Thylacine : « En me levant le matin, mon seul but est de rencontrer des gens, vivre des choses fortes et créer. »

Tu fais tourner ?
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Suite à la sortie de son dernier album, nous avons capturé l’ultime tigre de Tasmanie le temps d’une entrevue. Cap en direction de l’Argentine, Thylacine voyage à bord de sa caravane Airstream, rénovée en studio pour l’occasion. Un habitat quelque peu original lui inspirant ROADS – Vol.1. Animal nomade fuyant la routine pour se perdre dans des contrées méconnues, il s’abreuve des dialectes indigènes afin d’expérimenter le sien, l’électro. En témoignait déjà le puissant Transsiberian, fruit de son épopée sur les fameux rails russes. Panorama authentique, grandiose, chaleur et partages. Rendez-vous en terre inconnue.

La Vague Parallèle : Combien de temps le voyage a-t-il duré ?
Thylacine : Le voyage en lui-même a duré trois mois.

LVP : Pourquoi l’Argentine ?
T : Une fois lancé dans la construction du studio mobile et autonome, je cherchais des pays que je ne connaissais absolument pas, avec une culture de la route assez forte et une culture musicale intéressante. Je n’avais jamais mis un seul pied en Amérique du Sud. Je suis tombé sur des compositeurs comme Gustavo Santaolalla qui m’ont fasciné, sur des paysages super variés ; des déserts d’altitude complètement fous où je pouvais emmener la caravane et, grâce au soleil, rester au milieu de nul part en faisant de la musique. Dès que j’ai vu qu’un cargo pouvait emmener la caravane à Buenos Aires, je me suis dit « ok c’est parti, tout y est ! ». Ça aurait été plus simple d’aller en Espagne mais, il y avait un côté « extrême », dans le choix de la destination. Je partais pour un album, je ne voulais pas y aller qu’à moitié, je devais trouver des endroits très inspirants.

LVP : C’était alors déjà une envie, ce n’était pas sur un coup de tête…
T : Je fais rarement les choses sur un coup de tête. En fait, j’ai des coups de tête… puis je les peaufine. Rien que cette idée de studio dans une caravane, j’ai commencé à y penser à peu près à la sortie de Transsiberian. Il a fallu du temps pour tout mettre en place et que ça colle bien.

LVP : Le concept de partir pour faire un album, se confronter à d’autres ethnies, d’autres paysages, loin du confort habituel… Peut-on affirmer que c’est ça la signature de Thylacine ?
T : Oui totalement. C’est important si je veux créer quelque chose d’intéressant. Quand je suis à Paris ça ne l’est pas. J’ai besoin de vivre des moments forts, que ce soit à travers des émotions, des environnements. Je pense que ma musique raconte une histoire plus que celles purement club ou autres. Le voyage permet aussi de couper avec mon quotidien, d’être dans un univers essentiellement dédié à la création. En me levant le matin, mon seul but est de rencontrer des gens, vivre des choses fortes et créer. C’est vrai que le voyage est devenu petit à petit le moment et le lieu où je peux faire de la musique. D’autant plus que pour l’album, l’intérêt est de raconter une histoire du début à la fin. J’ai du mal à comprendre un album lorsqu’il est juste une succession de morceaux. Le format se prête encore plus aux grands voyages, à une narration.

LVP : Quel est ton état d’esprit au moment d’embarquer ?
T : Honnêtement, c’est beaucoup de stress et d’excitation. Le projet est un peu barjot avec du recul. En plus j’ai chargé ma caravane, dans laquelle j’ai mis beaucoup d’argent en panneaux solaires, en studio, en batterie, dans un cargo qui a traversé l’Atlantique. Il a fait plein d’arrêts dans plein de pays. Au moment où j’ai pris l’avion pour la rejoindre (le cargo a mis un mois pour l’emmener donc je ne pouvais pas monter avec elle), je ne savais pas ce que j’allais trouver à l’arrivée. J’ai préparé au maximum les choses pour qu’il n’y ait pas trop de problèmes ; matériel, kit de survie… C’est clairement un projet hors de la zone de confort et c’est tout l’intérêt. L’inspiration peut venir de choses très positives comme négatives. Je m’attendais donc à ce que tout ne soit pas simple, que ce soit une aventure.

LVP : Des anecdotes ?
T : Sur ce genre de chose, forcément ! Le morceau 4500m a été composé à 4500 mètres d’altitude. A ce moment là, j’étais au Chili dans le désert d’Atacama. Je ne pouvais plus avancer car l’oxygène manquait pour alimenter la voiture et tracter la caravane. La route était trop étroite, je ne pouvais pas non plus faire demi-tour. Du coup je me suis enlisé. La caravane était totalement perpendiculaire à la route et la barrait. Des gens sont arrivés. On l’a remise ensemble en la tournant. Ensuite, comme un énorme orage arrivait, des militaires sont venus fermer toute la région. Sauf qu’à 4500 mètres, on est vraiment très très haut. Les orages sont hyper dangereux. C’est le désert, il n’y a absolument rien, pas d’arbres pour prendre un éclair… juste une grosse caravane en métal. J’ai donc passé la nuit dans cette région complètement fermée, sans réseau, sans rien. Au final, je n’en suis pas mort. L’orage est passé devant moi, plutôt que sur moi. C’était un lieu magnifique. Ces conditions étaient un peu stressantes mais fortes dans tous les sens du terme et ça m’a permis de créer 4500m. C’est totalement le genre de chose que je cherchais pour booster la création.

LVP : De quelle manière naissent les collaborations avec les habitants que tu rencontres ?
T : Généralement, en arrivant, je retrouve des contacts que j’avais noué petit à petit. Là, je n’étais pas obligé de contacter des gens à l’avance car j’avais plus de temps. J’y suis donc allé au feeling, en fonction des rencontres. Ils m’ont hyper bien accueilli. Je leur expliquais mon projet, leur demandais s’ils connaissaient des musiciens, puis ça se faisait plus ou moins naturellement. Il y a eu un peu de tout ; des rencontres au hasard, des gens à qui je demandais simplement ce qu’ils écoutaient. Je me suis beaucoup inspiré de musiques venant de là-bas.

LVP : Et celles avec Mr. J. Medeiros, Weste ou Julia Minkin ?
T : J’ai rencontré la chanteuse de Weste là-bas, Clara Trucco. On a fait l’enregistrement en Argentine. Avec J. Medeiros et Julia Minkin, c’était différent et un peu particulier. Santa Barbara est un morceau composé en hommage à ce petit village, dans lequel je suis resté assez longtemps et avec lequel j’ai crée un lien assez fort. C’est cinq ou six maisons de terre au milieu de la Cordillère des Andes. Ils n’ont ni électricité, ni voiture. Alors, je leur ai filé des coups de main, en les emmenant à droite à gauche, en leur donnant des cours de français, ou des médicaments quand il y avait besoin. On mangeait ensemble, on allait pêcher à la main dans la rivière. Ils m’ont fait un énorme banquet d’au revoir à mon départ… Bref, toute une vie assez dingue, à l’opposé de la mienne, que j’ai adoré partager avec eux. Donc pour ce morceaux et 4500m, dont je t’ai expliqué le contexte, j’ai pensé que ce serait plus intéressant de travailler un texte plutôt que de sampler une voix. Depuis l’Argentine, j’ai envoyé 4500m à J. Medeiros en lui demandant d’écrire quelque chose par rapport au contexte. On a enregistré quand je suis rentré. C’était un peu la même chose avec Julia, sauf qu’on a écrit le texte à deux. Même si elle écrit beaucoup mieux que moi, ça m’a permis de la diriger pour qu’elle raconte quelque chose d’assez proche de ce que j’ai pu vivre.

LVP : L’album dévoile plusieurs facettes. Certains sons s’apparentent plus à de la World Music, d’autres à de l’électro pure, presque dance (Condor), ou encore à une BO de film (Santa Barbara). Avais-tu déjà des envies comme celles-ci, une idée du résultat ?
T : Non pas du tout. D’ailleurs ce que j’aime c’est voir ce qui va sortir du voyage, me laisser surprendre, que la destination et les conditions puissent influer sur ma création. Différentes facettes se retrouvent dans l’album ; la musique de film, dans laquelle je peux jouer sur le plan émotionnel, humain, et l’électro, car elles représentent comment j’aime exprimer ma musique, de façon rythmée ou pas. Condor est un putain de morceau que j’ai travaillé lorsque j’ai fait venir mon ingé son au milieu de la Cordillère des Andes. On a fait du son pendant dix jours et ce morceau est né. Il ressemble à ce que font deux mecs quand ils se marrent, mélangé aux influences musicales trouvées là-bas. Mais, généralement je n’ai pas d’idées pré-conçues. A chaque fois que j’ai eu une envie particulière, le résultat n’avait rien à voir. J’essaie de me laisser guider, de ne rien prévoir du tout.

LVP : Parlons scène. Le 1er mars tu seras au Chabada de Angers. Qu’est-ce que ça fait de jouer devant le public de ses débuts ?
T : Ce n’est pas forcément facile ! Il y a une appréhension particulière. En relevant la tête, on reconnaît des visages dans le public. Certains me suivent depuis le début, ils ont vu l’évolution. J’ai évidemment beaucoup de respect pour ces personnes, donc j’espère ne pas les décevoir. Mais, à chaque fois c’est hyper agréable et un réel plaisir de rentrer à Angers, continuer de partager ma musique avec ceux avec qui je le faisais déjà il y a presque cinq ans.

LVP : Ce n’est pas que de la musique. C’est aussi ramener l’album au même titre que des photos de voyage.
T : Exactement. C’est aussi comme ça que je vois le live. Sans spécialement faire une sorte de carnet de voyage, mais il y a ce rapport là. Je pars m’inspirer très loin et je ramène tout ça. Je mets à ma sauce puis je livre à la fois de la musique et de l’image. Ce moment est important car je le présente à des personnes qui ne l’ont pas vécu.

LVP : Peux-tu choisir un mot définissant ton live qui donnerait envie à une personne ne te connaissant pas encore de venir.
T : Si je devais choisir un seul mot, je dirais « immersif ». J’ai travaillé une nouvelle scénographie que j’ai entièrement designée. J’ai utilisé beaucoup d’images tournées pendant le voyage. Des graphistes ont crée des animations. C’est tout un univers lié au projet. Pour moi, un mélange entre immersif, graphique et esthétique. Le but est de pouvoir emmener le public le temps d’un set. J’aime quand la musique a le pouvoir de faire lâcher les freins à tout le monde pour partager un moment fort. Mais, je ne joue pas que cet album. Je mélange Transsiberian et d’autres morceaux.

LVP : L’album s’appelle ROADS Vol.1. Ça sous entend qu’il y aura d’autres volumes ?
T : Oui. J’ai construit cette caravane pour l’emmener sur plusieurs destinations, pas seulement pour l’Argentine. L’Argentine était la première étape. Je n’aurai peut-être pas le temps pour un album complet et partir trois mois… En tout cas, j’espère pouvoir repartir rapidement, continuer à composer avec ce studio mobile et l’emmener dans des endroits totalement différents ; voir comment les morceaux sonneront, comment l’environnement et le lieu peuvent influencer ma musique.

LVP : Tu penses à des destinations en particulier ?
T : Oui… J’aime bien garder la surprise. Déjà, car je ne suis pas sûr d’y arriver. Ensuite, parce que je peux changer d’avis. Je le garde pour moi jusqu’au dernier moment.

Merci Thylacine !

Merci également au Chabada de nous avoir permis de dompter l’animal !

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