Jacques, Superpoze et leur fusion improbable

Tu fais tourner ?
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L’électro française a de beaux jours devant elle. Une électro diversifiée, généreuse et surprenante. À l’image de ce nouveau cocktail explosif, cette rencontre inattendue entre l’univers ouaté de Superpoze et l’extravagance expérimentale de Jacques. De cette alliage si singulier sont nés trois titres qui puisent jusque dans la moelle de l’identité musicale des deux producteurs. Naissent alors des mariages complexes, emprunts d’un dualisme fascinant vacillant entre la douceur de l’un et l’impétuosité de l’autre. Endless Cultural Turnover ou quand les opposés s’attirent. 

Si le format est court, il n’en est pas moins riche pour autant. Voyez cet EP comme un laboratoire en ébullition dans lequel “musique” et “partage” sont synonymes, dans lequel les deux artistes s’inspirent naturellement l’un l’autre pour métamorphoser leur répertoire et s’aventurer en terre inconnue. Plus qu’une superposition (sans mauvais jeu de mots), c’est une véritable fusion des deux Français que l’on découvre sur ce projet teasé début de ce mois de mars par une première release alléchante. L’éponyme Endless Cultural Turnover se dresse comme le condensé de cette genèse inédite et démontre avec douceur et une grande qualité de production à quel point une telle confrontation de styles peut être fructueuse. Ce doux voyage de près de 9 minutes se lit en plusieurs temps. Par vagues d’abord avec un crescendo particulier qui s’élève toujours en intensité avant de retomber brutalement au point mort. Une ascension qui se répète plusieurs fois dans ce qui semble être l’introduction du morceau avant une prise de consistance envoûtante. C’est en effet vers la moitié du périple que les arrangements se font plus harmonieux et unifiés pour toujours s’élever avec retenue et calibrage vers des gammes supérieures et des sons plus célestes. Une ode compliquée à décortiquer mais à laquelle les mots de Jacques font parfaitement écho pour prendre un sens presque évident.

 

Avec Superpoze on a fait de la musique ensemble
Ca a donné naissance à un morceau instrumental sans paroles,
mais qui parle quand même du temps qui passe,
du sentiment d’évoluer ou de régresser,
des événements qui se répètent mais jamais de la même façon,
des drames qui surviennent parfois,
de la peur qu’ils se reproduisent,
de la découverte de l’enthousiasme dans une vie,
de savoir lire l’avenir dans le passé,
de finir parterre après s’être adossé à une supposition,
de remporter une partie d’échec sans faire exprès.

Le reste de l’opus est constitué de deux inédits de chacun des deux prodiges. Les yeux fermés, c’est surement au maître du field-recording français Jacques qu’on attribuerait le très rythmé et dansant The Corridor. Pour Natural Takeover, les intenses ondulations électroniques renvoient au For We The Living de Superpoze. Et pourtant, ne laissez pas vos oreilles vous tromper : c’est l’inverse. En effet, on témoigne d’un véritable processus de partage musical où les armes de l’un vont servir à l’autre pour s’amuser dans un registre qui ne leur appartient pas vraiment mais sur lequel ils siègent pourtant déjà. Le résultat est envoûtant pour le premier avec un Jacques qui ralentit un peu la cadence pour embrasser des sons plus mielleux et délicats. Aux antipodes de son Dans La Radioon retrouve tout de même en filigrane ce bruitisme dont il s’est fait chef de file et qui se fond ici dans des sonorités plus voluptueuses, plus chaudes et réconfortantes. Des adjectifs qu’on n’aurait pas forcément pensé pouvoir apposer sur les kicks de l’Alsacien à la tonsure si caractéristique.

Superpoze, lui, passe la seconde avec une oeuvre tumultueuse aux allures, par moment, de funk. Récemment à l’élaboration du couronné Jeannine de LomepalGabriel Legeleux, de son vrai nom, s’est imposé comme l’un des joyaux de la musique électronique dite downtempo. Pour ce morceau, il parvient à tonifier son registre tout en restant dans la sobriété et le minimalisme. Très classe. Aucune parole et pourtant si parlant, Endless Cultural Turnover est le genre d’ovni qui ouvre les portes de l’électro à l’expérimentation et la surprise. Et si le mot “surprenant” décrit pertinemment l’EP, c’est surtout “qualité” qui vient à l’esprit à l’écoute de cet échange alchimique entre les deux enfants terribles de l’électro française.