La Sainte Victoire de Clara Luciani

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Clara Luciani n’a que 24 ans mais elle a déjà eu 1000 vies. Chanteuse chez La Femme et Nouvelle Vague, elle a aussi travaillé avec Biolay et Nekfeu. Mais c’est l’année dernière qu’elle est passée sous nos radars avec son premier EP, Monstre d’Amour. Un premier effort de quatre titres aussi sombre qu’il était obsédant. Une musique qui ne nous a pas quitté depuis et qui appelait forcément à une suite. C’est désormais chose faite avec son premier album Sainte Victoire, qui nous conforte sur la qualité intrinsèque de la jeune femme tout en bousculant avec bonheur le cocotier de la pop française.

Une évolution, une révolution, appelez ça comme vous voulez, mais il y a un monde d’écart entre Monstre d’Amour et Sainte Victoire. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les paroles de l’EP et de l’album pour s’imprégner de la différence notable entre les deux. On passe ainsi de « Je suis la pleureuse italienne » à  « Hé toi/ Qu’est-ce que tu regardes/T’as jamais vu une femme qui se bat « . Clara Luciani a sans doute trop pleuré, mais elle n’a jamais rendu les armes, elle n’a jamais plié genoux. Elle a pansé ses plaies grâce à la musique, une thérapie par l’écriture dont découle en toute logique ce premier album.

Si l’on s’amusait au jeu des comparaisons, on pourrait voir en l’album de Clara Luciani une chaine de montagnes. Il s’y trouve des montées et des descentes, de la neige et du soleil, des zones dangereuses comme d’autre réconfortantes. Mais à chaque recoin, à chaque endroit son trésor. C’est surtout un album humain dans tout ce qu’il a de mouvant, d’émotionnellement changeant. C’est une œuvre qui bascule d’un moment à l’autre, qui choisit de ne pas choisir.

C’est la passion, qu’elle soit des sentiments, ou même dans son côté christique qui guide la Marseillaise. Dans son écriture, elle incorpore tout : son histoire, ses souffrances, ses doutes,.. qu’elle malaxe pour transformer un propos hyper personnel en quelque chose de totalement universel.

C’est la grande qualité de Clara Luciani. Qu’elle adapte Metronomy avec La Baie, qu’elle se fasse combattante sur La Grenade,  pose un regard lucide sur l’image de la femme dans la société sur Drôle d’Epoque ou évoque ses doutes et ses fêlures sur Monstre d’Amour, On Ne Meurt Pas d’Amour ou La Dernière fois, elle se nourrit d’elle-même pour faire résonner ses textes en nous.

Cette mise à nu, cette franchise de tous les instants, aussi bien sur le positif que sur le négatif, est la force principale de cet album, mais pas que. Car Clara Luciani ne sacrifie rien et ose tout. Ainsi, en s’accompagnant d’un trio de choc pour la réalisation de son album (Yuksek, Sage et Benjamin Lebeau de The Shoes rien que ça !), elle s’entoure d’une équipe capable d’offrir à la musique de la jeune femme l’ampleur qu’elle mérite. On se retrouve ainsi tout au long de l’album une basse obsédante qui habite toutes les chansons, une basse qui se fait disco, rock, lumineuse, sombre.

Comme dans les textes, la musique évolue, change, varie, nous fait danser autant que pleurer. On appréciera ainsi la montée assez épique des Fleurs, l’émotion à fleur de peau de Dors ou l’ambiance cinématographique de Eddy. Chaque chanson expose une ambiance qui lui est propre, différente de celle qui la précède, nous surprenant à chaque fois, et nous permettant d’explorer là aussi nos propres sentiments à travers ce que la musique nous offre.

Classieux dans ses textes et ses arrangements, Sainte Victoire est un écrin parfait pour Clara Luciani, un album à son image, qui réflête ses obsessions et qui fait vibrer les nôtres. Cet album, c’est l’album d’une femme de notre époque, dans ce qu’elle a de plus simple et de plus pur : on rit, on pleure, on danse, on existe. On vit, tout simplement.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.