La Vague Pa(pa)rallèle : Bertrand Belin à l'Olympia

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Je suis allé voir Bertrand Belin avec mon père, à l’Olympia. L’occasion rêvée de réactiver notre chronique La Vague Pa(pa)rallèle, qui nous rappelle ô combien la musique est avant tout une histoire de famille. Je lui laisse donc la parole pour vous raconter cette superbe soirée, où l’élégance des chansons du crooner breton a enfin trouvé sa juste résonance.

« La salle mythique est comble ce jeudi soir. En arrivant, on se place à l’arrière de la foule pour prendre un peu de hauteur ; le concert vient de commencer. Bertrand Belin est là, il illumine le public et on l’observe comme un prêtre qui vient annoncer la messe. Sa présence est magnétique et sa signature vocale évidente : sa carrure de frontman, pas si facile à deviner en écoutant son dernier disque, est indéniable. On pense souvent à Chris Isaak dans ses postures et surtout à Bashung – période « Passé le Rio Grande » – en plus punk.

Belin, outre le caractère semi-christique de ses interventions parlées entre les morceaux, a quelque chose à voir avec l’allure d’un boxeur. Au centre de la scène comme au centre d’un ring, il fixe le public et ne cédera pas d’un pouce à son adversaire. Une mise en espace particulièrement théâtrale donc, qui ne laisse place à aucun dialogue direct avec son audience. Le show est bien rôdé et la spontanéité n’en fait pas partie. Chaque mot, chaque geste, chaque regard est verrouillé et parfaitement maîtrisé.

 

Après la succession ininterrompue des titres de Persona, son sixième et dernier album sorti début 2019, Bertrand Belin reprend ses classiques aux deux-tiers du concert. Quel plaisir de réécouter les brillants Peggy, Le mot juste et surtout Hypernuit, chanson-titre de son disque sorti en 2011 ! Sa voix devient plus rauque, plus chaleureuse à mesure que le concert avance. Les mots s’empilent comme les pierres d’une cathédrale et on ne résiste à aucun moment de prier avec lui. La poésie des textes nous emportent loin, tout en décrivant parfois crûment une réalité sociale difficile. Grand Duc est la parfaite illustration de cette esthétique radicale et aride, à mi chemin entre Apollinaire et Lou Reed. 

Le groupe qui entoure le chanteur est très concentré, très pro et très efficace : l’ensemble sonne particulièrement bien pour l’Olympia, pas toujours réputé pour sa clarté de son système son. La batterie est sobre et élégante, délicatement jouée par la chanteuse des sublimes En rang (Euclide) et Vertical (Dindon) (ainsi que bien d’autres chansons par le passé). Idem pour le subtil guitariste au son clair et limpide, idéal pour des morceaux délicats comme Sur le cul

La soirée se clôture sur Dimanche, le tube cinématographique des Limiñanas sorti l’année dernière. Après une petit demi-heure de rappel se conclut donc cette riche soirée, où le chanteur breton nous a tenu en haleine de bout en bout. En nostalgie de ce concert hors du temps, on réécoute Persona, d’ors-et-déjà un des meilleurs disques de l’année. On se revoit vite, Bertrand ! »

Loïc Amiot, le 24 avril 2019.