On a cuisiné Mou

Tu fais tourner ?
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La mafia nantaise continue à creuser son sillon dans les pages de La Vague Parallèle. Après Voyou, Lenparrot ou Silly Boy Blue, 2018 a vu débarquer dans nos artistes réguliers un étrange phénomène. Il s’appelle Mou, il rappe et il fait de la cuisine et fait partie de FUTUR, l’un des labels les plus cool de France. Alors quand il est – enfin – venu jouer à Paris pour la relase party de son Royal Câlin, on n’a pas résisté à l’envie de le passer sur le grill de nos questions.

 

La Vague Parallèle : C’est quoi la recette de MOU ?
Mou : La recette de Mou, on parle de cuisine ou de musique ? Il y a beaucoup de gras dans la cuisine de Mou, parce que sinon ça marcherait pas comme ça. Et puis je pense qu’il y a énormément de nonchalance, de second degré, d’ironie et de je-m’en-foutisme un peu aussi. Je fais de la musique mais aussi un taf à côté et faut pas oublier qu’à la base, la musique ça restait un plaisir que j’ai voulu continuer en bossant avec des potes, ce qui m’a conduit jusqu’ici, à faire des trucs un peu plus professionnels. Donc je pense que la recette elle reste simple, je reste moi-même car je ne fais pas que ça !

LVP : Justement, tu parles de tes potes, La Brousse et Maodea. Est-ce que ce sont les épices nécessaires pour ta musique ?
Mou : Ouais, je pense. Je pense que connaître ceux avec qui tu bosses, c’est important. Avec Quentin, on se connaît depuis pas si longtemps que ça, on s’est vraiment connus à travers la musique et c’est un producteur qui m’a permis d’ouvrir mon univers musical alors que Maodea, c’est vraiment le bon beatmaker hip hop qui va dénicher des trucs tu vois, il vient d’ouvrir sa boutique à Nantes, c’est vraiment un digger ! Donc je pense que c’est aussi un fonctionnement différent.. J’ai bossé avec Maodea,  qui reste un puriste beatmaker hip hop à la SP404, etc, avec qui j’ai  vraiment commencé mon premier projet. Ensuite, La Brousse, c’est un peu l’élément déclencheur de l’ouverture de ma musique au côté pop, qui fait que ça touche plus de personnes.

LVP : C’est quoi le bon dosage entre le surréalisme et l’autobiographie ? Je trouve que tes paroles s’inspirent du quotidien mais tu les emmènes vers quelque chose qui est assez surréaliste.
Mou : Ouais parce que je pense que si je racontais juste mon quotidien, ça ferait chier les gens. En soi, je suis comme tout le monde tu vois, le matin je vais au taf etc donc oui, il faut amener une part de surréalisme, et surtout de second degré… Dériver sur un truc où t’as moyen de voyager avec des choses du quotidien, c’est ça qui est bien, jouer avec ces deux aspects. Je vais chercher mon pain comme tout le monde, je sais pas, par exemple la boulangère qui me fait marrer … t’essaies de bouger sur des choses en fait, la moindre chose que tu vois tu le dis ! Imaginons qu’elle ait un tatouage dégueu, ba je vais en parler ! Ce sont que des petits moments du quotidien qu’il faut un peu plus surjouer, je trouve ça cool !

LVP : Comment tu aiguises ton flow ?
Mou : Franchement je calcule pas trop mon flow, je me laisse guider. Je pense que l’instru est ultra importante dans ce que je fais ! Après forcément il y a des influences dans ce que je découvre parce que j’ai pas forcément la culture “pop”. J’essaie de rester dans un truc smooth que j’arrive à chanter sans être dans la performance, je me fais juste plaisir, quitte à me faire plus plaisir sur les paroles que sur un truc technique. Je laisse le truc aller, si j’ai envie de parler ou dire des conneries à un moment comme dans Croissant, je me laisse aller et c’est tout ! (rires)

LVP : Est-ce que l’amour ne serait pas l’ingrédient principal de ta musique ?
Mou : Oui, ca c’est sûr ! C’est sûr parce que je pense que l’amour c’est juste ultra important. Moi je suis amoureux depuis un moment et forcément, ça m’aide à écrire des choses. Un morceau Ford Fiesta où je dis que les images défilent comme les habits que tu mets parce que ma meuf elle n’arrive jamais à se décider dans ce qu’elle va mettre le soir, « je mets ça ou ça », et on passe un temps fou donc forcément il y a un truc où mon quotidien, encore une fois, je le place dans des textes en parlant d’amour et en exagérant la chose mais en soit je suis pas un crooneur à vouloir me taper des meufs parce que je parle d’amour ! Je suis casé, je parle d’amour parce que je trouve ça hyper important, c’est important d’en parler sans vouloir être dans ce truc à faire des clins d’œil aux meufs dans le public, on s’en fout, on parle juste d’amour à la cool !

LVP : Dernière question à propos de la cuisine, quelle est la merguez dans ton couscous musical, l’ingrédient secret qui ressort ?
Mou : La merguez dans mon couscous musical, je sais pas.. Le truc un peu pimenté quoi ! Comme ça il n’y a rien qui me vient, je ne me suis pas posé la question.

LVP : Tu intellectualises pas le truc quoi ?
Mou : En fait c’est ma nonchalance qui fait le truc Mou, qui fait que j’arrête de répondre à cette putain de question “pourquoi Mou ?“. T’as juste à écouter et te rendre compte que je suis lent, un poil de nonchalance bien poussée quoi, c’est juste ce que je suis, en gros. Je joue pas ce rôle là mais ouais, je pense que c’est juste ça, pas de prise de tête quoi.

 

LVP : On va passer sur les questions un peu plus classiques, la première : est-ce que tu penses qu’on peut draguer une nana en la comparant à un berger allemand ?
Mou : (rires) Elle est bien celle la ! Euh ouais je pense ouais, moi je trouve ça classe un berger allemand !  Après forcément je me confronte à un truc : “Ouais tu parles des meufs, bah tu parles de chien donc pour toi c’est comme des chiennes” ou je sais pas quoi … Je me dis «  non mais attendez, mais vous allez jusqu’où la ?». Quand tu écoutes le morceau Berger Allemand, je cite plein de races de chiens, à un moment c’est juste que ça m’a fait marrer, c’est un peu les deux côtés de ma musique. Bon va falloir que j’arrête à un moment de parler de chien tu vois mais je pense qu’on peut draguer une meuf en lui disant “t’es le plus beau des bergers allemands, regarde ton odeur, ton pelage, tes oreilles sont parfaites, tes dents aussi“, on peux la comparer à un chien facilement même si ça peut être un peu dégradant, d’accord.. Je sais pas, moi j’ai énormément de respect pour les chiens.

LVP : Finalement, les gens analysent trop le truc..
Mou : Ouais, je pense qu’ils se prennent trop la tête. J’ai envie de parler de chien, lâchez moi tu vois. Je sais pas, après il y a un truc aussi, le chien on en trouve un peu partout, il y a la pochette d’Agar Agar, Juliette Armanet qui pose avec des bergers allemands… c’est devenu un élément un peu pop culture et j’ai toujours kiffé ça. A la base quand j’ai fini ma troisième, on m’a demandé ce que je voulais faire, j’hésitais entre cuisinier et maître chien. Sauf que j’ai appris que pour faire maître chien il fallait faire la gendarmerie etc alors bon … je me suis dit que c’était mort, que j’avais pas envie de faire ça donc je suis allé dans la cuisine. Au final, ça m’a très bien réussi ! Mais voila, c’était un peu les deux trucs, j’ai trouvé normal d’en parler.

LVP : Justement tu parles de cuisine, moi une fois j’ai interviewé le mec du Klub des Loosers qui continue à bosser à côté parce qu’il veut garder un pied dans le quotidien. Est-ce que toi tu te poseras un jour la question de choisir entre la musique et la cuisine ?
Mou : Je pense pas, non. Je resterai toujours cuisinier. C’est une question qu’on aborde souvent avec les gars du label ou avec le tourneur… Parce qu’en effet UNI-T par exemple ont été les seuls à accepter de bosser avec moi en sachant que mes dates devraient être programmées le vendredi soir ou le samedi. Ils l’ont fait, ils le font toujours. Après forcément, si je peux jouer à Angers un mercredi, ça se fait ! Mais voila, je pense que je resterai toujours cuisto, j’ai pas envie de me lâcher là-dedans. La musique, il faut être sûr et moi je suis très flippé, je veux savoir combien je gagne par mois ..Courir après une intermittence, j’en ai pas envie !

LVP : Moi quand j’écoute ta musique, je pense souvent à une sorte de mélancolie joyeuse. Est-ce que c’est un concept qui te parle ?
Mou : Mélancolie, on parle direct de tristesse.

LVP : C’est pas forcément triste la mélancolie tu vois, le côté un peu lancinant de certaines chansons etc..
Mou : Je trouve le concept de mélancolie joyeuse assez cool, ouais. C’est pas la première fois qu’on me le dit. Après, quand on me parle de mélancolie, je suis assez fixé tristesse. Je pense que c’est le côté lent et mou qui fait qu’on parle direct de mélancolie, parce que c’est un peu planant, tranquille etc. Mais globalement, je pense que mes chansons sont relativement joyeuses. Je parlais de ça pour Godbless au tout début, où je voulais faire une espèce de mélan-comédie, un truc où la production peut prêter à se dire “Oh putain c’est triste” alors qu’au final je parle d’un chien qui mange ses corn-flakes et ses croquettes. Il n’y a rien de triste mais c’est vrai que oui, ça peut revenir c’est peut-être les instrus qui font ça et le fait que je pose relativement à la cool sans être à donf en mode joyeux tu vois, je sais pas.

LVP : Après, les instrus ont quand même vachement évolué, un truc comme Ça va le faire, c’est quand même limite l’anti-thèse de tout ça.
Mou : Exactement, et ça c’était justement essayer de faire un beat qui est relativement joyeux, en parlant de gens que j’aime pas, je trouve ça cool quoi ! Je vais pas dire “Allez tous vous faire enculer” quoi,j’ai pas envie de dire ça. J’aime bien l’idée de contre poids et de dire “Ok ce beat il est joyeux, si on parlait d’un truc un peu négatif genre les gens que j’aime pas“. Par exemple si le beat  est triste, je vais parler d’un chien en mode second degré, ça peut être drôle. J’aime bien cette balance que tu peux faire dans une musique, je trouve ça cool, plutôt que de se coller un truc précis quoi.

 

LVP : Est-ce que dévier le rap et le hip hop des clichés d’origine, c’est un truc que tu t’es fixé dès le départ ?
Mou : Non pas du tout. Bosser avec FUTUR ça a amené la chose où on a développé ce côté un peu plus pop, forcément. La Brousse, il a du m’envoyer 20 fichiers en même temps, j’ai pas accroché sur les productions ultra hip hop, j’ai plus accroché sur des trucs spécifiques. J’aime bien tout ce délire de nappes un peu à la cool, je trouve ça relativement intéressant. Mais ouais, dévier le hip hop je pense que plein d’artistes le font en ce moment ! Je vois ça dans plein d’interview en ce moment justement, “tu te considèreMs comme rappeur ou chanteur ?“, je pense qu’il n’y a plus de questions à se poser la dessus.

LVP : C’est pour ça que la question se pose aussi, finalement le genre, comme le rock, comme la pop, qui était assez centré sur certaines chapelles s’émancipe sur d’autres trucs quoi.
Mou : Ouais c’est un peu ça. Et je pense même qu’aujourd’hui on ne sait pas me “classer”. C’est même le problème avec les SMAC : “Mou il est entre le hip hop et la pop, on le fout en première partie de qui ?“. Alors on me propose des premières parties… des fois c’est Lord Esperanza ou Hamza, qui peuvent être dans le même délire musical mais je pense que je me vois mal faire une première partie d’un mec qui dit “je te crache à la gueule sale pute” etc alors que moi je parle d’amour ! A côté, on peut me proposer des premières parties de The Pirouettes par exemple… mais c’est vrai qu’on n’arrive pas à me classer, c’est peut-être ça le souci. Enfin, je pense pas que ça soit un souci. J’aime bien qu’on n’arrive pas à identifier le style.

LVP : Moi j’aimerais bien te parler de la scène Nantaise, savoir la vision que t’en as. Moi je trouve que c’est une scène qui est en train d’exploser, qui est hyper diverse et en même temps, on sent une vraie solidarité entre les groupes, on a l’impression que vous êtes tous potes plus ou moins.
Mou : Oui, ce soir tu peux le voir. Après il y a un élément central, c’est FUTUR. Raphaël, c’est un peu le papa de tout le monde. Moi au tout début j’ai appris à connaître Émile qui était le batteur de Pégase. Tu bois des coups avec eux et puis tu croises Romain (Lenparrot) et puis tu croises untel et à un moment, je sais pas. Je faisais mes premières dates sur Nantes, c’était le frère de Raph qui est passé et qui a proposé au Futur Festival et puis tu fais des rencontres et ça va vite… Je pense qu’on se connaît tous, après est-ce que la scène elle explose vraiment je sais pas, mais en effet Pégase ça a été un gros truc à un moment. Là c’est Voyou, il y a eu Elephanz aussi à un moment ! C’est clairement une bonne scène et tout le monde se connait, je sais pas vraiment d’où ça vient. Y a un truc où la culture est ultra mise en avant aussi là-bas. Moi j’arrête pas de croiser des Parisiens qui vont s’installer à Nantes aussi, c’est vraiment une ville agréable et en terme de culture c’est carrément cool quoi.

LVP : Tes coups de cœur récents, c’est quoi ? Que ce soit en musique, en film, en série ?
Mou : En musique, j’étais en train de stalker sur Instagram et je suis tombé sur Oliver Tree. C’est un espèce d’Américain complètement perché, un peu délire Lorenzo, qui a sorti une track qui s’appelle Alien Boy. Il est en mode coupe au bol, trottinette, pantalon pattes d’eph’ . C’est génial et ce second degré-là, je le trouve cool ! Je suis pas un amateur de ce que peut faire Lorenzo mais je respecte le délire  vraiment jusqu’au bout. En séries, je me fais chier en ce moment et je suis pas amateur de films, je regarde que des séries. Quand je chill, je lance une série à la cool, j’ai relancé Malcom dernièrement ! Fallait que je fasse tout d’un coup donc je suis partie de la saison 1 et je suis sur une lancée !

LVP : Dernière question, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2019 ?
Mou : Faire des dates, continuer ma cuisine, avoir une étoile Michelin, plein de choses… Je suis pas très difficile, je suis heureux dans ma vie…  Ou si, avoir un chien ! Avoir une maison à Nantes avec un jardin, comme ça j’achète un chien.

Interview : Charles Gallet
Retranscription : Chloé Lahir