Ryder The Eagle ou l’éloge de la radicalité

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Sérendipité, n.f. : art de faire une découverte par le hasard.

Opulente et généreuse, la nuit parisienne offre des instants rares, précieux, qui donnent le sentiment de s’être trouvé au bon endroit, au bon moment. C’est précisément cette sensation que nous avons ressentie un soir d’automne dans le sous-sol de l’Olympic Café, où nous nous étions rendus en premier lieu pour voir la nouvelle (et, a priori, éphémère) expérience musicale de Michelle Blades, Chimichangas Are Not Mexican.

Ce soir-là, c’est bien Adrien Cassignol, alias Ryder The Eagle, qui avait raflé la mise et les coeurs. Pendant un peu moins d’une heure, le Toulousain avait balayé la salle d’un set d’une intensité exceptionnelle, exécuté avec une sauvagerie teintée d’une certaine douceur, en témoigne cette guitare longuement torturée, balancée bien près d’un plafond qui ne demandait qu’à tomber, laissée à l’agonie sur le sol puis recueillie avec soin. Ces prestations, Ryder The Eagle les a cultivées pendant de longs mois, roulant sa bosse sur les routes de France, parfois dans le sillage de Las Aves, pour lesquels il a ouvert à plusieurs reprises, souvent dans des salles à la renommée plus ou moins confidentielle.

La grande inconnue demeurait alors la capacité de l’artiste à transposer sa fougue de la scène au studio, alors que les deux seuls titres livrés à l’oreille du public, She’s Already Won My Heart and It’s All About The Music figurent parmi les plus calmes de son répertoire. Pourtant, on peut le dire : le pari est plus que réussi avec The Ride Of Love, son premier EP.

Ce qui frappe chez Ryder The Eagle, c’est avant tout sa radicalité. La tracklist de son EP en atteste et les titres en sont volontiers évocateurs, composant avec l’amour, la mort et la violence : Die On My Bike, Crush Your Head On The Floor, Skinny Motherfucker… Seulement, lorsqu’il reprend ces poncifs de la culture rock’n’roll usés jusqu’à la corde, Ryder The Eagle le fait avec une authenticité et une virtuosité vivifiantes.

Die On My Bike ouvre avec brio cet EP par une ballade à mi-chemin entre le testament et la déclaration d’amour. Les images se dessinent au fil du morceau, et on l’imagine aisément hurler, juché sur son engin, lorsque le morceau monte crescendo. Multipliant avec succès les incursions dans différents registres, Ryder The Eagle propose, avec Crush Your Head On The Floor et Skinny Motherfucker, deux titres aux rythmes aguicheurs qui laissent paraître la maîtrise mélodique d’un artiste qui, même lorsque le ton s’adoucit, ne manque pas de clore ses morceaux d’une envolée vocale bien sentie.

Lorsque l’ensemble donne l’impression de s’égarer dans les clichés du rock, ce n’est que pour mieux s’en extirper avec délicatesse. C’est ainsi que Frankfurt, sur laquelle les effets posés sur la voix d’Adrien et les arrangements font immédiatement penser à Julian Casablancas, constitue un savoureux interlude rock juste avant de s’attaquer au gros morceau de l’EP.

Pièce maîtresse de The Ride Of Love, véritable chef-d’oeuvre, It’s All About The Music est tant une ode éclatante à l’amour et à la musique qu’une formidable preuve de l’étendue du talent de Ryder The Eagle. Performance vocale aussi puissante que touchante, riches arrangements, vibrantes harmonies : le Toulousain s’offre ici un magnifique tour de force pour un morceau dont il a déjà livré une version remarquable avec l’Orchestre Mozart de Toulouse.

Pour son premier EP, Ryder The Eagle est allé au bout d’une démarche artistique épatante de dévouement et de passion, élevant la radicalité au rang d’art. On n’a qu’une hâte : le voir défendre son disque, le 4 décembre prochain au Pop-Up du Label.