The Garden : tempête sur le Trabendo

Tu fais tourner ?
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Peut-on être à la fois une figure punk et l’égérie d’Yves Saint-Laurent ? Cette interrogation (pas si existentielle au demeurant), les jumeaux de The Garden l’ont balayée d’un revers de la main à la faveur de trois albums et de quatre EP qui ont contribué à dessiner les contours d’un projet à l’identité fascinante, le tout en sept ans de carrière et à seulement 24 ans. Alors forcément, le retour des frères Shears à Paris était attendu comme un petit événement. On y était, on vous raconte.

Le premier surgit alors que les lumières s’éteignent. Sans plus de cérémonie, il se met à hurler et à se contorsionner, flottant dans sa longue veste de tulle noire. Il s’appelle Wyatt. Le second s’élance vers sa batterie, prend appui sur les fûts et semble se figer en l’air le temps d’un instant sous l’oeil du bouffon grimaçant dont l’image orne les murs du Trabendo, avant de rejoindre son frère pour une chorégraphie désarticulée. Il s’appelle Fletcher. L’un et l’autre partagent le même faciès à la beauté étrange, presque inquiétante, et pour cause : ils sont les deux facettes d’un même visage, celui de The Garden, entité punk ambivalente dont l’esthétique est tiraillée entre l’ostentatoire héritage d’une jeunesse dorée et une volonté manifeste de tout envoyer balader.

Il y a quelques années déjà qu’on scrute avec attention l’évolution des deux sales gosses de la scène punk américaine, qu’on avait même suivis jusqu’à Londres à une époque où ils ouvraient les concerts de la tournée européenne de Warpaint. De ces débuts fracassants, Fletcher et Wyatt Shears ont conservé une fougue quasi-bestiale et un sens des lives ultra-rythmés, tout en sachant désormais distinguer fraîcheur, spontanéité et postures caricaturales (ils ont par exemple cessé de s’étrangler avec les câbles de leurs micros sur scène et considérablement augmenté leur espérance de vie par la même occasion). En revanche, le concept est, lui, resté inchangé : un concert de The Garden est une parenthèse violente et incandescente, un exutoire particulièrement jouissif dans lequel il s’agit de se jeter corps et âme, le temps d’une soirée.

La prestation donnée par le duo au Trabendo n’aura pas échappé à l’implacable logistique de ce chaos méticuleusement organisé. Aucun des morceaux de The Garden n’excède les deux minutes montre en main, et les deux frères les exécutent sans transition. Si les premières notes de Clay ont laissé le temps au public et aux artistes de s’apprivoiser mutuellement, le répit aura été de courte durée, et le reste du concert ressemblera à une tornade jubilatoire dans laquelle le public de la petite salle de la Villette se vautrera allègrement. De ce joyeux capharnaüm, on distinguera tout de même les acclamations reçues par Haha ou Crystal Clear, l’un des premiers vrais hits du groupe, dont on aura même l’occasion de hurler la rengaine dans le micro tendu par Wyatt.

À cette déferlante punk succèdera un silence assourdissant, à peine brisé par la respiration d’un public hagard de s’être abandonné éperdument dans les incantations hurlées et les pogos bouillants. On n’espère qu’une chose : que The Garden revienne vite secouer la capitale !

Pratiquant assidu du headbang nonchalant en milieu festif. Je dégaine mon stylo entre deux mouvements de tête.