Le show monumental d'Orelsan au Zénith de Lille

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Si l’on regarde derrière notre épaule avec un poil de nostalgie, on se dit que cela fait déjà 10 ans qu’on suit Orelsan et qu’on ne l’avait jamais vu en live (mis à part avec son compère Gringe pour un concert mémorables des Casseurs Flowters lors duquel on a failli être estropié par un CD géant en polystyrène). Et si l’on regarde un peu moins en arrière, on réalise que notre avis sur La Fête Est Finie a évolué et que finalement, si, il s’agit bien d’un grand album. On avait donc à cœur de confirmer ce ressenti en voyant ses chansons vivre en live. Et on n’a pas été déçu.

Un rideau masque la scène du Zenith de Lille. Sur celui-ci, l’image d’un immeuble. Le noir se fait et lentement, on remonte vers le haut de l’immeuble. Aux fenêtre, des gens. Certains font la fête, d’autres téléphonent, certains pleurent. On aperçoit aussi un homme qui bat sa femme. Des images qui nous laissent un peu voyeur d’une réalité qui semble à la fois banale et iréelle. Nous arrivons ensuite sur le toit. Il pleut, le ciel est noir. Au fond, une porte qui s’ouvre. On a un moment de doute : est-ce que Tommy Wiseau va débarquer sur scène et nous dire « Oh hi, Mark » ?! Mais non c’est bien Orelsan qui monte sur scène et nous balance SAN. En 10 secondes, 3 notes et une ligne, la messe est dite : ce concert sera énorme ou ne sera pas.

Perché sur une plateforme en hauteur, comme au bord d’un précipice, le Caennais vit dès le départ sa chanson, habité par son texte et ses propos. A peine le temps de reprendre notre souffle que le bonhomme enchaine directement avec Basique. Une sensation de gigantisme nous entoure, la sensation qu’enfin, les artistes français nous proposent des gros shows, des vraies mises en scène. Ici, des lights aux rideaux gigantesque en passant par les écrans, tout trouve son utilité et sa place dans le spectacle qui nous est offert.

Et puisque « nous n’avons pas les bases« , Orelsan nous propose un retour en arrière direction Perdu D’Avance avec un enchainement Différent, Jimmy Punchline et Courrez Courrez du plus bel effet.

Retour à La Fête est finie. Le dernier album se taille la part du lion dans la playlist du soir et c’est assez logique, pour un artiste qui vit au présent. Lorsque résonnent Zone et Dans Ma Ville On traine, on réalise alors que si le flow et la technique du rappeur participent grandement à la qualité du show, ils sont ici également amplifiés par la présence de quatre excellents musiciens. Retranscrure des prods de rap en live n’est vraiment pas chose aisée et réussir à le faire tout en leur donnant une ampleur nouvelle ainsi qu’un supplément d’âme est assez grandiose.

Et puis vient le premier grand moment d’émotion du concert avec Paradis. Le genre de moment qui prend aux tripes autant qu’à la gorge et qui fout méchamment les poils. Il y en aura d’autres, et en nombre, ce soir-là, notamment avec Notes Pour Trop Tard ou La Terre Est Rond ou encore l’apparition de la grand mère du Caennais sur l’écran géant pour un duo grandiose sur J’essaye J’essaye.. Mais c’est surtout Suicide Social qui pousse Orelsan dans ses retranchements vocaux et le met littéralement à bout de souffle (et nous avec).

Même les chansons qui nous ont moins enthousiasmé sur l’album nous embarquent en live, notamment Christophe, clairement taillée pour la scène et qui réussit le miracle de nous rendre Maitre Gims supportable. Mention spéciale également pour une version améliorée, et totalement jouissive, de Bonne Meuf dans laquelle Orelsan rajoute un couplet à mourir de rire.

Jouissif, c’est aussi le mot qui nous vient à l’esprit en voyant Défaite de Famille, réclamée à corps et à cris par le public et reprise en choeurs par celui-ci. On ne le réalise pas vraiment, et c’est un gage de la qualité du concert, mais le temps file à une vitesse assez folle et nous mène doucement vers la fin du show.
On se prend alors dans la gueule l’introduction absolument géniale de Raelsan, qui sonne toujours d’actualité dans sa prod et dans son texte, sept ans après sa sortie. Pareil pour Le Chant Des Sirènes,  titre sur lequel il revient pour son premier rappel et qui prend un tournant presqu’apocalyptique dans ses chœurs et dans sa production.

La Terre est Ronde permet à tout le public de s’époumoner une nouvelle fois et de reprendre un refrain qui peut sembler peu profond mais qui frappe au cœur de par sa simplicité et son universalité. Histoire de nous achever, il décide de reprendre à nouveau Basique, pour bien nous rappeler les bases avant de quitter la scène.

Mais le Caennais ne pouvait pas nous laisser comme ça. Il revient pour un second rappel – après s’être amusé de nous avec humour depuis les coulisses – avec celle qu’il présente comme « sa préférée de l’album« , La Fête Est Finie. Là encore, et portée par un public définitivement bouillant, la chanson prend une ampleur inédite en live et nous achève.

Certes, la fête est finie, mais en 1h40, Orelsan nous aura donné une véritable leçon de live et aura prouvé qu’en France aussi, on est capable de proposer des shows à l’américaine, remplis d’ambition mais surtout de talent et d’amour. Simple. Basique.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.