Wild Nothing, douceur et nostalgie à la Maroquinerie

Tu fais tourner ?
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Après le chaos orchestré par Cloud Nothings au Point Ephémère, on retrouve l’équipe de Super! dans un autre repère de la musique indé pour un groupe au nom similaire, mais à l’esthétique on ne peut plus opposée. Tout en douceur et nostalgie, c’était Wild Nothing à la Maroquinerie.

2010. Les Etats-Unis découvrent Jack Tatum alias Wild Nothing à l’occasion d’un premier album intitulé Gemini, porté par la bien-nommée Summer Holliday, qui deviendra vite la bande-son estivale d’une jeunesse en quête de volupté. Wild Nothing reviendra deux ans plus tard encore plus fort avec le déjà culte Nocturne et ses nombreuses perles (notamment Shadow, Nocturne, Only Heather ou This Chain Won’t Break). Si les deux albums suivants furent moins marquants, ils seront un prétexte suffisant pour que de nombreux romantiques se massent à la Maroquinerie.

Mais avant que chacun ne replonge dans ses souvenirs, c’est J Fernandez qui a pour mission de réveiller la salle. Tout en modestie, laissant le centre de la scène à son bassiste, le jeune talent livre un set à l’esthétique résolument vintage : trémolo sur la guitare, vibrato sur le synthé et mélodies lasses. Ce n’est pas pour rien que son single s’appelle Unwind.

Place maintenant à Wild Nothing. Caché sous sa casquette, Jack Tatum est à l’opposé du cliché du rockeur. Lorsqu’un “je t’aime” retentira dans la fosse, il répondra par un “je t’aime aussi” gêné, comme s’il ne se faisait toujours pas à sa capacité de toucher ses auditeurs après une décennie sur les routes d’Amérique et d’Europe. Toujours est-il que sa musique est à son image : sans prétention, mais diablement sincère. L’effet est immédiat, d’autant plus que le groupe décide de ne pas tourner autour du pot en attaquant son set avec Nocturne, ce qui est à la fois une prise de risque et un moyen parfait d’annoncer la couleur à la Maroquinerie. Car Nocturne réunit tous les ingrédients qui ont fait le succès du groupe de Blacksburg (Virginie). Une voix douce, de longs ponts musicaux, des guitares et synthés entremêlés dans une texture rêveuse, des riffs efficaces nimbés de réverb’ et de delay. En fermant les yeux, on s’imagine aisément partageant des Rolling Rocks sur une plage au bord de l’océan atlantique.

Un concert de Wild Nothing ne saurait cependant se résumer à de la pop rêveuse, et le groupe alterne entre calme et morceaux plus rythmés d’influence new wave (notamment les chansons du nouvel album Indigo). De temps à autres, le claviériste s’empare même d’un saxophone pour pousser le plaisir coupable kitsch à son paroxysme. Une question demeure : comment retranscrire en live des nappes de guitares savamment assemblées en studio ? Un doute que le guitariste balayera avec aise, créant des textures à l’aide de sa Stratocaster blanche avec une telle aise qu’on croirait voir Ed O’Brien sur scène. Si le public est plutôt calme, il se mettra à danser sur le très 80s Canyon on Fire et son break tonique, alors que Jack Tatum s’interroge “Who would I be without you ?“.

Il est alors temps de conclure le concert sur un épisode tragi-comique. Après avoir annoncé ne pas prévoir de rappel, le quintet enchaîne les plasirs du début de la décennie. Le rêveur Paradise dont le pont progressif fait résonner les murs de la Maroquinerie, puis les immanquables Letting Go et Shadow, dont la section cordes sera revisitée par le saxophoniste. Jack et consorts sortent alors de scène sans avoir joué la chanson qui est probablement leur plus gros tube, Only Heather. Alors que la salle la réclame à cor et à cri, Jack reviendra sur scène pour annoncer qu’ils n’avaient “honnêtement plus de chansons à jouer“.

Partagés entre la joie de voir un artiste refuser de jouer une chanson à contre-cœur (après tout, cette fameuse Heather ne représente sûrement plus ce dont parlait la chanson il y a sept ans) et la déception de ne pas pouvoir s’offrir un shot de mélancolie supplémentaire, on remonte dans la cour, où cette omission est sur toutes les lèvres. Un choix osé qui ne manquera pas de faire parler. Après tout, n’est-ce pas cela réussir sa sortie ?

PS : Comme on est des gens biens, voici une version live de cette fameuse chanson bannie.