(Interview) Juliette Armanet, femme passionnée

Tu fais tourner ?
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Porte drapeau d’une variété française qui fait du bien au cœur et aux oreilles, Juliette Armanet était de passage au Splendid de Lille le jeudi 19 octobre. On en a profité pour lui poser quelques questions et pour parler de son live, de son piano et de sa famille musicale.

LVP : Salut Juliette ! Tu as commencé ta tournée il y a bientôt un mois, comment ça se passe ?

Juliette Armanet : Ça se passe merveilleusement bien. C’est extrêmement émouvant, c’est très riche ouais.

LVP : Il y a une vraie connexion avec le public, tu t’y attendais ?

J.A : Moi je m’attendais à pas grand-chose, on a travaillé avec beaucoup de patience pour créer ce live, la scénographie, les lumières… Du coup je m’attendais à rien, j’avais un peu d’appréhension, peut-être. Je trouve que chaque concert amène de nouvelles sensations. Et voir comme ça un public aussi chaleureux c’est très très fort.

LVP : Au départ tu es une artiste solo, comment as tu trouvé tes musiciens pour le live ?

J.A : Très bêtement, j’ai fait des auditions un peu à l’ancienne puisque je connaissais pas grand monde. J’ai trouvé des gens qui étaient prêts à s’engager, qui avaient envie de venir avec moi et on s’est bien entendus. On s’entend de mieux en mieux, d’ailleurs, et on apprend à se connaître.

On a travaillé à partir des arrangements de l’album, tout en essayant de les enrichir pour que l’interprétation ne soit pas pas littérale. On prend beaucoup de plaisir à jouer ensemble, on s’amuse bien.

LVP : Du coup ça évolue de date en date …

J.A : Absolument, oui. Chaque date amène plus de liberté, c’est vrai.

LVP : Concernant l’album, est ce qu’on peut considérer que Petite Amie est un album concept ?

J.A : C’est à dire ?

LVP : Que chaque chanson représente une espèce de fantasme sur la petite amie…

J.A : C’est très bien décrit. Je crois pas que je l’ai conscientisé comme tel, mais effectivement c’est tous les états d’âme d’une petite amie… Ouais c’est très bien, bravo (rires)

LVP : Dans l’album, il y a un côté très cinématographique, chaque chanson raconte une histoire comme un court métrage …

J.A : Ça, c’est cool. Je trouve que sur La Carte Postale on voit un peu un petit film, Star Triste aussi. Le côté aussi mini conte, petit poème qui raconte un peu une histoire, ça c’est super si ça se ressent.

LVP : Ton album tu l’as créé sur une période assez longue, est-ce que tu imagines déjà la composition du prochain disque de manière totalement différente ?

J.A : En fait je me pose pas vraiment la question du prochain album, je commence à peine à savourer la tournée et le show de celui-la. Je sais pas du tout si je vais avoir des choses intéressantes à dire ou si ça va être la page blanche absolue. Pour le moment je me laisse encore le temps de rester sur ces mélodies et de les faire vivre en live .

LVP : Justement en parlant du live,est ce que le vrai héros de l’album, ça serait pas ton piano ?

J.A : (rires) Si c’est possible. Toutes les chansons sont composées autour du piano. C’est étonnant d’ailleurs pour moi de me lever sur scène, parce que maintenant je danse, je suis debout sur certains titres et ça me fait bizarre… Mais bon il est là, il est pas loin (rires).

LVP : On te compare souvent à Véronique Sanson, mais moi je te vois plus dans un imaginaire à la Sebastien Tellier ou William Sheller avec le piano comme une extension de toi-même …

J.A : Ce sont des gens que j’admire beaucoup, oui. Et le piano reste un repère, pourtant j’en joue pas très bien… Mais ça me rassure, il me rassure.

LVP : Concernant ton style musical, est-ce que c’était important pour toi de remettre la variété « à sa place » ? De la remettre dans son contexte avec une vraie ambition et de décoller ce côté galvaudé et négatif.

J.A : Moi c’est ce que j’écoute la variété. C’est ce que j’aime écouter, ce qui vient naturellement… Une bonne vieille chanson de Julien Clerc ou même des choses plus récentes comme Bashung, etc. Le mot variété comporte énormément de choses, c’est pas la soupe, la grosse musique qui écrase toute les radios… Je pense que la variété c’est ce qui rassemble à la fois les mélomanes qui aiment la bonne musique et les gens qui sont pas forcément musiciens dans l’âme mais qui aiment chanter et se retrouver dans certaines paroles… Ça rassemble un public très éclectique et c’est tant mieux.

LVP : Justement, je trouve que tu es sur le fil entre ces deux publics avec ta musique…

J.A : C’est pas ce qu’il y a de plus facile, comme tu disais c’est un fil et c’est pas évident de le maintenir. Mais c’est un peu le pari de rester comme ça en équilibre entre plusieurs esthétiques, plusieurs mondes, sans transiger sur mes propres ambitions musicales et en faisant un peu le funambule quoi.

LVP : Je vais te poser une question un peu compliquée… On t’a rassemblé dans un groupe de filles. Est ce que tu trouves pas ça dommage de mettre la femme en avant en occultant au final les spécifités musicales de chacune ?

J.A : Ben écoute merci beaucoup, y’a peu de gens qui ont cette liberté de dire ça. Moi je suis pas du tout… (réfléchit) J’ai pas envie qu’on m’associe à un truc de féminité particulière ou qu’on fasse de moi une artiste femme… Dès qu’une femme conduit un camion c’est incroyable. Ce que je veux dire par là c’est que je n’ai pas envie qu’on parle de moi en tant que femme. Je préfère qu’on parle de mon travail en tant qu’individu au même titre que tout le monde.

Souvent les médias ont cette manie de rassembler comme ça par volonté d’égalité des sexes pour essayer de dire « oui les filles aussi font des choses » etc … Mais en fait je trouve que c’est un poil ringard, parce qu’on en est plus là, ou du moins, on ne veut plus en être là.

C’est plus complexe que ça, c’est plus secret, c’est plus intime que juste être une femme ou un homme en fait. Et justement, on n’a pas envie de penser à ça. Quand on écoute Bashung, on n’écoute pas le disque d’un homme, on écoute le disque d’une âme et c’est ça qui compte en fait.

LVP : Je sais qu’on te parle souvent de Julien Doré… Je ne vais pas le faire (rires). Moi je voulais te parler de gens comme Fishbach ou Lenparrot et savoir si c’était important pour toi de te créer une famille musicale ?

J.A : Ben oui parce que quand c’est des gens qu’on admire c’est toujours très flatteur et très agréable d’échanger, de pas rester seul dans son projet. La sensation de faire partie d’une scène musicale, d’aller voir les concerts, de connaître les projets des uns des autres par cœur… Ça rassure aussi et puis ça fait du bien parce que c’est très monomaniaque quand on est dans son projet, on pense qu’à son truc et c’est agréable d’ouvrir un peu ses chakras (rires) et de partager.

Et une personne comme Cléa Vincent , par exemple, c’est quelqu’un qui est complètement solaire. Elle fait des soirées aux 3 Baudets sur le thème genre « Année 1985 », elle rassemble des gens et chacun doit chanter une chanson. Et ce sont des trucs qui font un bien fou, de justement sortir de son projet, de son petit univers parfois étouffant et de partager avec d’autres gens des choses qui sont juste des bons moments de musique, quoi. Je pense que c’est vraiment important de le faire et Cléa elle sait faire ça, rassembler les gens.

LVP : J’ai encore deux questions pour toi … Quels sont tes coups de cœur récents en musique, cinéma, livres …

J.A : Alors coups de cœur, coups de cœur, coups de cœur… J’ai découvert récemment un musicien qui s’appelle OJARD qui a fait un album qui s’appelle Euphonie. Un album strictement instrumental qui est vraiment très très beau et qui fait penser un peu aux B.O de films des années 70. Y’a plein d’univers différents, y’a un côté Sautet parfois, un truc plus léger aussi, plus nouvelle vague… C’est vraiment très joli et j’écoute ça en boucle.

J’ai joué avec un mec des GUSH, Xavier Polycarpe et du coup il m’a fait écouter un album qu’il a fait auparavant, Adan & Xavi y Los Imanes . Et sur cet album il y a une chanson qui s’appelle Un, comme le chiffre, qui est absolument magnifique, un peu dans la tradition des love songs à la Lennon, très belle, très simple. Et puis après j’ai mes héros, Steevie Wonder, Prince et Françoise Hardy voilà.

LVP : Ma dernier question c’est la question con, c’est une question un peu stupide que je pose.

J.A : Super !

LVP : Quel genre de Petite Amie est Juliette Armanet ?

J.A : Quel genre de petite amie est Juliette Armanet (réfléchit longuement) Passionnée, je crois … ouais j’espère… Passionnée.

LVP : ça fera un beau mot de la fin je pense. (rires)

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.