Not Easy to Cook : Cannibale, cuisiniers musicaux cinq étoiles

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Un an à peine après son premier effort No Mercy For Love, qui débordait déjà d’amour et les a mis dans la lumière, bien aidé il est vrai par des prestations live furieuses et réjouissantes, Cannibale revient à la charge avec un second album Not Easy to Cook. On ne sait pas si le titre parle de corps humains et on ne veut pas le savoir, toujours est-il que musicalement, le groupe de Basse Normandie trace sa route et confirme les belles promesses entrevues dans leur premier disque.

La légende dit que, pas vraiment fans des studios et de la post-production, les cinq membres de Cannibale n’enregistrent leur musique qu’avec un micro et un ordinateur. Si la légende dit vrai, on reste pantois face à la puissance de leur second album, Not Easy to Cook. Si la légende est fausse, on est quand même impressionné à l’écoute des 10 titres qui composent ce nouvel album qui trace la route de ce que nous offrait déjà No Mercy For Love, mais en mieux. En plus ambitieux, plus ample, plus dansant et sans doute plus fou. Pas forcément que le groupe soit plus ambitieux, sans doute s’est-il surtout retrouvé bien plus libéré par l’accueil qui a été fait à leur musique. C’est donc sûr de ses acquis mais tout aussi prêt à les faire exploser que Cannibale fonce tête baissée et nous emmène vers ses tropiques peuplées de grenouilles et d’animaux chantants.

Frogs ouvre le bal et on a ce sentiment étrange de se retrouver à New York au début des années 2000, période The Rapture et LCD Soundsystem. Oui, le synthé nous y amène, mais il est contrebalancé par des guitares tribales et surtout des bruits de grenouille assez dingues. Que dire alors des arrangements vocaux où les voix se croisent et s’emmêlent telles des danseurs en plein trip alors que la voix principale se fait cajoleuse comme un gourou voulant nous embarquer dans sa secte ? Mais c’est surtout cette batterie incontrôlable et cette basse parfois discrète qui nous captivent. Ces deux instruments seront la colonne vertébrale de toutes les chansons, les guides dans la nuit, les battements sur lesquels calquer ceux de notre cœur alors que les autres instruments partent dans tous les sens et s’offrent toutes les libertés, toutes les explosions, tous les écarts et donnent à chaque chanson une couleur et une vibration différentes qui nous embarquent dans un univers aussi bien influencé par le psychédélisme, la rumba, le ska et le rock garage. C’est tout ça  Cannibale, 40 ans d’amour de la musique passés au mixeur pour offrir une musique qui n’invente rien mais se permet tout. On danse, on rit, on tremble à l’écoute de cette musique uniquement guidée par le plaisir et l’hédonisme simple, celui de faire une musique qui fasse plaisir et qui se transmette.

Do Not Love Me Too Much fleure bon le retour d’acide et les sueurs dans le dos, tandis la mélancolie de The Machine Gets Old s’écoute les yeux fermés et sans doute les larmes aux yeux. Un repos de courte durée tant The Uggliest Rabbit of The 70’s et Siren’s Call nous transportent vers les terrains joyeux de l’afro-beat sur lesquels les pieds dansent et les bras se balancent. Ghost gagne la palme du coup de cœur immédiat, bien aidée par un rythme qui s’accroche aussi bien aux tympans qu’à la rétine et qui ne nous quitte plus. Not Easy To Cook et sa guitare endiablée nous offrent un nouveau moment de bonheur puissant tandis que Pendejo continue les réjouissances avec son rythme génialissime.

Au Revoir a le goût des adieux mais pas vraiment puisque, fou jusqu’au bout, Cannibale s’offre un Frogs Outro délirant, un titre de plus de six minutes uniquement composé de sons de grenouilles et de nature. Un titre foutrement psychédélique et étrangement apaisant qui vient conclure ce Not Easy To Cook de manière parfaite et hilarante.

Exotique, dansant, réjouissant et divers, Not Easy To Cook continue le travail impressionnant façonné par Cannibale depuis bientôt deux ans. Une musique aussi brute que travaillée qui ne demande qu’une chose, pouvoir exprimer tout son potentiel en live.

Futur maître du monde en formation.
En attendant, chevalier servant de la pop francophone.