Le meilleur de Dour, selon un mec barbu qui aime les chemises à carreaux et les Black Lips

Tu fais tourner ?
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Dour en 2016, c’est quand même plus de 250 artistes sur 9 scènes pendant 5 jours de débauche, pour un total qui ne devrait pas être loin des 600 heures de musique. Autrement dit, si la fête était une course à pied, c’est un peu le genre d’épreuve qui ferait passer un marathon Ironman pour de la limonade. Alors quand l’on t’assigne la mission de couvrir le festival par la force de tes dix doigts sur un clavier, autant vous dire tout de suite que tes principes d’omniscience et d’objectivité passent vite à la trappe.

A défaut de vous présenter un compte rendu intégral de cette petite sauterie, voici donc quelques souvenirs du meilleur de Dour 2016, selon un mec barbu qui aime les chemises à carreaux et les Black Lips.

Jeudi. (Oui parce que mercredi on travaillait, nous.)

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Beffroi

Passer de 20 à 500 personnes en l’espace de 2 morceaux en ouverture de Dour n’est franchement pas donné au premier newcomer venu. C’est pourtant ce que le duo Beffroi nous a accompli en ce début d’après-midi avec cette aisance si naturelle qu’on leur connaît désormais. Alors qu’on les voyait prendre d’assaut la scène des Ardentes la semaine d’avant à peine, voilà que les auteurs du classique Swim venaient maintenant conquérir tranquille les terres de légende de la Plaine de la Machine à Feu. Chose qu’ils ont réussi à merveille.

A coups de prods aussi fraîches qu’un rosé du bar du Petit Bois dégusté à l’ombre des feuillages et d’une voix à la maîtrise remarquable, les deux comparses nous auront mis instantanément dans le bain du début à la fin. Bon ok, on a pas encore compris le quart des paroles, mais ça restera du détail. Puis y’a pas à dire, avoir un logo -ressemblant étrangement très fort à celui du permis de conduire- de 5 mètres sur 5 derrière soi sur la plaine de Dour alors qu’on a à peine l’âge d’avoir une caisse, c’est quand même la classe.

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Mac Demarco

Bon, soyons clairs, on n’aurait raté pour rien au monde le passage du Mac en terre Douroise. Pressés comme des citrons verts dans les premiers rangs tel des préados boutonneuses devant Bill Kaulitz sous un chapi plein à craquer, c’était probablement pour nous l’un des concerts les plus attendus de cette édition. D’ailleurs, tout était a priori réuni pour que le moment soit parfait. La casquette vissée sur la tête et sa bonne vielle gueule de meilleur pote, le sourire aux lèvres et la classique clope au bout du bec, le sieur Demarco débarquait en bonne forme, en attaquant avec « The Way You’d Love Her » en intro. Franchement, que peut on avoir de mieux qu’un petit Macky sous le soleil? Mais au fur et à mesure qu’avance les morceaux, un truc démange quand même un peu. Peut-être est-ce le son, le côté très à la chaîne des lives de festival, ou trop de temps passer à tourner. Quoi qu’il en soit, il y a comme une impression que les vannes du groupe sont plus usées que nos vieilles converses de festival, à force de les ressortir chaque soir depuis 3 ans, et que tout ça sonne prémâché. Bon après, on va pas vous mentir, un petit « Viceroy »  entonné à la one again la sèche à la main n’est jamais dégueulasse. &Même si sa date à Dour n’était pas de la pure crème de Mac, on ne dira jamais non à notre Canadien préféré.  

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Flavien Berger 

« Vous connaissez les fontaines de la gravité? J’ai fait un exposé là-dessus. ». En ce début de soirée, c’était aussi notre Flavien Berger d’amour (dont on vous a déjà parlé , , et) et ses irrésistibles divagations poétiques qui nous donnaient rendez-vous sous le chapiteau du Labo, pour une expérience repoussant toujours plus loin les limites officielles du cool. Ouais, parce qu’on a essayé de chercher le détail qui dérange hein, mais ça ne rate pas. A peine installé, le Français-aussi-un-peu-Bruxellois (on aime bien le rappeler) nous fait direct décoller des mégots de clopes et des gobelets qui jonchent le plancher avec un doux « Mars Balnéaire » en apéro. Notre coeur est déjà conquis. Dans un flux de beats ondoyants, Flav nous déclame sa prose avec passion, entouré de ses machines merveilleuses, et s’amuse avec les émotions du public. Niveau setlist, comme à son habitude, le mec s’amuse à jongler entre ses désormais classiques « Gravité »,  « La Fête Noire » puis autres « Océan Rouge », et phases d’impros décomplexées. Un tout qui nous donne à la fois une fougue sauvage et un apaisement finalement presque thérapeutique. Le highlight du truc? Si l’entiéreté du set n’en était pas déjà un en soi, on est pas près d’oublier la jam déchainée avec le génial Jacques à la guitare, débarqué à l’improviste sur scène et également présent plus tôt ce jour-là (qui, by the way, est à suivre de très près lui aussi). Molto Bene.

Vendredi.

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Jeanne Added

Dans la catégorie claque-insoupçonnée-dans-ta-gueule, la palme pour ce Jour 2 reviendrait peut-être à Jeanne Added. Prévue en début de soirée à La Petite Maison Dans La Prairie, temple de l’indé à Dour, la parisienne ne figurait a priori pas dans nos must-sees du weekend. Et pourtant. Dans un clair-obscur et sous des nappes de basses de synthés très new wave, le groupe débarque gonflé à bloc, et avant même d’entrer dans le vif du sujet, une chose frappe : le charisme, non seulement de la chanteuse, mais chose plus rare, de chaque membre sur scène. Le band, presque entièrement féminin (excepté un mec, le batteur), sait en effet parfaitement pourquoi il est là et compte bien faire ce qu’il a prévu de faire : nous en coller une bonne, mais alors avec classe. L’assurance et la conviction se ressent dans chaque note, et le temps de développer le set, l’affaire est d’ailleurs pliée. Les morceaux, tous bombes d’énergie, nous sont balancés en pleine face avec la sève d’une tribu Sioux en attaque, au gré d’un beat martial qui martèle inlassablement le tempo. On jubilera du coup particulièrement sur leur single A War Is Coming, qui pour l’occasion n’aura jamais paru si vrai. Y’a pas à dire, Jeanne Added en live, c’est beau. Et c’est de la qualité françaaaise, oui madame.

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La Jungle

Mais la véritable bombe H du jour, c’était surtout les tarés de La Jungle et la puissance hiroshimesque d’un show qui, pour eux, doit davantage relever d’une véritable performance athlétique plutôt qu’à un concert. Pendant pas moins des 45 minutes prévues pour leur passage, le duo guitare/batterie enchaîne sans souffler une suite de vraies furies sonores à la cadence plus relevée qu’une poignée d’Habañeros Costaricains. Aussi épuisante qu’exaltante, la musique de La Jungle atomise la foule à coups de loops cinglants et de cymbales explosives, au rythmes des convulsions frénétiques du guitariste. Et ce qui marque vraiment, c’est que la formule semble plaire à un public d’horizons étonnamment complètement différents. Faut dire que le groupe se contrefout des genres établis. Si rock expérimental et noise sont les premiers mots qui viennent à l’esprit, ça flirterait par moments avec un son presque techno. Encore une expérience si typiquement Dour dans un Labo qui porte décidément bien son nom.

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La Femme

Si on ne l’avait pas sentie aussi Sphynx qu’elle le prétendait en début de soirée à l’occasion des Nuits Botanique, c’est avec panache que s’est dévoilée La Femme en ce Dour 2016. En effet, avec un set sensiblement identique à celui de Mai dernier, les frenchies nous ont pourtant livré un live de qualité dès les premières secondes, au cours duquel il aura été franchement dur de rester un seul moment les pieds fixés au planches. C’est aussi que l’atmosphère matche bien avec l’énergie du public dourien. Entre la douce nonchalance de « Ou Va Le Monde », gros tube de cet été (on vous avait prévenu), et l’ambiance hypnotique de leurs synthés et riffs de guitares de leurs classiques (Anti-Taxi, Sur La Planche,..), on ne trouvera pas grand monde immobile. En même temps, quand on lance en plus un « Ouais, il est temps de s’ouvrir une canette, on dédicace cette chanson à l’alcool », impossible de ne pas combler le festivalier de base, fraîchement débarqué pour la fête après avoir passé sa teille de Jack en jafar à l’entrée du site « histoire de se mettre bien, tu vois ». L’effet est garanti.

Quoi qu’il en soit, c’était là un petit détour que l’on ne regrettera certainement pas, et puis à défaut de nous faire attendre sagement la suite, qui nous met même sacrément l’eau à la bouche quant à la sortie de « Mystère », leur nouvel album à paraître le 2 Septembre prochain.

Samedi.

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Allah Las

Vous la sentez, la douce brise des plages Californiennes? Le reflux des vagues sur le sable chaud et des catamarans qui glisse mollement sur l’eau ? Parce que nous, avec Allah Las, c’est un peu comme si, pour le coup, on se retrouvait les cheveux au vent sur la côte du pacifique, en direction du Mexique dans un mustang couleur crème, l’autoradio à plein volume. Cliché, peut-être, mais tellement bon, damn it. Faut dire que le quatuor de Los Angeles s’y connait pas mal en matière de chill. Fort d’une culture musicale sixties en béton -trois des quatres membres bossaient ensemble au disquaire Amoeba Music, et ils ont même leur propre radio dédiée au genre, Reverberation Radio- , le groupe maîtrise l’art de la mélodie surf rêveuse et nostalgique à la perfection. Tout au long du set, à coups de reverb spring, et avec les Wayfarers sur le nez, Miles Michaud et ses potes nous font littéralement voyager dans le temps, à une époque ou se balader en décapotable avec un costard moutarde et des santiags devait sans doute encore être le sommet du swag. Et si l’on a bien sûr droit aux désormais incontournables « Busman’s Holiday », « Tell Me (What’s On Your Mind), ou encore « Follow You Down », le groupe se permet également de tester quelques nouvelles tracks qui sentent déjà bon d’ici, le tout avec une attitude que plus décontractée que ça, tu meurs. En tout cas, une chose est claire, on aura été gâtés.

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King Khan & The Shrines

Vêtu de sa plus belle coquille  -autrement dit une magnifique combi ultra-moulante noire au dorures de paillettes d’or, élégamment découpée afin de laisser transparaître un fessier pour le moins impressionnant-, le King Khan du jour auquel nous avons eu droit ce vendredi-là était sans conteste ce qu’on peut appeler être en grande forme. Connu pour leurs performances souvent complètement débiles, dans un style entre garage punk et doo-wop déglingué sauce bollywood, la prestation du Berlinois était pour l’occase probablement la plus déchainée de la programmation de jour pour tout le weekend -en égalité peut-être avec la catharsis des Fat White Family, dont on ne soupçonnait pas encore l’existence jusqu’alors.

Avec ce don naturel de parler à la foule et de la prendre par les tripes en quelques mots à peine tel un Jim Morrison des grands jours, et en même temps, ses airs de vrai-faux crooner raté de Las Vegas qui se dandine en tenue de cabaret à frous-frous, l’ambivalence est saisissante, et d’un contraste tellement marqué que l’on a juste envie de crier au génie. Faut dire aussi que ses morceaux, d’un minimalisme effarant, ont pourtant ce truc qui en fait toutes de véritables hymnes à la fête débridée (qu’on aura fait sans modération, on vous rassure), surfant d’ailleurs même parfois avec un petit côté politique bien senti. Si si, c’était nous le poing en l’air, scandant « black power! black power! » avec eux jusqu’à s’arracher la voix. &On en est fiers, tiens.

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Fat White Family

Alors oui, c’est peut-être aussi parce qu’on s’est tapé le disque 3257 fois depuis notre retour et que c’est encore le cas à l’heure ou sont écrites ces lignes, mais on est toujours pas complètement revenus du set des Fat Whites. Mené par le très charismatique Lias Saudi, le band, officiellement nommé « le groupe le plus dangereux du royaume-uni » par NME l’année passée, pourrait bien être le meilleur héritage live de ce qu’il nous reste de la scène rock aujourd’hui. C’est en tout cas ce que les mecs nous ont clairement laissé penser lors de leur passage sur la plaine de la Machine à Feu cette année. Révoltés, insoumis, défoncés, et surtout tellement vrais, for fuck’s sake!  Pas loin des prestations chaotiques des Cramps ou des Butthole Surfers, et avec des sonorités n’étant pas sans rappeler le vieil Iggy Pop période The Idiot ou les élucubrations de Mark E Smith (le groupe lui a d’ailleurs dédicacé un morceau) sur laquelle on aurait étalé bonne couche de lo-fi, les cinq enfants sauvages de Brixton sont ce soir là -et comme toujours en fait- plus chauds qu’un fourneau d’Arcelor en plein âge d’or charbonnier. Alors que l’ambiance ne commençait déjà à monter sur les planches à cause d’un retour défectueux avant même que le concert ne débute, le groupe nous plongera ensuite directement dans le vif du sujet : une orgue hammond fantomatique, une rythmique intense, des putains de gueules, et surtout des titres dévastateurs et une présence scénique hors du commun. Entre les hurlement démentiels d’un Lias qui vit chaque morceau comme si c’était le dernier (et qui finira à poil comme d’habitude), et un beau bordel dans le public sur des chansons comme « Touch The Leather », « Satisfied » ou leur single « The Whitest Boy On The Beach », l’atmosphère générale vire vite à la véritable mutinerie. Et si leur guitariste principal et deuxième pilier du groupe, Saul Adamczewski, qui entre ses problèmes d’héroine et quelques tensions intestines aura malheureusement du s’absenter de la tournée, cela n’enlèvera pas la moindre once de puissance à une performance qu’on oubliera clairement pas de si tôt.

Dimanche.

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Italian Boyfriend

Le site de Dour quand t’y passes le dimanche midi, c’est un peu le Sahara. La poussière est partout, l’herbe est brulée par le soleil et les étendues sont désertes. Si l’on est chanceux cependant, on peut parfois encore croiser quelques courageux tenant encore debout, errant entre les chapiteaux à la recherche d’un peu d’ombre ou d’une clope à gratter. Et puis tomber sur quelques groupes vraiment cools aussi. Du genre Italian Boyfriend.

On vous en disait déjà du bien l’an passé à l’occase de leur concert aux Nuits Bota ; ils auront encore marqué le coup cette année. Passés dans le coin pour présenter leur premier album « Facing The Waves », sorti en Juin dernier, le projet ne tombait pas mieux pour soigner la gueule de bois de fin du weekend qui s’installait. Délicieusement indés, et en  même temps toujours plus poppys qu’un coquelicot, César et sa clique nous éveilleront tout en douceur pour ce dernier jour de fête sous le soleil avec leur nouvel arrivage de ballades goût fraises tagada. Alors forcément, pour le coup c’est pas Woodstock devant la scène, mais en l’occurence, et bien c’est pas plus mal comme ça. L’ambiance est en mode entre potes, le groupe assume et en profite pour déconner un peu. Question set, ça zigzague entre rythmes surfy sautillants et épisodes plus langouro-romantiques, sublimés par un joli mélange de voix masculines à celles de la chanteuse Sarah Riguelle. Le tout respire tellement la fraîcheur qu’il nous donnerait envie de rejouer la réplique de Depardieu dans Les Valseuses.  Autrement dit, y’a pas mieux.

Ah, le charme à l’italienne.

(A découvrir aussi bientôt, notre interview du groupe en auto-tamponneuses. Parce que dans un canap’ c’est trop facile.)

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Pixies

Les Pixies, pour ceux qui auraient fouillé un peu plus loin que la BO de Fight Club et les « Oohoos » de Where Is My Mind, ça a été l’air de rien une vraie machine à (très) bons disques pendant plus de 10 ans. Alors quand on su qu’ils étaient programmés à la Last Arena pour cette fin de festival, on savait qu’on allait se la manger, la vague de hits nostalgiques d’une époque où Nirvana était au top, pendant que nous, on portait surement encore fièrement nos baskets à scratch « qui lument », un jean Poivre Blanc et un sweat-shirt DDP. Mais si le concert auquel on aura eu droit était clairement placé sous le signe du live best-of (ça n’a pas raté), ce qui fera surtout plaisir à voir, c’est que les mecs sont toujours à des années-lumières de passer pour de vieux cons ressassants leurs succès avec la présence scénique d’une chique molle qui aurait perdu toute trace de goût (coucou Snoop Dogg). Et ça, ça fait du bien. En tout, c’est pendant un bon gros deux heures de set que les américains nous enverront leur géniaux riffs de Gouge Away, Debaser, Gigantic, Hey, Bone Machine, Here Comes Your Man ou Monkey Gone To Heaven en pleine face, avec un son et une fougue qui n’aura foutrement pas pris une ride. Bon, faut dire qu’avec Paz Lenchantin, la nouvelle venue remplacant Kim Deal depuis un moment, et depuis peu officiellement membre à part entière, le groupe s’est offert un petit lifting anti-âge. Mais rien à faire. Même si ça à l’air de faire chier les Together Pangea débarqués par hasard à côté de nous, à qui on a sûrement appris que pour avoir l’air cool, il faut tirer la gueule, nous, les Pixies en live en 2016, on signe à deux mains. Résultat? On a plus de voix, mais on est contents. Voilà.

Nicolas Nollomont.

Photos : Fanny Ruwet, Olivier Donnet, Mathieu Golinvaux.