Sur les pas de Tamino

Tu fais tourner ?
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Après un EP acclamé à juste titre en 2017, Tamino est déjà passé au niveau supérieur à l’occasion de l’enregistrement de son premier album. Sur des titres comme Indigo Night, ou Sun May Shine, il collabore avec un petit orchestre de réfugiés, syriens pour la plupart, résidant à Bruxelles, et enregistre même un morceau en collaboration avec le bassiste de Radiohead, Colin Greenwood. Quoi qu’il en soit, sa musique nous transporte, et sa voix majestueuse et profonde nous hypnotise.

Depuis la sortie de son premier album Amir en octobre dernier, Tamino enchaîne les dates et les concerts. Nous l’avons rencontré à l’occasion d’un de ses passages à Paris, avant sa date à la Cigale.

[Traduit de l’anglais]

La Vague Parallèle : J’ai vu que tu vivais en pays flamand et que tu avais passé quelques temps à Amsterdam également. Comment c’était et pourquoi t’es allé là bas ?
Tamino : Quand j’avais 17 ans, pour aller au conservatoire d’Amsterdam. Je suis resté deux ans et demi mais je n’ai pas fini le cursus. J’ai enregistré mon premier EP Habibi pendant l’été et les morceaux ont commencé à être diffusés à la radio. Je devenais trop occupé donc j’ai arrêté pour me lancer à fond dans mon projet.

LVP : Tu dis croire en la transcendance de certaines oeuvres, qu’il est possible pour elles d’arrêter le temps, en quelques sortes. Est-ce que tu aurais un exemple récent d’oeuvre qui aurait eu cet effet chez toi ? Que ce soit une peinture, un morceau… une série tv ?
Tamino : Malheureusement la télévision n’a jamais vraiment provoqué ça chez moi… Il n’est pas nécessaire pour une oeuvre de “transcender” pour être bonne. Je pense que de nombreuses choses sont bonnes sans pour autant parvenir à ce niveau dont il est question. C’est une chanson récente que je viens de découvrir, quand je l’ai entendue je me suis dit, elle a vraiment la plus belle voix que j’ai jamais entendu, dans l’histoire de la musique. Ou plutôt dans l’histoire de la musique enregistrée.

LVP : Dans quel état d’esprit étais-tu quand tu as écrit Amir ? Sur combien de temps s’est déroulée l’écriture ?
Tamino : J’ai écrit beaucoup de morceaux depuis que j’ai 14 ans. Bien sûr, la majorité sont enfouies et bien enterrées sous une belle pile de sable, elles ne verront malheureusement plus jamais la lumière du jour. Donc je dirais que j’ai écrit la majorité de mes morceaux entre mes 18 ans et aujourd’hui (Tamino a 21 ans, ndlr.). Évidemment, j’ai fait une sélection des morceaux qui étaient cohérents entre eux, qui me représentaient le mieux en tant qu’artiste à ce moment précis. Je pense aussi que c’était des chansons qui se sont plus ou moins écrites d’elles-même, en quelques sortes. Elles sont venues naturellement, de façon organique. La composition s’est faite vraiment naturellement, contrairement à la production évidemment, qui s’est fait de façon très perfectionniste.

Peu de gens le comprennent en écoutant le disque, mais je ne pourrai plus jamais faire de compositions aussi naïves que celles présentes sur Amir. À plusieurs moment j’ai hésité à rendre certaines parties plus matures, plus réfléchies, mais c’était un choix totalement conscient d’essayer de garder ce niveau de fraîcheur que je ne pourrai plus jamais atteindre dans ma carrière. À partir de maintenant c’est fini, quoi qu’il arrive je vais être tenté de trop réfléchir, même pendant la composition. Alors que ces musiques, sur ce disques, elles sont juste apparues.

LVP : J’ai vu qu’une partie de ta famille venait d’Égypte, est-ce que tu pourrais me parler de tes origines, et de la façon dont tu parviens à les inclure dans tes compositions ?
Tamino : Ma famille du côté de mon père est arabe, mon père est égyptien et libanais, et ma mère est belge. Pour ce qui est du mix des influences, ce n’est pas quelque chose de conscient, surtout pendant la composition. Pour l’enregistrement c’était effectivement conscient d’intégrer un orchestre de musique arabe, mais je n’ai choisi de le faire que sur les musiques qui avaient déjà ces influences en elles. Sur certains morceaux comme Tummy ou Cigar, je ne ressens pas vraiment cette influence orientale donc je ne les ai pas accompagnées de l’orchestre.

LVP : Quand j’ai écouté Sun May Shine, ça m’a rappelé l’introduction de Holy Mountains par System of a Down. Est-ce que c’est juste une coincidence ou on pourrait relier ça à ton passé qui tendait plus vers le rock ?
Tamino : (il écoute, ndlr.) Oh, je vois ce que tu veux dire oui, même si je n’ai jamais vraiment écouté System of a Down. J’ai beaucoup écouté Soundgarden par contre, ou Nirvana et d’autres. J’aime les grosses guitares qui sonnent dans les graves. Je ne pense pas que ce soit vraiment une coïncidence s’il y a certaines similitudes avec les morceaux de cet univers. Mais je suis content que tu ais fait le rapprochement avec la “heavy music”, peu de gens font le lien, mais c’est malgré tout très présent dans mes musiques.

LVP : Tu disais que ton père était en partie libanais, j’imagine que tu as déjà entendu parler de Bachar Mar Khalife et notamment de son album The Water Wheel qui reprend les classiques de Hamza El Din ?
Tamino : Oui c’est un grand chanteur originaire de Nubie, en Egypte. Je suis un vrai fan de ses chansons, et le travail de Bachar est incroyable. J’aime aussi beaucoup les musiques de son père, Marcel Khalife.

LVP : Est-ce que tu as déjà envisagé de faire un album de reprises ou d’écrire pour d’autres artistes ?
Tamino : Je n’y ai jamais vraiment pensé. Je ne pense pas encore à la suite. Pour l’instant je suis occupé tous les jours, et je ne suis jamais chez moi. Que ce soit pour une interview, une session live ou un concert, c’est du travail tous les jours.

LVP : Tu vas continuer à faire beaucoup de concert en 2019, est-ce qu’il y a un endroit où tu as joué qui t’aurait marqué ?
Tamino : Il n’y a pas d’endroit que je préfère plus que d’autres, la plupart étaient très cools, et c’est surtout le public qui fait tout. C’est une combinaison du lieu, du public, des ingé sons, lumières, une fusion de ce que tout le monde apporte. Mes prochains festivals sont le Beauregard et le Mainsquare Festival et je joue à L’Olympia en novembre prochain, donc c’est déjà un immense rêve qui se réalise.

LVP : Merci pour ces réponses Tamino.

Le premier album de Tamino, Amir est disponible partout, et vous pourrez le retrouver à L’Olympia le 19 novembre prochain.

 

Bonus : les photos de son concert à La Cigale par Alphonse Terrier