L'évidence Jacob Banks bouleverse le Trianon

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Il y a des articles plus faciles à écrire que d’autres. Celui-ci n’en fait pas partie. Non pas que cette soirée au Trianon n’était pas inspirante, bien au contraire : ce fut le plus beau concert de votre serviteur cette année. Mais raconter Jacob Banks en concert revient à décrire une couleur à un aveugle : on peut en donner une vague idée à force de métaphores, mais les mots seuls ne peuvent suffire. Tentative de live report tout de même.

On l’a dit et répété, Jacob Banks a une voix d’or. Le genre de voix à laquelle un enregistrement ne peut rendre justice, car il aseptise forcément les émotions. Le genre de voix qui vous tire du demi-sommeil dû à une interview interminable de Julien Clerc à Taratata, ou qui vous fait flotter dans les allées du parc de la Villette au sortir d’un Trabendo. On était donc prévenus, on a pourtant pris une nouvelle claque.

Que ce soit grâce à l’ajout d’un nouveau membre pour s’occuper des claviers, à une scénographie toute en simplicité ou dû à l’écrin du Trianon, le concert emmène encore plus loin que les précédents. Le public est conquis dès la première phrase chantée par l’anglo-nigérian qui attaque avec ses titres les plus dansants, à l’image des rythmes reggae de Love Ain’t Enough et Mexico ou des mélodies jazz-électro de Be Good To Me, Diddy Bop ou Mercy. On constate avec plaisir que les chansons sont retravaillées pour les besoins du live : une outro par-ci, un solo par-là… Le tout dans une esthétique qui fleure davantage le blues que sur son dernier album. Le chanteur n’hésite pas à jouer avec le public, lui faisant battre le rythme ou l’invitant à chanter les choeurs.

La relation bien établie, il est alors temps de passer aux choses sérieuses, celles pour lesquelles, on l’avoue, on s’est précipité boulevard de Rochechouart. Le tempo ralentit, les arrangements gagnent en minimalisme, et la voix de Jacob Banks résonne jusque dans les recoins du Trianon. La ballade soul Part Time Love en est le parfait exemple, avec un dosage parfait entre puissance et émotion. S’ensuit Pilot, chanson dont seul un extrait est disponible sur l’album Village. Lorsqu’on l’avait rencontré, Jacob nous avait expliqué que c’était parce que cette chanson prenait tout son sens au format live, tout en promettant de la jouer “aussi longtemps qu’elle transmettra quelque chose au public”. Chose promise, chose due. On a donc du mal à contenir notre émotion alors qu’il annonce vouloir offrir cette chanson comme “un cadeau à ceux qui se déplacent aux concerts“, solos de clavier puis de guitare inclus. Un frisson parcourt l’assemblée, consciente d’avoir assisté à quelque chose d’unique. C’est le moment choisi par la première partie Anna Leone pour remonter sur scène et chanter le duo KumbayaSa voix délicate et vibrante se marie merveilleusement bien à celle de la star du soir, comme en témoigne les sourires aperçus sur les visages des musiciens. Jacob Banks nous sort alors un autre tour de sa manche : le mash-up. En guise d’outro, Kumbaya se transforme en Fix You de Coldplay. La phrase “Tears streaming down your face” ne pourrait d’ailleurs pas être plus à propos, à en juger par les nombreux visages en pleurs dans la fosse. Rebelote quelques minutes plus tard lorsque Peace of Mind se transforme en Silverlining, qu’il dédie d’un geste au public. Après un moment d’introspection sur Slow Up (sublime en live), la salle danse à nouveau sur Keeps me Going, Caroline, ou Unholy War.

A l’heure du rappel, juste avant les classiques Unknown et Chainsmoking, Jacob Banks prend le temps de remercier son label Polydor, puis le public une nouvelle fois: “Vous avez payé pour venir, et nous essayons de vous rendre cet argent à notre manière. Vous avez choisi d’être ici ce soir plus que partout ailleurs dans le monde, alors merci à chacun d’entre vous. Merci à toi, à toi, à toi, à toi…”. Jacob Banks, l’histoire d’un paradoxe. Une voix capable de faire ressortir une fragilité dans la puissance, aussi spontanée que maitrisée. Une âme capable de rallier à sa cause une salle entière tout en restant d’une humilité touchante. Vivement la prochaine fois.