Radio Elvis : Ces Garçons-là

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On sait, on sait, on est un peu en retard. Oui, le nouvel album de Radio Elvis est sorti il y a quelques mois maintenant. Mais parfois, on passe à côté d’un album et de son sujet jusqu’à se le prendre dans la tête de plein fouet. Et à ce moment-là, c’est une pulsation, une sensation impérieuse qui nous guide : le besoin d’en parler. C’est un peu ce qui nous arrive aujourd’hui avec le second album de Radio Elvis, Ces Garçons-là.

Il est de ces titres comme un mystère. Qui sont Ces Garçons-là ? Que représentent-ils ? On pourrait y voir facilement Radio Elvis, forcément, un titre pour ancrer un album dans le temps, un titre pour poser une temporalité, une base ferme et directe à ce que l’album est à l’instant où il a été fait. Cependant, le titre peut au final vouloir dire beaucoup d’autres choses : il peut représenter ceux qu’on aurait aimé être, ceux qu’on a absolument évité de devenir, ceux que l’on enviait, ceux que l’on défiait, ceux qu’on posait sur un piédestal avant de réaliser qu’être dans la norme ne signifie pas être en accord avec ce qu’on nous impose, mais plus simplement d’être en paix avec soi-même et son image. Il y a sans doute de tout ça, et vraiment beaucoup plus dans ce second album du trio. Car Ces Garçons-là est avant tout un album réussi et puissant.

Il y a quelque chose qui est proche de la vie dans les 11 titres qui composent ce disque. Des vibrations, des pulsations. On peut y voir par moments la grandiloquence qui fait que l’on se sent invincible pour ensuite croiser les petites défaites et les histoires qui laissent des cicatrices sur le cœur et des bleus à l’âme. C’est un album qui bouge, qui tangue, qui change dans ses intentions toujours, cherchant dans chaque chanson un défi à se lancer, un combat à mener. C’est un album qui explose les carcans, qu’ils soient de la musique ou de la société pour affirmer l’unité d’un groupe qui s’est finalement plus trouvé dans ce second album que dans Les Conquêtes. Il y a aussi ce sentiment d’urgence, ce besoin de foncer, de ne pas intellectualiser ce qu’on a vu en eux et de se libérer des attentes qu’on a pu poser en eux. Car ces attentes, ils ont pris un malin plaisir à les déjouer, à déminer le terrain du succès pour aller surfer sur la vague de la sincérité et de la vérité. Oui, l’album de ces garçons-là est beau, parce qu’il est vrai, qu’il s’offre une respiration qui lui est propre, qu’il est fait d’aspérités, de joyeux accidents et de très belles réussites.

La plus grande d’entre elle est sans doute dans les textes, bien sûr. En retirant de son processus créatif les oripeaux de la métaphore et de l’image, en taillant dans l’os, Pierre Guénard touche à l’intime aussi facilement qu’il touche à l’universel.  Une recherche de simplicité qui n’enlève rien à la puissance des propos, bien au contraire. En allant chercher au plus direct, en utilisant des mots aussi simples que fragiles, le propos n’en est que renforcé puisqu’il devient compréhensible par tous. Là encore, la vie n’est jamais loin dans tout ce qu’elle a de kaléidoscopique. Bien sûr, selon les sensibilités, certains textes happeront plus que d’autres. On s’est ainsi fortement retrouvé dans New York qui parle de ce sentiment fort d’être happé par une ville, de la misère qui peut être sexuelle et émotive mais surtout de se sentir parfois seul alors qu’on a jamais été aussi entouré. Forcément, Ces Garçons-là, uppercut émotionnel, nous frappera jusqu’aux larmes tant la chanson se rapporte à notre histoire personnelle, garçon trop sensible en lutte permanente contre ce qu’on voulait nous imposer, contre une virilité parfois trop malsaine et trop lourde à porter. Il y a aussi Prières Perdues, charge directe contre la folie des religions dans ce qu’elles poussent parfois au pire tout en promettant le meilleur. Il y aura aussi ce sentiment de fuite, porté sur 23 Minutes ou Nocturama, ce besoin d’échapper au quotidien mais aussi à la mortalité et à la noirceur d’un monde parfois trop présente.

L’autre grande réussite de l’album tient dans ses compositions, si attachées aux paroles qu’elles rendent l’une et l’autre indivisibles. Il y a ce bonheur, ce plaisir pour l’auditeur de se retrouver face à un opus profondément anglo-saxon mais porté par des textes en français. On pense beaucoup à Baxter Dury sur la ligne de basse de L’éclaireur. On aime le côté vibrant et très rock de Fini Fini Fini qui s’oppose à la langueur et la mélancolie de Bouquet d’immortelles tandis que La sueur et le sang gagne d’une lente montée en puissance qui pousse au relâchement, les yeux fermés. On sent une somme d’influences, digérées et acceptées, le travail d’un groupe qui travaille collectivement et offre une palette d’émotions et de couleurs, toutes guidées par le voix classieuse et habitée de Pierre.

Vous l’aurez compris, avec Ces Garçons-là, Radio Elvis s’offre une nouvelle page, un nouveau chapitre dans sa carrière musicale. Ce nouvel album gagne dans le fait qu’il perd en pudeur tout en gardant sa poésie et sa classe. Un album habité, accueillant et qui recèle de véritables trésors d’émotions et de puissance. Qu’on se le dise, ces garçons-là ont tout l’avenir devant eux.