parce que c’est cool de se mettre un peu en difficulté et d’essayer de créer quelque chose à travers un titre qui existe déjà. Mais c’était plus pour me mettre un challenge.

LVP : Tu as des coups de cœur à nous partager ?

H: Ouais ! Un écossais qui s’appelle Lewis Capaldi qui a une super voix. En France, il y a Joe Bel dont je parlais tout à l’heure. Après, j’aime beaucoup Sam Fender. Il y a aussi Blanco White, un espèce d’Eddie Vedder mais qui a 20 ans et sa voix est assez dingue. Jade Bird qui a une voix et une énergie de malade, je l’ai vue deux fois en live et elle vaut le coup.

LVP : Tu as commencé à écrire des nouveaux morceaux ou tu fais une petite pause ?

H : Non, je ne fais jamais de pause. Des fois, j’essaye de m’imposer des séances de travail parce que tu as toujours une ligne ou deux qui peuvent sortir et faire la différence. Après j’écris quand je suis inspiré donc quand ça vient, je compose.

LVP : Du coup, c’est quoi la suite pour toi maintenant ?

H : On continue la petite tournée et puis il y a des dates qui arrivent jusqu’en novembre prochain en France, Suisse et en Belgique. Des premières parties aussi, notamment de Glen Hansard. Le mec qui est dans le film Once, un irlandais. Il joue avec Eddie Vedder des fois. Je suis très content de faire cette première partie, le public c’est la même came. J’aimerais bien refaire une date à Paris aussi, au Café de la Danse idéalement.