Une conversation avec Chromeo

Tu fais tourner ?
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Cela fait plus de 10 ans que Chromeo nous fait danser, que ce soit par leur musique ou par des collaborations avec d’autres artistes. Alors que le duo a dévoilé cet été Head Over Heels, son cinquième album, on a pris le temps de se poser avec Dave et Patrick lors de leur passage au Pitchfork Music Festival. L’occasion de parler musique, mais aussi de l’image de la femme et de leur association au départ amicale mais qui prend aujourd’hui une tournure plus politique.

LVP : Hello Chromeo ! Vous venez de sortir Head Over Heels qui marque un retour à un son plus funk et organique. Qu’est ce qui vous a motivé à revenir sur cette façon de faire de la musique ?

Dave 1 : L’album d’avant, White Women, était assez disco donc on s’était dit qu’on allait repartir sur un truc plus funk avec des tempos plus lents.

Pee Thugg : C’était rapide, disco et un peu rigide.

D : On avait envie de rendre ça un peu plus humain disons. C’est le mandat qu’on s’est donné.

LVP : C’est vrai qu’il y a un côté un peu plus palpable qui fait moins distanciés dans le son.

: C’est ce qu’on voulait faire.

LVP : Il y a beaucoup de featuring sur ce nouvel album, beaucoup plus que d’habitude. Pourquoi avoir ouvert encore plus votre univers ?

D : C’est exactement ce qu’on voulait faire (rires). Y’a mon frère A-trak qui nous a aidé sur la vision globale de l’album et à chaque fois qu’on avait une idée de collaboration pour l’album et qu’on trouvait ça improbable il nous disait «  Ben non regarde, si Gorillaz arrive à collaborer avec des artistes hyper éclectiques, on peut voir ce que ça peut donner avec Chromeo ».
Pour nous c’était plus une expérience, un effet recherché, mais ça veut pas dire qu’on va toujours faire ça.
Après avoir fait Head Over Heels, on demande pas mieux que de revenir et de faire un projet juste nous deux ensemble. C’est pas du tout une nouvelle direction.

P : C’est un chapitre dans l’histoire.

LVP : Justement, comment on travaille avec des gens comme DRAM ou French Montana en studio ?

D : Ce qui est drôle, c’est qu’avec DRAM on a fait plusieurs sessions de studios avec lui pour essayer d’avoir le bon ton sur le morceau. C’était cool … Ça boit, ça fume (rires)

P : C’était assez approprié pour ce morceau en particulier. Pour nous DRAM c’est une espèce de Georges Clinton, Ol”Dirty Bastard … Je pense que le morceau a bien été choisi pour lui, il est arrivé, il avait décidé et il a chanté son truc. C’était presque immédiat en fait.

D : Avec French Montana, on était pas en studio, il nous a envoyé son couplet. Mais il est venu faire le clip donc on était avec lui récemment.

 

 

LVP : Et le fait de travailler avec d’autres gens en studio, ça vous a donné envie d’ouvrir votre espace scénique avec des musiciens ?

: On est entrain de préparer une version live du show avec des musiciens comme on l’a fait pour Tiny Desk. Donc il va y avoir quelques dates l’année prochaine avec un groupe.

D : C’est ce qu’on veut faire pour l’espace scénique, après le Tiny Desk on veut transformer ça pour le live. Pour les gens qui nous suivent et nous écoutent depuis longtemps ça peut être une expérience différente.

LVP : Ce que je trouve intéressant, c’est que même à deux il y a une ampleur du son assez énorme. Comment ça se travaille ?

D : On a des tracks mais on joue par dessus donc tu as toujours l’impression que c’est live puisque tu nous vois jouer de la guitare, de la basse, des claviers … Après y’a une fondation électronique c’est sûr. Mais tous les tracks qu’on utilise sont mixés à nouveau pour que ça tape plus et que ça crée plus d’espace sur le live. Y’a un vrai travail sur l’architecture sonore pour qu’elle se prête plus facilement au live.

LVP : Je vais reparler de l’album. Il y une grande différence sur le nouvel album au niveau de l’imagerie féminine par rapport aux autres albums. Est ce que c’est volontaire, ou est-ce que ça vous a été imposé par l’époque ?

: Les deux. On est conscient de l’époque et on est heureux de composer avec. Surtout, au niveau de l’image, c’était une façon de refermer le chapitre qui avait été ouvert avec Fancy Footwork. Ça fait une sorte de boucle et ça clôture une époque. On sait pas si on va nécessairement utiliser les jambes autant à l’avenir.
Ce qui est fou c’est que toi tu trouves ça plus respectueux et posé, nous aussi et c’est comme ça qu’on l’a conçu mais les gens en Amérique du nord sont tellement paranos et tellement sensibles que pour certains journalistes c’était le contraire. C’est très dur à calculer ce genre de trucs, mais c’est justifiable et c’est un truc qu’on accepte.
Avec Chromeo on a toujours une dimension humoristique et risquée, si on avait pas voulu faire ça, on aurait fait de la techno.

LVP : Tu parlais de la dimension humoristique et je me demandais avec qui vous faites vos pochettes.

D : On travaille avec la même D.A depuis 2007 qui est une française qui s’appelle Charlotte Delarue. Elle travaille avec nous depuis l’époque de Fancy Footwork et on fait tout en collaboration avec elle depuis.

LVP : Vos chansons ont souvent comme héros des « beautiful losers ». Est ce que vous vous rangez dans cette case et pourquoi vous chantez sur eux ? (rires)

P : C’est notre mission depuis le début. Représenter les gens comme nous. A la base on est deux gars vraiment normaux qui ont grandi ensemble au lycée. Les meufs ça a pas toujours été notre fort et je pense qu’on représente environ 90 % de la population (rires).
On est honnête et avec la musique qu’on référence, ça serait bizarre qu’on aie les mêmes sujets, les espèces de trucs machos. C’est à la fois humoristique et plus honnête comme sujet.

 

 

LVP : C’est ce qui m’a marqué à l’écoute de l’album, c’est hyper funk tout en occultant le côté macho. C’est presque du funk réaliste en fait, en dehors du fantasme.

P : C’est notre mission, pile poil ce qu’on veut représenter.

D : C’est exactement ça. Donner une nouvelle perspective. Si on fait référence à une sorte de musique il faut aussi la subvertir. C’est funk mais mélangé avec seinfeld.

LVP : Et finalement, vos paroles on peut les ramener à n’importe quel genre de relations humaines en dehors des relations normées. Comment vous travaillez ça ?

D : Exact, bien dit. Parfois c’est un jeu sur les pronoms, mais en dehors de ça, on pense à des situations sociales qui arrivent dans les deux sens. Un morceau comme You’ve got the juice  parle d’une lutte de pouvoir ou  Don’t sleep qui parle de rejet. Ça s’applique dans les deux sens.

P : Plus que les deux sens même !

D : C’est juste toutes les interactions en fait.

P : Ça peut être couple, ça peut être parental, ça peut être tout.

LVP : Vous avez déjà fait une chanson en français. Est ce que c’est une chose que vous voudriez refaire ?

D : On veut mais il faut l’inspiration pour le faire.

P : C’est plus compliqué et c’est tellement plus personnel. Ça nous rappelle le lycée.

: On repense aux dictées (rires)

LVP : J’ai une question un peu sérieuse pour finir. On vit à une époque un peu tendue où on monte les gens les uns contre les autres. Votre association finalement est devenue quelque chose de presque politique. Est-ce que vous pensez que la musique se doit d’être politique et comment vous, vous voyez l’époque ?

: Je pense que dans la forme, ça n’a pas besoin d’être politique. Notre musique reste apolitique. Mais dans le fond, par ce qu’on est, de nature ça donne un message. Notre voix, on choisit de parler de tous ces trucs la sur les réseaux sociaux, tout ce qui est en dehors du contenu de la musique est aussi important.
Et même sans rien dire d’exister en tant que duo …

LVP : C’est vrai qu’exister en tant que Chromeo est quelque chose qui peut marquer les gens.

D : J’espère en tout cas.

P : Je pense même que c’est plus fort quand il n’y a aucun contenu ou texte politique car ça montre qu’on en fait pas un truc. C’est tellement facile et naturel qu’on a pas besoin d’en parler.