Jimy : les désirs et les délires d'Aloïse Sauvage

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Aloïse Sauvage n’a pas volé son nom de scène. Et elle nous le prouve avec ce nouvel EP Jimy, cinq titres vivants sur lesquels la jeune Parisienne s’amuse avec la langue de Molière pour livrer des textes percutants et profonds. Après une pagaille de premiers projets sortis par ci par là, la tornade Sauvage poursuit sa conquête de la musique française avec un genre novateur oscillant entre spoken words et rap autotuné et bien trempé à la PNL. Un mélange explosif et une belle réussite pour cette artiste pluridisciplinaire à l’énergie fiévreuse. 

Avec moins de 30 printemps au compteur, Aloïse est le genre de touche-à-tout au parcours virevoltant. Un caractère hybride qui imprègne son rap si particulier au registre insaisissable et aux influences multiples. Son histoire, elle semble la raconter à chacune de ses performances. Des moments vibrants qui reflètent chacune des cordes de l’arc si bien fourni de l’artiste. Des pas de danse gracieux et minutieux puisés de son étonnante formation de circassienne. Une maîtrise fine des différentes textures sonores gagnée au cours de son apprentissage multiple d’instruments variés : saxophone, flûte, batterie… Tout y passe ! Il y a aussi cette prestance scénique frissonnante renforcée par ses talents d’actrice qu’on a pu admirer dans le merveilleux 120 Battements Par Minute de Romain Campillo. Des armes redoutables qu’elle rassemblait il y a un an dans le clip du génial Hiver Brûlant pour séduire le rap francophone à qui l’ardeur de la jeune femme fait beaucoup de bien. Loin de la douceur de son sublime Ailleurs Higher, c’est dans une atmosphère plus chaude et dansante qu’elle s”émancipe ici. Une chaleur déjà largement présente sur son houleux Aphone, un titre brûlant qui misait sur une gestion du contraste des plus intéressantes : des couplets moelleux et dreamy débouchants sur des refrains torrentueux. Pour JimyAloïse Sauvage exploite cet esprit rythmé et nous raconte ses états d’âme sur des compositions lumineuses et mouvementées.

En février dernier, elle partageait Présentement, premier extrait du EP qui se dévoilait sous forme d’une session live sobre et classe. On y retrouve un univers sombre et froid auquel la force, la virulence et la brutalité de ce rap si soigné viennent faire front pour élever la température. “Mais présentement mes désirs ont des délires. Que le pire c’est de rien dire. Surtout que j’arrive pas à les faire taire” l’entend on scander, dédiant cette hymne à la passion qu’on peut éprouver pour quelqu’un qui n’est plus là. Des lignes ultrasensibles posées sur des beats tapageurs comme un gros loubard au coeur d’artichaut. L’éventualité de donner du coude dans un pogo devant Aloïse Sauvage ne nous avait jamais traversé l’esprit mais ne nous a jamais semblé aussi crédible à l’écoute de Parfois faut. La force de ce titre réside dans une instru détonnante à faire pâlir les rappeurs les plus chauds du game. Un titre qui parle du temps qui passe, de la vie qui fuit sur des mélodies bouillonnantes qu’il nous tarde de découvrir en live.

Comme un goût de Aya Nakamura dans À l’horizontale avec une ambiance hip-hop entraînante et un refrain entêtant. La comparaison avec la reine du catchana trouve cependant ses limites dans le lyrisme, terre de prédilection d’Aloïse. En effet, elle vient encore faire jouer sa magie pour sublimer le texte de cette ode à la libido et lui donner une consonance particulière presque poétique : “Tu voulais la mer, donc je te l’ai donnée. Les draps trempés c’est pas que pour la sceno.” Charmant. Dans la même veine, on retrouve le radieux Jimy aux sons addictifs et à la rythmique transcendante : impossible de ne pas taper du pied sur cette invitation à la danse. Le texte prend le contre-pied et aborde un sujet fort et important.

Il y a une chanson dans cet EP qui s’appelle JIMY et qui prend de la place. Jusqu’à s’inviter en devanture. Cette chanson parle d’amour, d’acceptation de soi, de liberté. Je crois que c’est ce dont parle finalement cet EP dans chaque chanson, même quand cela est plus noir, plus sale, plus vertigineux. Alors bienvenue JIMY“.

L’EP se conclut avec L’orage, l’apothéose de l’opus. L’intensité de ce délicieux rap chanté prend aux tripes lorsque la voix de l’artiste s’emmêle et s’emballe dans des lignes touchantes et lourdes de sens. Un travail séduisant signé chez Initial Artist Services, le label d’Eddy De Pretto dont l’univers si riche fait écho à celui de la jeune musicienne. Aloïse Sauvage est une poète, une danseuse, une chanteuse, une créatrice, une visionnaire, une audacieuse et il faudrait être un fou pour passer à côté.