Roméo Elvis, overdose de Chocolat

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Après deux projets respectivement appelés Morale et Morale 2 en collaboration avec Le Motel, le bruxellois Roméo Elvis livre son premier album solo. Sur ce dernier les collaborations sont des plus étonnantes : Todiefor, Vladimir Cauchemar pour les beatmakers ; Matthieu Chedid, Témé Tan et Damon Albarn pour les featurings.

Fils du chanteur Marka et de la comédienne Laurence Bibot, Roméo est baigné depuis tout jeune dans le monde du spectacle, tout comme sa soeur, Angèle. Il choisira de suivre la même direction que son père en se lançant dans la musique, Angèle suivra elle aussi cette lignée peu de temps après. Tout d’abord en solo avec deux EP : Bruxelles c’est devenu la jungle et Famille nombreuse, on est alors en 2013-2014. Par la suite, il se liera d’amitié avec un autre bruxellois, Le Motel, avec qui il connaîtra le début du succès sur la trilogie Morale : Morale, Morale 2, Morale 2Luxe. Pour Chocolat, il se sépare de son ami et se lance seul face à son public.

Cet album démarre malgré tout avec une Intro, aux sonorités semblables à ce qu’il faisait avec Le Motel. Cette introduction annonce un album introspectif, qui parlera non seulement de lui, de son rapport à l’industrie, mais aussi de problèmes de société tels que les réseaux sociaux, le racisme ou l’amour. S’ensuit Chocolat, titre éponyme de l’album, produit par Eazy Dew, beatmaker souvent associé à Josman. Il parle ici de son rapport à la drogue douce qu’il compare à du chocolat. Ici on parle de drogue douce, l’ambiance est donc un peu plus légère mais dans 194, elle est un cran plus sombre alors qu’il évoque sa relation révolue avec les drogues dures.

Pour promouvoir le projet, Roméo a sorti Malade comme premier extrait. Morceau qui n’aura pas fait l’unanimité du public, certains trouvant la ressemblance avec Lomepal trop omniprésente. Heureusement, le Bruxellois se rattrapera avec Normal, sorti une semaine avant l’album : un morceau aux sonorités plus trap et au visuel très travaillé. Il y traite de ses addictions et de son évolution dans le monde de la musique. Comme dit précédemment, Roméo a décidé de s’entourer de Vladimir Cauchemar que l’on retrouve sur le morceau oscillant entre pop et rap Coeur des hommes. Morceau important car il prend position au niveau politique. Lui qui n’avait pas l’habitude de dire ce qu’il pensait remettra le couvert dans Belgique Afrique, où il évoque cette fois le passé colonial belge et donne son avis dessus, le tout sur une excellente prod de Vladimir Cauchemar, encore une fois.

Vient ensuite le premier featuring avec -M-, Parano. Morceau à l’atmosphère tout à fait étonnante, Matthieu Chedid a emmené le Belge sur son terrain et le résultat divisera le public mais est pour nous réussi. Parano évoque les relations amoureuses et leurs mauvais côtés. Le registre amoureux est aussi le sujet du morceau suivant, Soleil. On y retrouve Roméo sur une instrumentale, aussi ensoleillée que la précédente. Le parallèle avec le morceau précédent est tout trouvé : si dans le morceau avec -M- il parlait des côtés négatifs de l’amour, ici ce sont les côtés positifs qui préface le morceau. Enchainer ces deux titres est une bonne chose pour la structure de l’album.

Fini les ambiances lumineuses, passons dans le côté plus obscur du projet. Avec Bobo et 3 étoiles, Todiefor nous montre qu’il n’est pas seulement un DJ mainstream, mais qu’il peut aussi produire pour des rappeurs. Le second morceau annonce de beaux pogos en concert. Dans Solo, on retrouve un Roméo mélancolique à l’image de l’instrumentale. Il se pose des questions et discute avec lui-même, ce qu’il n’avait pas l’habitude de faire sur ses anciens projets. Le Bruxellois n’a pas fait appel uniquement à des DJ, il a décidé de s’entourer aussi de VM The Don, beatmaker souvent associé à Alpha Wann et plus généralement à L’Entourage, à qui l’artiste fera d’ailleurs référence dans le son Viseur. Dans ce dernier, on retrouve le thème récurrent de l’industrie musicale. Seconde connexion et pas des moindres, on change cette fois de langue pour apprécier le morceau planant avec Zwangere Guy, où néerlandais et français s’entremêlent pour parler de la capitale belge, Bruxelles. On retrouve encore une fois Todiefor et Vladimir Cauchemar sur le surprenant T’es bonne. Etonnant car c’est un son très électronique dans lequel Roméo fait parler son ironie pour traiter du harcèlement subi par les femmes.

 

Avant de clôturer par deux featurings assez attendus, on retrouve le morceau Dis-moi, qui ressemble musicalement assez fort à Normal mais avec des sonorités rocks en plus. Au niveau du thème, rien de comparable avec la track 10 car il est question ici d’amour. En silence, quant à elle, fera du bruit. Roméo y a invité Témé Tan, un autre bruxellois. Sur ce morceau d’apparence joyeuse, le digne représentant du 1630 parle de Simon, un de ses amis décédé. Inhabituel pour le belge mais il en résulte un morceau touchant très bien réalisé.

Pour conclure ce projet assez diversifié, le bruxellois s’offre une collaboration de luxe, il est question ici d’un membre de Gorillaz mais aussi de Blur : Damon Albarn. Sur ce final, on retrouve un Roméo très énervé dans le premier couplet, mais calmé par la douce voix de Damon Albarn dans le second. Un final en feu d’artifice, mérité pour le jeune Roméo. Cet album est donc une réelle belle surprise, la direction artistique y est excellente tant au niveau des invités qu’au niveau de la structure de l’album, le travail a été exécuté à la perfection. Ce qui diffère aussi des précédents projets, c’est la prise de position du rappeur. Dans Chocolat, il se livre beaucoup plus à son public sur ses relations, ses addictions, sur sa vie en résumé. Il parle aussi de sujet de société avec un positionnement qui lui correspond. C’est donc un album qui ne le trahit pas et dans lequel on le sent épanoui.

Après avoir clôturé le Morale Tour avec un concert à l’Olympia complet, Roméo Elvis est de retour en 2019 pour une tournée évènement : le Chocolat Tour. L’artiste débutera sa série de concert à Paris, dans un Zénith déjà annoncé rempli pour ensuite présenter ses nouveaux morceaux dans son Bruxelles natal, à Forest National. De passage dans de nombreux festivals cet été, le rappeur ne s’arrêtera pas là et débutera en novembre une série d’onze concerts dans les grandes salles francophones. La fête s’achèvera sur une date exceptionnelle le 26 mars 2020 à l’AccorHotels Arena (Paris). Une tournée qui s’annonce phénoménale.

Crédit photo : La Straussphère