(INTERVIEW) : Ryder The Eagle, la musique au cœur

Tu fais tourner ?
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Échappé de Las Aves pour mener une aventure en solitaire sous le pseudonyme de Ryder The Eagle, Adrien Cassignol a sorti le mois dernier son premier EP, The Ride Of Love, que l’on classe sans hésiter parmi nos favoris de l’année 2017. Si ses clips et ses morceaux le mettent en scène filant sur sa moto, il l’assure : son moteur, c’est avant tout l’émotion, et on n’a aucune peine à le croire. Entretien avec un artiste qui fait de l’authenticité et de l’intensité un véritable mode vie.

La Vague Parallèle : Hello ! Peux-tu te présenter en quelques mots pour celles et ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Ryder the Eagle : Je suis Ryder the Eagle et je suis français. Avant, j’étais le batteur de The Dodoz et Las Aves, puis je suis parti en solo et je suis devenu Ryder the Eagle.

Maintenant je ne fais plus que ça, c’est mon truc à moi, ça dormait au fond de moi depuis longtemps.

LVP : Quand et comment est-ce que tu as commencé la musique ? Est-ce que tu peux nous parler de l’évolution de ton parcours ?
R : Quand j’avais dix-onze ans, mon frère (Jules Cassignol, guitariste de Las Aves, NDLR) et moi on a eu envie de faire la musique. Mon frère a choisi la guitare en premier donc moi j’ai pris ce qu’il restait, la batterie, pour qu’on puisse jouer ensemble.

On a commencé à jouer comme ça, dans notre chambre, et petit à petit c’est devenu The Dodoz quand nos deux amis nous ont rejoints. The Dodoz est ensuite devenu Las Aves.

Très rapidement après la batterie, je me suis mis à faire de la guitare : je me sentais un peu enfermé dans le côté rythmique de la batterie et j’avais envie de pouvoir explorer les harmonies, écrire des chansons, pouvoir chanter. Je regardais mon frère jouer, j’espionnais un peu ses doigts et j’essayais de refaire pareil dans ma chambre (rires). Ensuite je me suis mis au piano, j’ai appris à jouer quelques accords.

LVP : Tu t’es façonné un personnage, Ryder The Eagle, qui est très intense, très radical, que ce soit sur scène ou en studio. Est-ce que ce personnage, c’est une sorte d’exutoire ?
R : Ouais, je pense que ça doit être ça. J’ai toujours eu cette espèce d’intensité, cette rage en moi. Je ne sais pas d’où elle vient, il faut encore que je l’analyse (rires).

Je l’ai exprimée par la batterie au début, mais ça s’est vite avéré insuffisant : taper sur des tambours c’est cool, mais j’avais besoin de m’exprimer davantage. Tu peux dire beaucoup plus dans des textes, en écrivant des chansons, par la parole, par la voix, et j’étais très attiré par ça.

Ensuite, j’ai amené cette radicalité dans mes chansons, dans mes clips et même dans ma manière d’envisager ma vie. J’aime bien me dire que je ne fais que ça et rien d’autre. C’est aussi pour ça que je ne me voyais pas rester dans Las Aves et mener mon projet solo en même temps. Je préfère être extrême jusqu’au bout.

LVP : Dans tes textes aussi, on touche toujours à l’absolu : soit c’est l’amour pur, beau et débordant comme dans All About The Music ou Die On My Bike, soit c’est la violence avec Crush Your Head On The Floor, par exemple. Est-ce que ta conception de la musique c’est la musique totale, absolue ?
R : Oui ! Ça peut déplaire à certains mais moi, ce qui m’a toujours marqué dans la musique, ce sont les gens qui sont extrêmes comme Nick Cave, par exemple. Tu sens qu’ils pourraient mourir le lendemain et qu’ils jouent chaque concert comme si c’était le dernier. Ça, c’est ce que je recherche dans la musique : des émotions qui sont exacerbées par rapport à ce que tu ressens dans la vie réelle et qui reflètent ce que tu peux éprouver dans des moments de tristesse, de haine…

Je trouve que c’est bien de cristalliser ça dans la musique : ça permet de créer des liens avec les gens qui écoutent ta musique parce que ce sont des choses qu’on a tous en commun, ces émotions extrêmes qu’on ravale parce qu’on est des êtres civilisés.

Le fait de pouvoir le mettre dans un art et d’en jouir librement, c’est génial !

LVP : Ta démarche ressemble aussi à une sorte de quête introspective. Est-ce que ça signifie que le jour où la musique t’aura permis de t’accomplir en tant que personne et de te trouver, tu pourras arrêter d’écrire, de composer, de jouer ?
R : En théorie, oui, mais je suis intimement persuadé que je n’accomplirai jamais cette quête dont tu parles : je ne pourrai jamais arriver à un moment où je pourrai me dire que je me serai trouvé pleinement. Tu as beau chercher, tu n’as jamais vraiment de réponse, c’est une quête qui est vaine.

Quand tu as de la rage ou de l’amour en toi, je crois que ça ne se calme jamais. J’aurai toujours besoin de mettre ça dans ma musique.

LVP : Tes textes sont très personnels. Est-ce que le fait de t’être créé un personnage et d’opérer une distanciation par rapport à ta véritable identité, ça rend plus facile le fait de s’exposer devant un public ?
R : Pour moi, c’est assez naturel : j’ai besoin de cette sincérité, j’ai besoin de sentir que je ne mens pas à moi-même ni à mon public. J’aurais pu jouer sous mon vrai nom, ça n’aurait rien changé.

Mon personnage m’aide à transcender tout ça, mais Ryder The Eagle c’est moi. C’est un moi fantasmé mais il possède véritablement ma personnalité. Quand tu me vois plein de rage sur scène, c’est complètement moi, je n’ai pas peur de le dire (rires). C’est moi sans filtre, sans censure.

LVP : Sur scène, tu as parfois joué accompagné et tu joues maintenant seul. Est-ce que tu penses que cette configuration va évoluer ?
R : Toute cette tournée en Europe, je la fais seul. Quand tu joues avec un groupe, il y a toujours le risque de se cacher derrière une attitude rock, et je sentais que ça pouvait me faire dévier de la sincérité que je recherche.

Du coup, je me suis dit que j’allais partir en tournée tout seul et voir ce que ça pouvait donner. C’est assez étrange parce que j’ai dû programmer des pistes sur un vieux synthé pour pouvoir jouer avec les harmonies derrière, je ne voulais pas me contenter d’un guitare/voix qui n’aurait pas suffi à retranscrire ma musique.

Ça donne un mélange un peu chelou, qui intrigue certaines personnes, mais ça me plaît beaucoup parce que ça me correspond à 100%. Ce n’est ni vraiment du rock ni vraiment de la pop, il y a quelques sons électroniques mais ça ne sonne pas électro pour autant. J’aime beaucoup le fait que ce soit à la croisée de plusieurs genres et qu’on ne puisse pas le catégoriser.

Je n’exclus pas de rejouer avec des musiciens, mais il faudra retravailler la formule.

LVP : Récemment, tu as parcouru l’Europe et tu as notamment joué en République Tchèque, en Angleterre, dans des petites salles en France… Comment se passe cette tournée ?
R : En République Tchèque, c’était le top : j’y avais tourné avec The Dodoz et j’arrivais dans des endroits où les gens connaissaient mes paroles, j’avais vraiment mon public. C’était presque un peu étrange, parce que c’est quand même loin d’ici (rires) !

J’ai découvert là-bas un public très ouvert, qui a une vraie culture des concerts et qui est très réceptif à la performance que tu donnes sur scène.

LVP : Il y a un mois, tu as sorti ton premier EP, The Ride Of Love. Est-ce que tu peux nous en parler, et notamment de la manière dont tu l’as écrit, enregistré ?
R : Je suis allé l’enregistrer dans le studio Shelter à Londres. Je suis parti avec un ami, Adrian Libeyre Ramirez, qui a aussi mixé l’EP.

J’avais déjà mes morceaux en tête au moment où je suis entré en studio : je ne fais pas de maquette, j’ai tous les instruments très clairement en tête, strate par strate, je suis un peu un psycho (rires) !

C’est vraiment allé très vite : il n’y a pas eu de composition en studio, on est resté deux jours au cours desquels j’ai fait tous les enregistrements et j’ai fait les voix en rentrant chez moi.

LVP : Tu as eu la chance de pouvoir côtoyer Adam Green qui est l’une de tes influences. Est-ce qu’il y a d’autres personnes avec lesquelles tu rêverais de travailler, de collaborer, de jouer ?
R : Je ne me suis jamais vraiment posé la question de la collaboration, mais j’aimerais beaucoup rencontrer des mecs comme Julian Casablancas qui ont bercé mon enfance.

Il y a Nick Cave, aussi : j’étais dans les loges pour son concert à Paris mais je ne lui ai pas parlé, il m’a tellement impressionné pendant son concert que je n’aurais pas su quoi lui dire ! Je n’arrive même pas à imaginer une collaboration avec ces gens-là.

Parmi les contemporains, j’aime également beaucoup Alex Cameron et Angel Olsen que j’aime beaucoup.

LVP : D’ailleurs, on te compare parfois à Julian Casablancas, dans la manière de chanter qu’est-ce que tu penses de cette comparaison ?
R : Cette comparaison, je la comprends : j’ai un timbre assez proche du sien, avec cette espèce de saturation dans la voix. Si je l’imite, ça marche très bien, je le fais pour faire marrer mes potes en soirée (rires) !

En plus, j’ai beaucoup été influencé par les Strokes donc ça peut vite donner cette idée aux gens. J’essaye de m’en écarter au maximum parce qu’il y a aussi autre chose à entendre dans ma musique.

J’évolue à chaque nouveau morceau, j’ai composé des nouvelles ballades qui sont dans un autre registre. Il faut juste que les gens sachent que ça fait partie de mes influences, c’est ma génération.

LVP : Et la suite du projet, c’est quoi ?
R : J’ai beaucoup de nouveaux morceaux que je vais enregistrer dès que je termine ma tournée, j’y passerai peut-être un peu plus de temps que pour mon premier EP. En fait, je trouve petit à petit mon son et c’est assez excitant : je me concentre de plus en plus sur la mélodie et les paroles, je me rapproche davantage de ce que j’ai vraiment envie de faire.

Je ne sais pas encore quel format ça prendra, mais je sortirai un album ou un EP l’année prochaine.

LVP : Ma dernière question est un peu particulière : lorsque Charles de La Vague Parallèle a rencontré Las Aves, il leur a demandé pourquoi vos différents noms font référence aux oiseaux, mais ils n’ont pas vraiment su répondre. Alors, c’est quoi ce délire avec les oiseaux ?
R : On n’a pas vraiment de délire avec les oiseaux pourtant (rires) !

On avait plutôt choisi The Dodoz pour la sonorité, et il s’est avéré que c’était aussi un nom d’oiseau. Quand on est devenu Las Aves, c’était aussi pour la sonorité, ça veut dire “les oiseaux” et on s’est dit que c’était marrant de garder un lien avec l’ancien nom, ça nous plaisait bien.

Pour mon nom, Ryder The Eagle, ça n’a rien à voir, mais c’est sûrement inconscient, c’est peut-être une volonté de garder un lien avec tout ça. J’avoue que je ne sais pas répondre à cette question mieux qu’eux, on va laisser ça dans le domaine du flou (rires) !

Ryder The Eagle sera en concert le 4 décembre prochain au Pop-Up du Label.