Une lettre à Loyle Carner

Tu fais tourner ?
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Il y a parfois des albums qu’on aime mais dont on a énormément de mal à parler. Des albums sur lesquels il y a beaucoup à dire mais dont on ne trouve pas le bon angle d’ouverture. Mais finalement, on a tellement envie d’en parler qu’on essaie de trouver un moyen différent d’exprimer ce qu’on a à dire. Aujourd’hui, j’ai décidé de troquer le “on” par le “je” et d’écrire une lettre à Loyle Carner pour parler de Not Waving, But Drowing.

Cher Loyle, on ne se connait pas toi et moi, enfin moi je te connais un peu, ta musique étant sans aucun doute une porte plus qu’ouverte sur ta personne. Cher Loyle, une mer nous sépare mais nous venons tous les deux d’un environnement où le ciel est souvent gris et où la pluie a fini par devenir une amie intime et où l’on trouve la chaleur et le soleil ailleurs que dans le ciel. Si je t’écris aujourd’hui, c’est parce qu’il me semblait évident de m’adresser directement à toi plutôt que de tenter de faire une chronique. Tout simplement parce pour moi ta musique tourne autour d’une idée simple : rapper pour ne pas se noyer. Si tu es évidemment auto-centré, ta musique n’a pas l’égo mal placé de certains tes congénères. Si tu parles de toi, c’est avec recul, avec douceur et avec poésie. Tu te racontes pour ne pas te laisser emporter par tes pensées et tes souvenirs. Not Waving But Drowing, s’il s’agit d’une référence poétique, est ainsi un titre en forme de  mise en garde pour toi, une manière d’expliquer qu’il ne faut pas se fier aux premières impressions, que derrière le verni reluisant se cache parfois des craquelures. C’est un peu tout ça que j’ai ressenti à l’écoute de ton album.

Cet album, tes quinze chansons, forment une boucle, un cercle infini entre ta déclaration à ta mère chérie sur Dear Jean à sa réponse sur Dear Ben qui conclue cette histoire. Un cercle parfait, ponctué d’histoires, de moments et de vagues. Ici c’est donc une nouvelle fois à ta famille que tu fais appel :  celle de tes gènes avec ta mère mais aussi l’absence de ton père mais aussi celle de ton cœur, que ce soit tes amis que tu convoques dans ton album avec Tom Misch, Sampha ou Jorja Smith, mais aussi ceux qui sont partis à qui tu laisses une parole qui ne viendra jamais dans l’émouvante Krispy. Ce besoin de se raccrocher à ton univers, tu l’imposes aussi avec ces courts passages où tu enregistres ta réalité, que ce soit une conversation avec le père d’un fan, ce moment où tu commandes une soupe ou cette communion footballistique que tu captes sur It’s Coming Home ?.  C’est la vie que tu racontes à travers ton regard. C’est ta vie mais aussi celles des autres, car dans cette simplicité du quotidien, dans cette recherche permanente de la sincérité, tu vises le commun, le tout, le global. Une recherche qui se transforme en réussite totale sous ta plume.

Et pour conter ces histoires, il y a ta voix, profonde, caverneuse, mais jamais monocorde, toujours en mouvement. Ton flow si parfait se mouve et apporte avec lui les émotions et les intentions que tu veux nous offrir. De l’irrésistible et groovie You Don’t Know en passant par Looking Back, Still ou Ice Water, tu offres à chaque titre sa couleur et sa chaleur, tu contres aussi les attentes en te dirigeant vers des tons plus jazzy et organiques. Alors que le monde ne tourne qu’autour de la brutalité et le synthétique, tu nous offres des morceaux qui font corps, qui vibrent, cette recherche de sincérité qui est la tienne se retrouvant aussi dans cette recherche musicale, cette envie d’offrir des musiques sans temps. Dans tout ça je pourrais aussi te reparler de tes invités. Car oui ce sont pour moi des invités, plus que des simples featurings sensés être clinquant et te mettre en avant, si tu fais venir ces gens c’est pour partager ton univers, ouvrir ton monde pour des collaborations plus que des ajouts artificels. Ainsi Tom Misch apporte sa science de la pop sur Angel, tandis que Sampha éclaire de sa douceur Desoleil (Brillant Corners) pour ce qui est pour moi l’un des plus beaux morceau de ce début d’année, sans doute à égalité avec ce sublime Loose Ends que tu partages avec Jorja Smith et sa voix d’une autre époque. Dans tout ça, tu nous offres un album aussi cohérent que varié, une suite logique à Yesterday’s Gone, l’album d’un artiste qui a gagné en maturité mais qui reste toujours attaché à ce gimmick tout simple : la vie est le meilleur livre sur lequel écrire.

 

Cher Loyle, il est désormais l’heure pour moi de te quitter. Not Waving But Drowing est un album qui m’a marqué, car une nouvelle fois, si tu parles de toi c’est pour mieux toucher ceux qui t’écoutent et les aider à trouver des réponses aux questions qu’ils peuvent se poser aussi. C’est un album généreux, chaleureux et qui transpire l’amour et le talent. Et pour tout ça, je voudrais simplement te dire merci. Et à bientôt sans doute.