In the Shape of a Storm : polaroïds intimistes de Damien Jurado

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Le visage fermé, le dos courbé au-dessus de sa guitare, c’est souvent cette dureté que l’on attribue à tort à Damien Jurado lorsque l’on n’a pas encore posé l’oreille sur l’une de ses chansons. Il n’en est rien. Rien n’est en effet plus pur ni doux que la voix cristalline de l’américain. Au fil des années, on a rapidement compris que Damien Jurado était rapide et efficace : en près de 20 ans de carrière, on lui dénombre plus d’une dizaine d’albums. Il revient dans les startings blocks avec In the Shape of a Storm, cette fois-ci c’est un véritable record qu’a établi l’artiste puisqu’il a enregistré l’album en deux heures durant un après-midi.

Deux heures. C’est tout ce qu’il a fallu à Damien Jurado pour enregistrer In the Shape of a Storm, album épuré avec pour seul accompagnement une guitare acoustique et la voix si douce de l’artiste. Toute l’histoire part du titre principal Lincoln. Composé en 1998 et initialement prévu pour sortir sur le troisième album de Jurado, Ghost of David, la chanson n’a en fait jamais vu le jour à cause d’une erreur de l’artiste. Il avait en effet enregistré 13 titres sur son lecteur cassette mais le jour de l’enregistrement en studio, il a malencontreusement tout effacé et a ensuite décidé de ne garder aucun de ces titres originels et de faire un tout nouvel album en une semaine. Quelques années plus tard, il est tombé sur la seule cassette démo qu’il avait faite initialement pour l’album. Cette démo, c’était Lincoln. Depuis, il n’avait pas réussi à l’intégrer dans les autres albums, le titre n’y trouvant jamais réellement sa place jusqu’à In the Shape of a Storm.

Ce dernier opus est donc en quelque sorte un recueil de vieilles chansons oubliées, ne trouvant leur place nulle part, formant un album photo instantané. Chaque titre reflétant un moment unique, brut et sans artifice. Un instantané saisissant pourtant 20 ans de vie et de musique. Dans ces polaroïds musicaux, Damien Jurado se dévoile et se met complètement à nu et nous l’explique dans un préambule où il chante “There is nothing left to hide” dans Lincoln, en ouverture d’album. Loin des percussions et rythmes plus poussés de ces précédents albums produits par Richard Swift, l’américain est ici complètement vulnérable et n’a pour seul accompagnement qu’une guitare acoustique, qui cache à peine les trémulations de sa voix de cristal tout au long des dix morceaux.

De sa voix suave, Damien Jurado se confie à propos de l’énormité de l’inconnu, à l’image de l’ombre d’une tempête en approche menaçant de tout engloutir sur son passage, l’inconnu est angoissant et on ne sait jamais comment on va s’en sortir ni comment les choses vont s’arranger. C’est ce que l’on entend au fil de la trop courte The Shape of a Storm mais aussi tout au long de l’album. « If I knew how, I would make myself know and cause the sky to open ». Si l’inconnu l’effraie, il trouve cependant des solutions et notamment dans les relations quelles qu’elles soient. Les liens que nous tissons sont salvateurs et nous permettent de se sortir de ces incertitudes, c’est ce que Damien Jurado conclut dans Throw Me Now Your Arms en chantant « We are not meant to be on our own ».

Si les fans rêvaient secrètement de cet album acoustique, Damien Jurado n’avait jusqu’à présent pas répondu à l’appel. Avec In the Shape of a Storm, la voix délicate du chanteur est ainsi sublimée par cette ambiance acoustique à fleur de peau et offre au public l’œuvre minimaliste tant attendue depuis des années. L’artiste, se faisant généralement très discret en France, était pourtant passé par l’hexagone en fin d’année dernière lors d’une date proposée par Le Grand Mix. Pour l’heure, aucune date française n’est arrêtée mais on espère bien pouvoir croiser la route de la tempête Jurado.