Nowadays Records : "Il faut se lancer et ne pas avoir peur d’exister"

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Pour les 5 ans de Nowadays Records (Fakear, Gangue, Clément Bazin…), l’équipe du label organise quatre soirées d’anniversaire aux quatre coins de la France, à commencer par Paris ce samedi 8 décembre. Une compilation regroupant les titres phares des différents artistes du collectif est également sortie vendredi dernier et propose, en plus des tubes, 14 morceaux exclusifs.

Nous avons rencontré rencontré Vincent et Hugo, alias Chomsky et oOgo,  membres du groupe de DJ La Fine Équipe et fondateurs de Nowadays Records. Retour sur les débuts du label et projection dans les futurs projets de ce groupe de potes réunis autour de ce projet commun.

Votre premier album en tant que La Fine Équipe, La Boulangerie, est sorti sur le label Just Like. Pour quelle raison avez-vous par la suite créé Nowadays Records ?

Chomsky : Le désir de produire remonte à très loin, Just Like est arrivé à un moment ou on n’était pas encore structurés mais avoir le contrôle sur le maximum d’éléments a toujours été notre ambition.

oOgo : Just Like a dû s’arrêter après La Boulangerie. Après ça, peu de structures s’intéressaient à ce genre de musique. On n’a donc pas attendu qu’un label nous contacte, on avait envie de sortir quelque chose alors on l’a juste fait nous-mêmes.

Comment s’est passé le début de Nowadays, pour rencontrer d’autres artistes ?

oOgo : En fait La Boulangerie 1 c’était déjà les prémices de Nowadays, le but était déjà de faire connaître d’autres artistes. Nowadays a servi à aller plus loin en sortant des projets complètement séparés pour chacun. Ça faisait des années qu’on travaillait ce style donc on s’est un peu retrouvés comme représentants de cette scène en France et ça a beaucoup aidé à lancer le label il y a 5 ans, sans parler du succès imprévu de Fakear.

La compilation des 5 ans du label est sortie, et il existe même une version cassette, vous croyez à son grand retour?

oOgo : C’est plutôt pour le symbole cool, l’esthétique. On est de la génération où on avait des cassettes quand on était petits, on enregistrait la radio dessus, on faisait des mixtapes.

Chomsky : C’est vrai que la cassette a été totalement remplacée par le numérique pour la musique portable, alors que le vinyle ça a toujours été pour une écoute de salon. Le numérique et le vinyle peuvent très bien coexister.

Depuis les début de Nowadays, vous avez sorti 75 EP/LP, comment vous faites pour être aussi productifs ?

Chomsky : On s’entoure !

oOgo : C’est vrai qu’à l’époque où on a lancé le label il y avait une effervescence incroyable pour cette scène, on avait l’impression de découvrir un artiste toutes les 10 minutes. Je pense que l’essor de Soundcloud y a été pour beaucoup.

Tu parles au passé, tu penses qu’en ce moment la scène est moins d’actualité qu’à cette époque ?

oOgo : Je pense qu’aujourd’hui on arrive à maturité sur cette scène, certains artistes se confirment, approfondissent leurs travaux, ou partent dans des directions différentes. Il y a aussi la partie live qui se développe beaucoup.

Quel était votre rapport au live quand vous avez commencé La Fine Équipe ? Comment vous avez fait la transition ?

oOgo : On a un background d’artistes studio, au début on ne faisait presque pas de live, beaucoup de DJ set, de scratch. On vient de ce milieu de DJ par équipe comme C2C ou Birdy Nam Nam. On s’est vite rendus compte qu’on avait besoin du live alors on a dû imaginer une formule à l’image du trio guitare basse batterie, mais à la façon d’un véritable groupe d’électro. Tout ça a aussi changé notre façon de faire de la musique.

Est-ce que votre double activité, à la fois d’artiste et de label, vous a forcé à faire des sacrifices ?

Chomsky : C’est juste beaucoup d’organisation. Il faut définir le temps à allouer à chaque projet, mais ce qui est génial, c’est que le fait d’accompagner d’autres artistes nourrit beaucoup les projets personnels. C’est un peu comme être au milieu d’une permaculture où tout se nourrit mutuellement. Tu restes pas enfermé dans ton propre truc, ta vision s’élargit.

Qu’est ce qui relie les artistes de votre label entre eux ? Quel est leur point commun ?

Chomsky : C’est nous (rires)

oOgo : On le répète souvent mais on essaie de produire des choses qui ressemblent à ce qu’on écoute. Les artistes avec qui on garde contact c’est bien sûr suite à un coup de coeur, par affinité musicale ou même au delà. Même si parfois ça peut sembler irrationnel, tu te dis qu’il faut absolument donner les moyens à certains projets d’aboutir. Quoi qu’il en soit, Nowadays Records n’est pas défini par un style de musique, ce qui nous excite ce sont les nouvelles scènes émergentes.

C’est quoi votre stratégie pour les 5 prochaines années ? Élargir votre catalogue d’artistes ? Consolider l’existant ?

Chomsky : Je pense qu’il va y avoir un turnover naturel. Évidemment, on évolue aussi, donc on va tout faire pour préserver cette fraîcheur et ce renouveau dans les prochaines signatures.

oOgo : On va aussi aller plus au fond des choses avec les artistes existants. Ça sera un mélange assez naturel entre recherche de nouveau et approfondissement de l’actuel.

Vous êtes entre autres influencés par le Hip Hop, vous avez déjà envisagé de signer un rappeur ?

Chomsky : Ça aurait pu mais l’occasion s’est pas présentée.

oOgo : C’est vrai qu’en même temps, on a toujours plutôt été dans l’instrumental, on trouve que les paroles enferment un peu l’imaginaire. Dans le rap US, la voix est presque instrumentale, les paroles passent parfois au second plan. Quitte à ce qu’il y ait du texte, je préfère à la limite lire un livre ou regarder un film, en musique c’est vrai qu’on est plutôt dans l’instrumental.

Chomsky : Moi c’est un problème différent, en fait j’ai jamais réussi à me concentrer sur les paroles d’un morceau, pour moi c’est la musique qui passe avant tout, j’écoute la voix comme un instrument à part entière. Ce qui m’agace dans le rap français, c’est que ça laisse pas assez de place à l’imaginaire comme pourrait le faire un morceau sans paroles.

Un conseil à donner pour quelqu’un qui voudrait se lancer dans la musique ?

Chomsky : Écouter beaucoup de choses, tout ce qui peut enrichir ta vie, musiques, films…

oOgo : S’enrichir c’est vrai, mais aussi produire beaucoup, ne pas manquer d’assurance et sortir des trucs tout le temps pour les confronter au monde extérieur. Trop de doute fait qu’au final on n’avance pas. Il faut se lancer et ne pas avoir peur d’exister. Ensuite si le succès n’est pas immédiat il faut persévérer. Tout ce concept d’immédiateté est devenu un peu trop important en ce moment.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album pour l’année prochaine avec La Fine Équipe ?

oOgo : Ouais, il est prévu pour mars 2019. On a bossé sur un featuring avec Slum Village, le groupe de J Dilla, qui est aussi mon groupe préféré. Un des morceaux s’appellera Fantastic Planet, en hommage à notre deuxième album qui n’avait pas vraiment fait beaucoup de bruit à sa sortie.

Chomsky : Le concept était surement moins alléchant que La Boulangerie, qui avait un titre en français déjà par exemple.

Un coup de coeur musical récent ?

Chomsky : Dernièrement j’ai pas mal écouté Kelly Moran qui est chez Warp. Elle utilise un piano arrangé, dont elle modifie les cordes pour créer des sons uniques, spatiaux.

oOgo : Anderson .Paak, dont le dernier album est pas le meilleur, mais j’aime bien. Louis Cole chez Brainfeeder.

Vous avez une viennoiserie préférée ?

Chomsky : La tarte au citron.

oOgo : La même chose, mais meringuée.

On pourra retrouver La Fine Equipe le samedi 8 décembre à La Machine du Moulin Rouge pour leur soirée d’anniversaire, accompagnée de Fakear, Robert Robert, Everydayz & Phazz, Yann Kesz, Ténéré b2b Marina Trench et Leska.

La compilation des 5 ans de Nowadays Records est déjà disponible partout, et aussi en cassette.