Sonnfjord : "Aurelio allait frapper à la porte des Girls in Hawaii pour filer des démos"

Tu fais tourner ?
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La drache nationale s’abat sur les rues bruxelloises tandis que je me rends en hâte à ce qui sera ma première soirée aux Nuits du Botanique édition 2018. C’est dans des loges surchauffées que je prends le temps de me poser quelques minutes avec les trois membres du groupe Sonnfjord, très dispersés (ils le disent eux-mêmes) à quelques heures de la release party de leur EP City Lights.

LVP : Il paraît que j’ai une version 2.0 de Sonnfjord devant moi. Vous pouvez m’expliquer pourquoi ?
Maria-Laetitia Mattern : Alors, tu as une version 2.0 parce que François a changé de déo. (rires) Non je déconne. Non, en fait c’est vrai que Sonnfjord il y a quelques années ça n’était pas du tout ce qu’on fait comme musique aujourd’hui et notre univers a vachement évolué. Notre musique a vachement évolué aussi. Du coup, je pense que l’idée qu’aujourd’hui on est un peu une nouvelle version de nous-mêmes n’est pas si fausse que ça. Je pense qu’en fait au départ, on a pris un peu de temps pour trouver notre son et pour trouver notre identité et que là, on l’a trouvé quelque part.

François de Moffarts : Je dirais même que c’est le Sonnfjord 1.0 que tu as devant toi et que c’était la version bêta avant, en fait. Là c’est le vrai Sonnfjord.

Maria-Laetitia Mattern : Ouais et on te revoit l’an prochain avec une version 2.0.

LVP : Le projet Sonnfjord, ça a toujours été essentiellement vous trois ?
Aurelio Mattern : Bah oui en fait. M-L compose depuis longtemps, elle avait un projet solo avant avec lequel elle a fait quelques concerts et assez rapidement, c’est vrai qu’on s’est trouvés à trois et que le nom Sonnfjord est venu aussi à ce moment-là.

Maria-Laetitia Mattern : C’est vrai que la formule à trois ça fait quand même longtemps qu’elle existe et on est cinq aussi sur scène, il y a deux musiciens.

LVP : Maria-Laetitia et Aurelio, vous étiez originaires de Braine-l’Alleud, François de Ittre. Comment vous êtes tombés dans la musique dans ces contrées-là ?
Maria-Laetitia Mattern : Ben en fait, il y a beaucoup de musiciens qui viennent de Braine-l’Alleud. Il y a les Girls in Hawaii qui ont grandi à deux pas de chez nous. D’ailleurs, Aurelio allait frapper à leur porte quand il était ado pour filer des CD de ses démos à Denis.

Aurelio Mattern : Y a un terreau c’est vrai à Braine-l’Alleud, je sais pas comment ça se fait.

François de Moffarts : En fait on était tous dans une école, avec les Girls in Hawaii, où il y avait une option artistique. Du coup, je crois que ça pousse un peu à la créativité.

Aurelio Mattern : Et quand tu vois quelqu’un qui y arrive et qui habite à coté de chez toi et qui est dans la même école, tu te dis en fait si lui il y arrive, moi je peux y arriver du coup c’est très très stimulant. Les Girls in Hawaii ont ouvert la porte et on est plein d’ados à l’époque à s’être dit la même chose.

Maria-Laetitia Mattern : Après, je pense que.. Que t’habites à Bousval, Malines ou Braine-l’Alleud, je crois pas que la ville change grand-chose. Moi maintenant je me considère beaucoup plus bruxelloise que brainoise… (temps de pause) En vrai je sais même pas où c’est Bousval.

LVP : Et donc après Braine-l’Alleud, l’étape suivante c’était Bruxelles. Maria-Laetitia, il y a beaucoup de termes dans tes textes qui évoquent la lumière, l’ombre, la nuit. Tu es fort inspirée par les lumières, les atmosphères de certains endroits ?
Maria-Laetitia Mattern : Oui à fond. Particulièrement cet EP-là, il s’est construit dans cet univers-là. J’ai été assez inspirée par la ville de Bruxelles, en général parce que c’est là que je vis, de nuit. C’est vrai que même encore dernièrement, je me déplace souvent à vélo à Bruxelles et du coup bah je suis assez inspirée par ces ambiances de nuit, je trouve que Bruxelles la nuit c’est une ville un peu désertique, d’ailleurs on a une chanson qui s’appelle Desert Town. Bruxelles, la nuit, finalement y a pas grand-monde sur les routes et à vélo c’est hyper agréable et j’ai vraiment été inspirée par ces ambiances où on voit un peu ce qu’il se passe chez les gens, il y a des petites lumières. Je sais pas, il y a quelque chose, même si Bruxelles ça reste une ville assez petite, ça m’a pas mal inspiré et ça a un peu créé l’univers de l’EP et ces ambiances lumineuses, clairement plus nocturnes.

LVP : Vous vous sentez comment à quelques heures de votre release party ? C’est un aboutissement ?
Maria-Laetitia Mattern : Ben franchement je crois qu’on est excités plus que stressés.

Aurelio Mattern : Je crois que le stress, il va venir dans quelques heures.

François de Moffarts : Oui et puis on s’est quand même bien préparés à ça, on a fait des résidences.

Maria-Laetitia Mattern : Après, des lives importants, on en a eu pas mal, l’an dernier on avait joué au Cirque Royal pendant les Nuits mais la particularité de ce concert-ci, c’est vraiment que pour la première fois c’est à notre nom, on est en tête d’affiche.  Du coup, c’est un public qui vient vraiment pour nous, encore plus dans ce cas-ci car c’était sold out avant que l’autre artiste soit annoncée. Du coup, il y a aussi un coté excitant et se dire « wouah », il y a plein de gens qui nous disent qu’ils ont hâte d’être ce soir, même des gens qu’on ne connait pas et qui nous contactent sur Instagram et ça a un coté stimulant car c’est un peu nouveau pour nous.

Aurelio Mattern : Après, c’est pas vraiment un aboutissement, je ne vois pas ça comme tel mais plutôt comme une étape. C’est marrant c’est vrai que ça pourrait être un aboutissement puisqu’on a travaillé longtemps là-dessus.

François de Moffarts : C’est l’aboutissement parce qu’on sort l’EP, c’est l’aboutissement de ce travail-là, on matérialise ça mais moi je vois pas ça comme un aboutissement non plus.

Aurelio Mattern : C’est la conclusion d’un petit chapitre dans le sens où on sort notre EP mais c’est aussi le début peut-être d’une tournée où on peut faire nos dates à nous.

Maria-Laetitia Mattern : Ouais en fait comme on a pas mal de dates qui suivent celle de ce soir, comme Aurelio je vois pas vraiment ça comme un aboutissement parce que j’ai l’impression qu’il y a encore plein de trucs qui s’enchaînent après. Donc tant mieux en fait, moi je vois ça comme une fête, comme la fête de la sortie de l’EP.

LVP : Tu dors debout c’est le seul titre en français sur la tracklist mais le français se glisse par-ci par-là dans l’EP et inversement avec l’anglais. Est-ce que c’était conscient ou bien inconscient de jongler entre les deux langues ?
Maria-Laetitia Mattern : Alors, conscient oui mais par contre pas du tout calculé. C’est un truc qui est venu un peu comme ça, dans ma façon d’écrire. J’ai commencé à écouter plus de musique francophone ces derniers temps, un peu avec la montée de tous ces artistes qui chantent en français. J’ai l’impression que quelque part la langue française s’est décomplexée dans la musique et que maintenant, il y a plein d’artistes qui osent beaucoup plus qu’il y a dix ans. Parce qu’il y a dix ans, personne ne chantait en français, en Belgique en tout cas. Et là c’est vrai qu’aujourd’hui, y a un truc qui se fait à ce niveau-là et moi au départ ça me faisait un petit peur et je voulais me cantonner à l’anglais. Puis j’ai commencé à écrire en français, ça m’a un peu lancé et Desert Town a été l’une des premières où j’ai mis des phrases en français et puis Tu dors debout c’est vrai que c’est la seule avec un titre en français mais par contre il n’y a pas plus de français que dans les autres.

LVP : Pour vos clips, vous travaillez souvent avec Brice VDH, Pablo Crutzen Dias et Benoit Do Quang du groupe Ulysse. C’est important pour vous d’avoir une identité visuelle sophistiquée ?
Maria-Laetitia Mattern : A la base, j’ai pas l’impression que ce soit notre force mais c’est quelque chose qu’on a vraiment travaillé ces deux dernières années. On a vraiment bossé là-dessus notamment en travaillant avec des gens comme Brice qui a très vite cerné notre univers, c’est un peu lui qui l’a aussi créé quelque part.

François de Moffarts : En fait, je pense qu’on se rend pas compte du rôle que ces clips ont. Ca a vraiment un impact sur la musique et sur la manière dont les gens perçoivent le titre aussi. Finalement, maintenant quand un artiste sort un morceau, il sort un clip sur YouTube. C’est presque aussi important que la musique parfois. Alors qu’on passe déjà beaucoup de temps sur la musique.

Maria-Laetitia Mattern : Sur les clips et les photos, j’ai envie de dire que c’est un gros travail de notre part mais aussi des gens qui nous ont à fond aidé. On a Sashaa Vernaeve, Alex de Terwangne aussi qui fait souvent des photos et c’est marrant parce que c’est un petit peu un microcosme de potes en fait. C’est chouette d’être entouré par des gens qui nous ont aidé avec leur force, qui est plutôt la force visuelle, à donner une image à notre son.

LVP : S’il y a un artiste que vous voudriez nous faire découvrir, ce serait qui ?
Aurelio Mattern : Y a Jeremy Walch qui est un artiste bruxellois qui vient de sortir un titre qui s’appelle Bill. C’est un de mes meilleurs potes et en fait j’ai l’impression qu’on entend beaucoup les mêmes styles et lui il reste vraiment dans son univers de pop rock et moi ça me fait du bien de temps en temps de me laver les oreilles en allant écouter des trucs qui sonnent pas du tout comme ce qu’on entend aujourd’hui.

Maria-Laetitia Mattern : C’est interdit de dire Thérapie Taxi hein, François. (rires)

François de Moffarts : Moi j’aime bien aussi tout ce qui est musiques du monde.

Maria-Laetitia Mattern : Moi je vais dire NAVAHO qui est un groupe de musique qui est aussi bruxellois et c’est aussi des potes à nous. Je trouve que c’est super ce qu’ils font, il y a un côté un peu tropical dans leur musique. Je les ai vus en concert y a pas longtemps et t’as l’impression de partir un peu en voyage en les regardant. A la tête de ce projet, y a un mec qui s’appelle Benjamin Saint Viteux qui est hyper talentueux et qui a une pure voix et je trouve qu’il mérite d’aller loin.

Sonnfjord aussi mérite d’aller loin et c’est sur ces quelques mots que je les ai quittés pour les laisser aller se préparer pour leur release party à la Rotonde. Le trio sera à retrouver sur les routes cet été avec plein de dates et de festivals (Francofolies de Spa, Brussels Summer Festival) et de nouveau au Botanique début octobre mais cette fois à l’Orangerie. Il restera ensuite à attendre l’album, leur plus gros défi pour la suite, comme ils me l’ont confié.

Touche-à-tout, gosse éparpillé, enfant de l’indietronica se découvrant un goût pour la nouvelle pop française.