The Night’s Due, le sublime requiem d’UTO

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Il y a quelques mois, on avait été intrigué par Shelter for the Broken, le premier EP prometteur d’UTO. Aujourd’hui, le duo signé chez Pain Surprises revient avec The Night’s Due, un mini-album à l’aura mystérieuse. On le sait, on n’est qu’en mars, mais on se mouille quand même : c’est de l’un des plus beaux disques de l’année dont on va vous parler sans plus tarder.

Certains disques ont un pouvoir étrange, celui de créer le vide autour d’eux. Où que l’on se trouve quand on les écoute, quoi que l’on fasse, tout finit inexplicablement par disparaître. Et puis, lentement, la musique donne vie à un tout autre décor. Sans vraiment que l’on sache comment, on se retrouve à déambuler dans une forêt parmi les ombres ou à arpenter une allée sombre menant à une maison sans âge. Même en plein jour, les oiseaux de nuit menacent soudain le soleil de leurs inquiétantes vocalises jusqu’à lui faire rendre les armes. Une voix s’élève. Des textures synthétiques l’enveloppent, l’enracinent et lui permettent de prendre pied dans une autre réalité, à la fois déroutante et merveilleuse, celle du nouveau disque d’UTO, The Night’s Due.

Si le tandem s’est affranchi de l’étiquette trip-hop dont on aurait voulu l’affubler un peu hâtivement à la sortie de Shelter for the Broken, c’est pour mieux conserver sa liberté de se construire un univers qui lui est propre. Tantôt sombre, tantôt lumineuse, la musique d’UTO n’a qu’une constante : elle transporte dès ses premières notes. À la vérité, cette capacité à bâtir des mondes entiers en quelques sons tient à une rencontre entre deux êtres complémentaires, Neysa May Barnett et Émile Larroche, et à une union entre une voix capable de faire plier la réalité et des mains assez habiles pour parer l’obscurité et la mélancolie de leurs plus beaux atours.

Tantôt sombre, tantôt lumineuse, la musique d’UTO n’a qu’une constante : elle transporte dès ses premières notes

Le fruit de ce mariage, c’est une musique singulière et sophistiquée qui trouve son essence quelque part entre la sombre candeur des contes de Grimm et la modernité surréaliste des films de Lynch. Lorsque les doigts d’Émile tirent des décors et des atmosphères de ses synthétiseurs, les incantations de Neysa prêtent vie à des créatures qui n’attendaient que la tombée de la nuit pour paraître au grand jour, loin du monde des Hommes. Dès les premières notes spectrales de 22, la magie opère. C’est ensuite la voix pleine de spleen de la chanteuse qui fait office de guide à travers les méandres étranges de Miss, qui se dessinent au fil de ses intonations. More est une piste RnB vénéneuse dont les sonorités grinçantes égarent celles et ceux qui osent s’y aventurer, et ménagent une tension qui trouve son dénouement dans le chef-d’oeuvre du disque, Black. Car Black est sans nul doute le morceau qui illustre le mieux la richesse et la profondeur de The Night’s Due. Mêlant poésie fantastique et harmonies sépulcrales, la “chanson du corbeau” est une épopée nocturne haletante, parfaitement mise en scène dans le clip que le groupe lui a confectionné.

Quand elles se font plus dépouillées, les mélodies d’UTO visent tout aussi juste, c’est-à-dire en plein coeur. On aime ainsi à voir en Strange Song un pendant électronique du déchirant Strange Fruit de Billie HollidayUntitled #1 lui répond de ses tendres envolées lyriques pour clore ce qui constitue le volet intimiste du disque. Et si l’appel au secours qui résonne à la fin de Strange Song aurait pu constituer une fin intéressante au disque, le duo lui a préféré la pop légère de Synthesise, comme pour rappeler que de l’obscurité finit toujours par jaillir la lumière.

Avec The Night’s Due, UTO signe donc un disque à la beauté ancienne et ténébreuse, dont l’ambiance et la poésie racée constituent à elles seules un univers hors du temps. Pour avoir la chance d’y pénétrer tout à fait, rendez-vous au Point Ephémère le 4 avril prochain pour ce qui sera le premier concert du tandem en tant que tête d’affiche.