Village : Jacob Banks, la voix qui réconcilia soul et pop

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Après trois formats courts, la plus belle voix de sa génération franchit le pas avec son premier album. Village, nommé ainsi d’après le mantra it takes a village to raise a child, permet à Jacob Banks de rencontrer de nouvelles influences afin de continuer à repousser les limites de la soul.

Un fragile équilibre entre héritage et modernité. C’est tout l’intérêt de la musique de Jacob Banks. L’album compte d’ailleurs deux chansons présentes sur sa précédente sortie, l’EP A Boy Who Cried Freedom. Il faut dire que ces deux chansons, en plus d’avoir grandement contribuées à l’explosion de l’artiste, résument à elles deux la vision du chanteur anglo-nigérian. D’un côté, Chainsmoking, l’alliance de mélodies blues et de productions RnB qui étonne à la première écoute mais qui fait mouche. De l’autre, Unknown (To You), une ballade piano-voix délicatement enrobée de modernisme qui laisse ce qu’il faut de silence afin de mettre en valeur une voix d’une rare puissance.

Un album incroyablement varié, donc. Il y a un aspect dansant, mainstream, qu’on s’attend à retrouver dans de nombreux films et publicités à l’avenir. Keeps Me Going et ses rythmes caribéens en sont un parfait exemple. Prosecco également, sous forme de RnB décomplexé, qui a autant surpris le public que le chanteur qui nous a confié avoir vu cette chanson comme un challenge. Le premier single de l’album Be Good To Me est lui dans la droite lignée de Chainsmoking, la participation de Seinabo Sey en plus. Autre influence surprenante, le reggae fait son apparition sur Love Ain’t Enough et Mexico, toujours précieusement dosé afin de ne pas empiéter sur la voix d’or de l’auteur.

Incontestablement bien produite, ce n’est cependant pas cette partie de l’album qui nous a conquis. En effet, si ce côté léché rend l’univers de Jacob Banks accessible et universel, son identité réside aussi et surtout dans des clins d’œil appuyés à une autre époque. On retrouve donc avec plaisir des morceaux tels que Caroline ou la bien-nommée Nostalgia, ballades teintées de jazz qui s’élèvent dans des chœurs soul. Une influence jazz cultivée tout au long de l’album et qui remplace la dominante blues des projets précédents, notamment sur Grown Up où les envolées de Jacob Banks répondent au minimalisme de Nana.

Mais c’est surtout la capacité du chanteur à transmettre des émotions au travers de productions plus minimalistes qui marque, notamment sur l’excellent EP Monologue. Dénuée de tout élément superflu, la maitrise de sa voix laisse paradoxalement transparaître une certaine sincérité. Associée à la délicatesse de celle de Bibi Bourelly sur Kumbaya, c’est tout simplement sublime. Ce tempo ralenti permet également de recentrer l’attention sur des textes mélancoliques à l’image de Slow Up, chanson la plus difficile à écrire de l’album selon son auteur. Sous forme de ballade introspective, une production down-tempo à mi-chemin entre The xx et Ibeyi met en valeur des phrases telles que « What I’ve learnt from a mirror, Look too hard and you’ll find a stranger », comme si l’artiste mettait en images le conflit entre innocence et maturité. Le thème de la déception amoureuse est également bien présent, notamment sur la piste qui conclut l’album en regroupant deux chansons en une. D’abord, une association piano-voix tout en subtilité nommée Peace of Mind, puis une démo guitare-voix enregistrée directement à l’iPhone par Jacob Banks, pour ce qui est la minute la plus intimiste et réussie de tout l’album : imparfaite, avec ses aspérités et ses tâtonnements, c’est la représentation la plus pure du talent de l’anglo-nigérian.

Si l’on peut légèrement regretter un virage orienté vers la pop mainstream amorcé depuis A Boy Who Cried Freedom, Village reste un album de très grande facture montrant toute la polyvalence de l’artiste de Birmingham, qui a le mérite de remettre la soul au centre de la discussion à l’instar de Leon Bridges, Michael Kiwanuka ou Her. Et on ne peut que conseiller de se ruer au Trianon les 15 et 16 décembre prochain, car Jacob Banks appartient incontestablement à la caste des artistes qui prennent toute leur envergure lorsqu’ils évoluent sans filet.

Petit, je pensais que Daniel Balavoine était une femme. C’était d’ailleurs ma chanteuse préférée.