THERAPIE TAXI, agitateurs de la pop française

Tu fais tourner ?
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J’ai eu l’occasion de me poser une vingtaine de minutes avec Adé, Raph et Renaud, le trio de visages de Therapie Taxi, avant leur concert à Louvain-la-Neuve. En pleine tournée pour la promotion de leur premier album Hit Sale, les trois acolytes ont pris le temps de répondre à mes quelques questions avant de partir se changer pour leur show. Moment tranquille dans les loges rythmé par des déconnades, des protestations, des divagations, l’amusement d’Adé pour l’utilisation bien belge du mot « tantôt ». Ma toute première interview aura même valu à mon pull d’être aspergé par une tomate cerise. Merci Raph.

La Vague Parallèle : Salut Adé, Raph et Renaud. Je sais que vous bougez pas mal pour le moment avec la tournée, est-ce que vous êtes contents d’être en Belgique ?
A l’unisson : Ouais !

Raphaël : Surtout ici, ça a l’air sympa, j’aime bien l’ambiance. Là bientôt, on va bouffer beaucoup de Belgique. On est venus au Reflektor, on a fait D6bels on Stage, là on revient la semaine prochaine, enfin bref on est tout le temps là.

Adélaïde : Ouais on va faire les Solidarités à Namur, les Ardentes.

LVP : Vous voyez une différence entre le public français et le public belge ?
Raphaël : Ben pour l’instant, c’est pas à l’avantage de la Belgique. C’est normal parce que le seul réel concert qu’on a fait, c’était au Reflektor et ici j’ai l’impression quand même que les gens nous connaissent plus via Hit Sale. ‘Fin je te dis ça mais en France, c’est juste qu’on a une dizaine de concerts, en Belgique on n’en a fait qu’un et l’ambiance était pas particulièrement ouf. Après, à voir.

Adélaïde : On avait un peu l’impression qu’il y avait le facteur radio qui fait que les gens connaissent vraiment un titre, pas forcément le reste et c’est pas vraiment la même cible qu’on a en France pour l’instant.

Raphaël : C’était un public assez familial on va dire. Après, le problème, c’est que c’est toujours les gens qui sont ultra fans qui connaissent tout le titre à fond qui viennent devant et notre public est un peu plus loin dans la salle. Après l’ambiance en festoch’, je pense qu’elle n’a rien à voir mais nous on attend que ça, plus le public est chaud, plus nous on monte la chaleur en général.

LVP : Au niveau de votre processus d’écriture, vous fonctionnez toujours de la même manière ou comment ça se passe ?
Raphaël : Et bah tu sais quoi, pour la première fois, on est sur un morceau qu’on a écrit tous les deux un peu avec Adé et pour la première fois on tient un titre qui, je pense, va être important pour la suite (Adé acquiesce) et pour le coup, disons que moi j’ai écrit les couplets et Adé a écrit le refrain.

Adélaïde : C’est la première fois que c’est vraiment co-écrit et vraiment co-composé.

Raphaël : Et même au niveau des paroles, j’avais fait un bon squelette mais Adé est venue avec pas mal de phrases, on a gardé ses idées, mes idées, on a fait ça ensemble dans le van. C’est la première fois où ensemble on a réussi à faire une vraie chanson collective.

Adélaïde : D’habitude, c’est un peu chacun dans son coin et on arrive et on se dit « regarde », une petite maquette un truc et après on retravaille. En général, c’est un peu  chacun son truc.

Raphaël : En gros généralement t’as tout le morceau qui est là et c’est juste des arrangements. Alors que là, au niveau du texte et au niveau de l’arrangement, ça a été vraiment du ping-pong et pour le coup, sur ce titre notamment, ça a été ultra bénéfique.

LVP : C’est un titre que vous prévoyez pour plus tard ?
Raphaël : C’est pour la réédition de Hit Sale. On commence à en parler. C’est la première fois qu’on en parle aujourd’hui. Pour l’exemple de ce titre, je suis arrivé avec un truc qui était pas mal mais clairement, il y avait tout à faire et je suis assez content parce que c’est la première fois où on se dit – enfin pas la première fois – c’est là qu’on sent la force d’être en groupe. Ca nous a permis de faire un album qui est un peu plus à 360 degrés et c’est une vraie force. Parce que c’est aussi une vraie force d’être un artiste identifié et en solo comme Roméo Elvis, comme Lomepal, comme Eddy de Pretto parce que t’as une image plus forte que les gens reconnaissent mieux, t’as une patte plus affirmée mais c’est plus difficile de l’avoir avec plus d’une voix.

Adélaïde : Mais au final c’est autant une force qu’un défaut parce que quand t’es en groupe t’as quand même plus d’idées puis ça t’évite aussi je pense de te prendre la tête tout seul, de ressasser un truc, ça te permet de te dire « non mais là ton idée elle est pas bien ». Si t’es tout seul, t’as pas ça.

Raphaël : Ca t’évite de tourner en rond, ouais. Même tu vois sur l’écriture, si t’es un peu attentif, tu vois très bien quels sont les textes écrits par Adé ou les miens. Y a aussi deux écritures à porter, ça apporte de la richesse à l’album. Tout ça, si tu t’en sers bien, je pense que ça peut permettre d’avoir un truc plus riche. C’est ça la force d’être en groupe.

LVP : Certains disent que vos textes sont assez vulgaires et ce côté libéré peut parfois déranger. Est-ce que vous avez l’impression que la pop a moins de liberté que le rap ?
Raphaël (étonné) : Les Belges, ça les dérange ?!

Adélaïde : Assez vulgaire ? C’est des prudes quoi.

Raphaël : Le rap n’a pas tellement plus de liberté. En vrai, franchement, j’ai plutôt l’impression qu’au contraire on s’en prend moins dans la gueule parce que justement on fait de la pop. Déjà, y a le fait qu’Adé chante et que ça équilibre les choses. Moi par exemple, ce qui est arrivé à Damso (la censure de son hymne pour les Diables rouges, ndlr), ça me foutrait trop les boules. Moi ça me dérange pas du tout qu’il y ait des propos misogynes dans le rap ou même dans ce qu’on fait. Ce qui me dérange, en revanche, c’est qu’il n’y ait pas assez de filles ou de femmes qui renvoient la balle. Donc nous, on a la chance d’être un duo avec Adé et de pouvoir toujours balancer le truc donc pour moi c’est fair-play tu vois.

Adélaïde : Il y a rien de gratuit quoi. C’est juste ça.

Raphaël : Bah si, Salop(e) c’est un peu gratuit quoi !

Adélaïde : Oui mais comme il y a les deux cotés, c’est bon tu vois.

Raphaël : Non mais par contre, à un moment donné, si il y a des gens qui sont encore assez fermés d’esprit pour dire « oh c’est choquant » quand t’entends Hit Sale, qu’ils sont pas assez libres ou pas assez ok avec eux-mêmes et se choquent de ce genre de trucs, nous on peut rien y faire. C’est dommage parce qu’ils vont être tristes dans leur vie.

Adélaïde : Après, ils ont le droit de pas aimer.

Raphaël : Non mais c’est pas la même chose. D’être choqué parce que t’entends le terme « bonne », je veux dire, tu dois vraiment pas être fun. Mais l’idée c’est aussi de partir sur la base que nous, comme pas mal de gens de notre milieu social ou de notre époque, on est ultra-tolérants sur tout. Evidemment qu’on est tolérants sur tout ce qui appartient à notre époque, c’est-à-dire qu’on est anti-racistes à fond, complètement pro-homosexualité, transgenres. Pour nous, c’est une évidence. En revanche, c’est vrai que moi je supporte pas les gens qui n’ont pas d’humour. La vie si tu la prends sans humour, tu vas pas être très heureux quoi.

LVP : J’aimerais vous parler de votre titre Zarba deux minutes parce que je l’aime beaucoup et il passe fort inaperçu dans la presse.
Raphaël : Ah, on l’aime pas, on l’aime pas celui-là.

Adélaïde : C’est trop marrant quand même.

LVP : Ah oui, pourquoi vous l’aimez pas ?
Raphaël : C’est une des chansons que j’aime le moins sur l’album.

Adélaïde : En fait, moi je trouve qu’elle est ratée.

Renaud (aux autres) : Mais c’est trop triste à entendre quand t’adores le titre tu vois.

Raphaël : Non non mais sur la réédition, on va sortir une autre version. J’adore le texte.

Renaud : On parle de l’arrangement vraiment quand on dit qu’on l’aime pas.

Adélaïde : Elle aurait pu avoir une autre couleur.

Raphaël : Elle a été très compliquée aussi puis la décision de foutre un guitare-voix au début, elle était un peu hâtive et je la regrette. Mais moi sinon j’adore le texte mais elle est trop pop sur le refrain, y a plein de trucs dans l’arrangement qui sont ratés. Mais le texte, je l’adore et en plus je m’étais vraiment fait chier à l’écrire celui-là. Mais il y a un truc dans l’instru où on le referait pas de la même manière mais c’est aussi parce que c’est une des plus vieilles chansons et que ça se sent.

LVP : Comment vous voyez la suite ? Vous comptez faire une pause ou pas ?
Renaud : Pas de pause, on est des chevronnés.

Raphaël : Alors là mon pote, si on travaille bien dans notre programme, dans un an et demi on a un ou deux mois de pause et ça, à mon avis, ça va péter parce qu’on va pas arriver à faire ce qu’on veut avant. Là en gros, on est censés tourner jusque l’été 2019. Par les temps qui courent, t’attends pas un an avant de sortir un album derrière.

Adélaïde : En plus techniquement, ça fera déjà un an et demi que l’album sera sorti donc si on attend encore par la suite, t’arrives vite à trois ans.

Raphaël : A court terme du coup, on va sortir une réédition du premier album, ça c’est à peu près décidé, ça va nous permettre de mettre deux ou trois exclus pour faire vivre le truc et on va essayer de bien réussir notre grosse tournée d’automne, faire un maximum de salles complètes et ça passe par une bonne comm’ et par le fait de bien gérer nos festivals cet été. Y a plein plein de trucs là et on est complètement le nez dans le guidon. En même temps on doit gérer l’écriture des nouveaux titres, le fait qu’on est pas encore tout à fait parfaits en live, on a beaucoup de choses à bosser encore.

LVP : Si vous deviez désigner le plus taré, le plus excité des trois, ce serait qui ?
Raphaël : Ce serait Renaud je crois.

LVP : Et le plus casanier et le plus plan-plan qui a envie d’être chez lui ?
Raphaël : Franchement c’est plutôt Adé mais Adé et moi on est fort là-dessus. Moi je suis très casanier. J’adore être chez moi. Peut-être même encore plus que toi (en regardant Adé).

C’est sur ces quelques mots que je les laisse filer pour aller s’habiller. On retrouvera les trois acolytes et leur bande sur scène dans plusieurs festivals cet été et de nombreux concerts à l’automne, bien décidés à installer l’ambiance et réveiller les coeurs. 


  • 6 juin : La Cigale, Paris, FR
  • 22 juin : Fête de la Musique, Charleroi, BE
  • 24 juin : Festival Solidays, Paris, FR
  • 1er juillet : Festival Garorock, FR
  • 8 juillet : Festival Les Ardentes, Liège, BE
  • 5 août : Ronquières Festival, BE
  • 14 août : Brussels Summer Festival, BE
  • 25 août : Les Solidarités, Namur, BE
  • 16 octobre : Ancienne Belgique, Bruxelles, BE

Touche-à-tout, gosse éparpillé, enfant de l’indietronica se découvrant un goût pour la nouvelle pop française.