Mumford & Sons se jette à l’eau avec Delta

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Il y a quelques années, les frères Gallagher, membres d’Oasis, révélaient un avis très tranché sur Mumford & Sons. Le très délicat Liam les voyait comme des « fuckin’ Amish people » barbus sortis de leur tanière avec des vestes en tweed et raccords de manches tandis que Noel aurait rêvé de composer The Cave et admirait la voix de Marcus Mumford. Aujourd’hui, la constatation est la même : le groupe divise. De notre côté, on est plutôt timidement emballé par ce quatrième album.

Timidement emballé puisque Sigh No More, le premier album du groupe, est une référence folk-mélancolique géniale placée sur un piédestal dans notre culture, la barre est donc très haute. Vient ensuite le tout aussi excellent Babel, plus dynamique mais toujours aussi folk et servant les amoureux du banjo. Puis vient le coup dur de Wilder Mind, avec ses morceaux rock-électro plus mainstreams. Quelque chose s’est brisé. La peur de revivre le même drame qu’avec Coldplay nous tordait le ventre : perdre l’âme des débuts du groupe au profit des chansons-stades. On était donc plutôt fébrile en découvrant Delta.

Si on reprend très scolairement la définition du mot delta, il s’agit du lieu où un cours d’eau se sépare en plusieurs branches juste avant de se jeter dans l’océan. Très imagé, ce titre d’album représente parfaitement son contenu. On y retrouve un même schéma de base, à savoir des chansons débutant très calmement puis accélérant et explosant vers la fin du morceau. On a là l’origine du delta, viennent ensuite les branches, représentées ici par la multitude de sonorités et rythmiques au cours des 14 morceaux de l’album. Cet éclectisme est voulu et assumé par le groupe qui souhaitait manipuler ses instruments acoustiques de façon à les faire jouer comme s’ils étaient des instruments complètement différents.

Finalement, on pourrait presque placer chacune des branches de ce delta dans un des précédents albums, ce qui fait de Delta un véritable album-identité de Mumford & Sons où l’on vogue à travers toutes les influences du groupe. On passe des ballades mélancoliques de Sigh No More avec Forever et Wild Heart aux influences sud-africaines qui avaient inspiré l’EP Johannesburg, que l’on retrouve ici dans Woman et Rose of Sharon. On retrouve également les rythmes enjoués de Babel ou encore les teintes électriques de Wilder Mind.

Tout y passe : le groupe explique d’ailleurs que c’est l’album qui leur ressemble le plus, pour lequel ils ont pris des risques et sont sortis de leur zone de confort. Ne serait-ce que pour l’enregistrement studio de l’album : habituellement plutôt isolés durant ce processus, cette fois-ci, ils ont été confrontés au passage de multiples personnes au sein du studio de Paul Epworth (producteur de Florence & The Machine, Adele, U2…).

Parolier d’exception, Marcus Mumford ne déroge ici pas à la règle et on en est ravi. Il décrit lui-même les textes comme étant beaucoup plus sombres que sur les précédents albums : « It’s not a light diner » avec des thèmes comme la naissance, la mort et le divorce. Il compare même l’album à un long repas trop arrosé où l’on se sent assommé. Ambiance. Les textes évoquent plutôt les expériences des autres et de quelle façon le groupe a pu influer sur ces expériences et à quel point les relations sont déterminantes dans ces moments de la vie.

Loin des titres bruts et des banjos de ses débuts, Mumford & Sons a tout de même su nous décrisper après trois ans d’angoisse et d’ambivalence à son égard. On est curieux de découvrir leur nouvelle tournée qui passera par Paris, le 7 mai prochain. D’autant plus quand on connait l’amour du groupe pour le live : “The way people come together, it’s an extraordinary thing“, nos quatre Amish préparent d’ailleurs une toute nouvelle scénographie pour leurs prochains concerts, faite de façon à être au plus proche du public.

Jeune paire d’oreilles toujours parée d’écouteurs, un peu trop accro au folk et indie rock. Accepte quelques écarts commerciaux pour sauver ses amitiés.