Le couronnement d'Ibeyi à l'Olympia

Tu fais tourner ?
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Frédéric Beigbeder disait de l’amour qu’il dure trois ans. Le 16 octobre au soir, les jumelles d’Ibeyi fêtaient pourtant le cinquième tour de soleil de leur idylle avec le public français dans un Olympia plein à craquer. Et comme tous les anniversaires, cela s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur, entourée de la famille et des amis.

Cela avait pourtant démarré de manière calamiteuse, dans une file d’attente de plus de 100 mètres devant l’Olympia (qui nous avait pourtant habitués à une meilleure organisation), signe de l’énorme attente générée par Ibeyi. Le temps de traverser le mythique couloir rouge de l’enceinte parisienne, on a à peine le temps d’entendre Aloïse Sauvage remercier le public et sortir de scène. On aura donc raté la première partie. Ce sera la seule fausse note de la soirée.

Sur les coups de 21h, les deux jumelles pénètrent sur la scène dans leurs combinaisons iconiques face à un public d’ores et déjà acquis à leur cause et entonnent I carried this for years sur du VJing floral. A peine le temps de finir la chanson que Lisa-Kaindé (chant, synthé) profite de cet anniversaire pour déclarer sa flamme à Naomi (chant, percussions) sur I wanna be like you. Assises l’une à côté de l’autre, c’est avec une complicité non-feinte qu’Ibeyi emmène le public vers un monde onirique. Away, away est justement placé tôt en début de set afin de lover la salle dans une symbiose d’influences aussi diverses que variées. On reconnaît bien sûr l’influence de leur père Anga Diaz, ex-percussioniste du Buena Vista Social Club, au travers des cajuns et autres percussions cubaines qui rythment le concert. Mais limiter Ibeyi à ce seul courant musical serait leur faire une injustice, tant leur musique contient également des éléments world, pop, downtempo et R&B.

Tantôt intimistes avec des harmonies a capella, tantôt puissantes avec des pads éthérés, mais toujours sincères, les sœurs réalisent une véritable démonstration. Loin d’être impressionnées par l’aura de la salle (à l’inverse d’un certain groupe émergent qui avait pourtant été désigné « révélation scène » aux Victoires de la Musique en 2016…), elles bondissent, haranguent le public à scander leurs refrains, sans oublier de adresser à leur mère ou grand-mère avec une touchante candeur. Une communion réussie, que ce soit au moment de faire danser la salle sur Me Voy ou de reprendre en chœur, le poing levé, « We are Deathless ».

Soutenues par la puissance d’un chœur sur certaines sections (on en a encore des frissons sur le morceau Transmission) et l’immersion des visuels projetés sur grand écran, le coup de grâce est porté lorsqu’une voix masculine transperce les baffles. Cette voix, reconnaissable entre milles, c’est celle de l’immense Gaël Faye, qui repart aussitôt son couplet terminé. Il reviendra juste avant le rappel pour un freestyle, devant un public en ébullition : « Je suis le whisky dans le coca, je suis le Rwanda, je suis Cuba, je suis l’Olympia ». On ne peut qu’être d’accord. Un autre moment fort de la soirée aura été l’apparition sur scène d’Aloïse Sauvage, vécue comme une consolation pour les nombreux retardataires. A défaut de chanter, elle captive l’audience en accompagnant Ibeyi par des mouvements hip-hop fluides et sensuels.

Au-delà d’une distribution de fleurs, le rappel sera l’occasion d’inviter sur scène le collectif Everything is Recorded pour une dernière ligne de Moog avant un final sur le tant attendu River. Scandant une dernière fois Deathless tel un chant religieux à en faire trembler le sol (qu’on entendra encore à la sortie de la salle), le public se disperse peu à peu dans un difficile retour à la réalité, conscient d’avoir assisté à quelque chose de fort.

En bonus, ci-dessous les photos prises par le génial Alphonse. C’est cadeau.

Petit, je pensais que Daniel Balavoine était une femme. C’était d’ailleurs ma chanteuse préférée.