L'Olympia à l'unisson derrière Mashrou'Leila

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Après deux années difficiles, marquées par l’interdiction de leurs concerts en Jordanie et en Egypte pour des raisons politiques, les Libanais de Mashrou’Leila se sont offert une parenthèse pleine d’amour et de joie à l’Olympia, pour le plus grand bonheur de la large communauté que le groupe est parvenu à fédérer en dix ans de carrière. On y était, on vous raconte.

Au Liban, Mashrou’Leila est un symbole. Le symbole d’une jeunesse moderne et libre, qui défie le pouvoir en place et brave le conservatisme avec une revendication pourtant anodine : mener sa vie comme elle l’entend. En montant un groupe de rock assumant ouvertement son identité queer et son rejet des normes, les garçons de Mahsrou’Leila sont devenus les porte-étendards de ce vent de fraîcheur presque malgré eux. La sortie de leur premier disque, qui porte leur nom, coïncidait avec les prémices du Printemps arabe, dont Shim El Yasmine est rapidement devenu l’un des hymnes. Dix ans et quatre magnifiques albums plus tard, le phénomène Mashrou’Leila s’est étendu au monde entier. À la vérité, on ignorait que cette ferveur avait gagné l’Hexagone, mais la relative agitation médiatique qui a précédé leur concert de ce jeudi 14 mars nous avait mis la puce à l’oreille.

Pour nous en convaincre définitivement, il aura suffi de quelques secondes. Quelques instants à peine pour comprendre que la salle chanterait, danserait, vivrait à l’unisson tout au long d’une soirée qui commençait sous les meilleurs auspices. Car dès les premières notes de El Mouqadima, l’Olympia a frissonné. Sitôt arrivés sur scène, les quatre garçons ont reçu un accueil qu’on sait réservé aux plus grands, et dont la puissance a même été décuplée lorsque la ligne de basse d’Aoede s’est faite entendre. Il faut dire que les Libanais ont le sens de la performance, sans jamais tricher.

Lorsqu’Hamed Sinno, génial leader du groupe, a expliqué qu’il avait passé la journée à pleurer d’excitation et de joie à l’idée de jouer sur la scène mythique de l’Olympia, on l’a cru sur parole. Ça ne l’a d’ailleurs pas empêché d’illuminer la soirée par sa prises de paroles drôles et engagées, son charisme et ses envolées vocales. Quelque part entre Yannis Philippakis et Freddie Mercury, c’est lui qui a magnifié les excellentes prestations de ses compagnons sur Comrades ou Lil Watan, de sa voix qui s’étend des grondements les plus gutturaux aux incantations les plus douces.

Toujours en pointe sur les sujets brûlants (l’identité de genre avec Kalam, les attentats homophobes avec Maghawir…) la grande force des Mashrou’Leila est de pouvoir fédérer en étant toujours à propos, comme quand, ne se sentant pas légitimes pour aborder la question du patriarcat, ils expliquent qu’ils ont laissé carte blanche à leur amie Jessy Moussalem pour réaliser le magnifique clip de Roman, projeté pour l’occasion sur le grand écran derrière la batterie de Carl Gerges. À l’Olympia, le groupe a en tout cas trouvé un public tout acquis à sa cause, partageant à la fois ses prises de position et son amour pour cette incroyable musique métissée, qui mêle influences arabisantes, références rock et textures électro-pop musclées.

Cette jolie symbiose a trouvé son point d’orgue avec Djin, véritable pied de nez du groupe à ce conservatisme austère et liberticide, dont le public scandait encore le refrain bien après que les quatre garçons aient quitté la scène.

En guise de clou de spectacle riche en énergie et en émotions, Hamed Sinno a demandé à ce que toutes les lumières s’éteignent pour entamer Marikh, déchirante complainte sur la dépression. Lorsque la lumière s’est rallumée, bien des visages étaient humides. De notre côté, on avait surtout le coeur un peu plus chaud d’avoir vécu un vrai moment d’humanité, de musique et de liberté.