Le phénomène Rilès, déjà couronné prince du flow

Tu fais tourner ?
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Jeudi 2 novembre, la salle exigüe du Reflektor de Liège est pleine à craquer. Première venue du phénomène rouennais Rilès en Belgique à l’occasion de son « Jungle Tour », tournée célébrant la fin du « RileSundayz », ce challenge qu’il s’était fixé de publier un morceau tous les dimanches pendant un an sur YouTube, à chaque fois autoproduit seul dans sa chambre. 

Si son nom ne vous dit encore rien, il y a fort à parier que vous ne pourrez plus passer à côté d’ici quelques mois tant sa popularité croît de manière exponentielle. Derrière cette tignasse brune, cette stature imposante et cette voix rauque se cache un jeune prodige (il est seulement âgé de vingt ans, ndlr) révélé par l’engouement qu’il a suscité sur les réseaux ces derniers mois. Libre de tout label, véritable autodidacte et self-made man, ce jeune normand aux origines algériennes fait tout lui-même, du texte à l’instru en passant par l’enregistrement de ses morceaux et le visuel de ses clips. Après avoir balancé inlassablement chaque dimanche un morceau et mis à l’épreuve sa créativité et sa force mentale pour parvenir au bout de la ligne d’arrivée, le voilà maintenant parti en tournée pour honorer les 52 morceaux produits depuis la première vidéo mise en ligne le 18 septembre 2016.

Le résultat, tant en live qu’en studio, est bluffant : des refrains catchy, des textes recherchés et puissants, des sons originaux et un flow digne des plus grands du rap US par lequel il avoue avoir été beaucoup influencé lorsqu’il était plus jeune. Non seulement ses idées sont judicieuses mais ces dernières parviennent à toucher les oreilles du public et à faire remuer les foules. Il a réussi l’extraordinaire défi de fidéliser des milliers de fans dont les 550 personnes qui scandaient les paroles de ses chansons comme un cri du cœur dans la salle étouffante du Reflektor. C’est un aboutissement presque surréaliste quand on sait qu’il a seulement publié des lyric videos sur YouTube sans aucune promotion.

Entre deux morceaux dansants et transpirants, le jeune artiste explique qu’il a parfois été critiqué pour avoir choisi de chanter en anglais alors qu’il est francophone. Il raconte que l’anglais lui est venu naturellement lorsqu’il essayait, plus jeune, d’écrire en cachette sans être démasqué par ses parents. La langue shakespearienne était la solution de la pudeur pour ne pas être compris par ses semblables alors qu’à l’époque « il savait à peine conjuguer trois verbes » comme il l’avoue lui-même de bon cœur. Il décide ensuite de rentrer en fac d’anglais et perfectionne l’apprentissage de la langue tout en commençant déjà ses productions en parallèle pour finir par manier les mots tel un véritable écrivain.

Sur scène, son énergie folle et communicative irradie le public tandis qu’il rebondit de gauche à droite et saute même dans la foule. Il n’hésite cependant pas à créer un moment plus calme et suspendu dans le temps au milieu du concert pour insérer des morceaux a cappella ou des versions acoustiques de certains titres comme In The Jungle ou Utopia. Une ambiance festive et les membres de son crew, tous affublés du tee-shirt de la tournée affichant le sablier caractéristique de l’artiste, n’hésitent pas à venir danser sur scène, telle sa bande de potes et sa seconde famille présents pour le soutenir.

Cette success story qui tombe à point nommé pour lui après des années de galère fonctionne tellement bien qu’on viendrait à se demander pourquoi. Le musicien dispose d’un flow actuel, tout en s’éloignant des mélodies commerciales et répétitives, ce qui a fait de son personnage une petite pépite dont tous les jeunes, collégiens ou étudiants, sont en train de tomber amoureux. Il mêle RnB et pop dans sa composition mais laisse également transparaître des sonorités maghrébines, comme dans I Do It, Snakes..! ou Rebeus In Oran où l’on retrouve les influences de ses racines. Mais ce qui fait tout chez Rilès, c’est avant tout le message percutant et sa plume authentique. Maximes inspirantes, personnalité qui force le respect et par laquelle on a envie de se laisser porter. Ses textes aspirent à croire à un avenir meilleur, souvent dans des rythmiques qui réveillent, secouent et mettent de bonne humeur. Une chose est sûre : voir tous ces jeunes scander « Yes I will survive » au fil de Thank God comme un motto, ça vous file un sourire jusqu’aux oreilles pour la nuit entière. On en ressort conquis et on a même reçu un tee-shirt de la tournée. Rilès, merci.

Photos : Reflektor, Dominique Houcmant.

Touche-à-tout, gosse éparpillé, enfant de l’indietronica se découvrant un goût pour la nouvelle pop française.