"You guys are crazy, you make me feel old" : le Point Éphémère impressionne Cloud Nothings

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Il y a deux types de concerts. Ceux où l’on se rend pour aller au bout de ses émotions, et ceux qui font au contraire office d’exutoire chaotique aux soucis du quotidien. Le passage de Cloud Nothings au Point Éphémère est clairement à ranger dans la seconde catégorie. Car le groupe de Cleveland a avant tout une esthétique à part. A l’heure où les synthés remplacent progressivement les instruments à cordes et où la rage a laissé place à la mélancolie, la bande à Baldi semble venir tout droit d’une autre époque.

Première impression en rentrant dans la salle du Point Éphémère : c’est un vrai sauna. On passe donc cinq bonnes minutes à hésiter entre voir flou derrière ses lunettes embuées ou ne rien voir du tout (sans lunettes, forcément…). Tant mieux, le but étant ici de se soustraire au monde extérieur. Salaire impayé, découvert qui s’ensuit, crush Tinder qui ne répond plus, embrouilles diverses, Cloud Nothings balayera bientôt tout sur son passage. Mais c’est pour l’instant le trio Better Off Dead (en référence à Sum 41 ?) qui s’occupe de faire monter la température. en respectant l’esthétique punk jusque dans les paroles féministes, les chansons qui ne dépassent pas la barre des trois minutes et les transitions aléatoires.

Une fois ce premier set terminé, on assiste à un ballet étrange entre les novices s’éloignant de la scène en direction du bar, et les fans aguerris se frayant un chemin à contre-courant afin de se placer pour attendre au meilleur endroit, tel Olivier Giroud sur corner. Le calme avant la tempête, en somme. Seul un t-shirt Hellfest 2012 permet de donner un indice quant à la suite des événements.

Le quatuor de Cloud Nothings arrive donc sur scène un peu avant 10h, et la salle se transforme dès le premier coup de cymbale. Notre voisin, si calme sur son téléphone une minute auparavant, secoue désormais la tête à s’en donner un torticolis. Dans un style très 90s, oscillant entre punk et grunge, Cloud Nothings va droit à l’essentiel avec ses guitares saturées, sa basse frénétique et surtout sa brute épaisse à la batterie qui associe précision, endurance et puissance de manière inhumaine. Les paroles, mi-braillées, mi-chantées, sont difficilement compréhensibles mais transmettent cette énergie rageuse caractéristique au groupe de Cleveland. Tout bon pogo ayant besoin d’un esprit téméraire pour lancer les hostilités, c’est une petite silhouette blonde qui donnera l’assaut dès la troisième chanson, alors que Dylan Baldi et ses congénères continue de déballer leur nouvel album devant des mouvements de foule de plus en plus importants. Une ombre traverse la scène alors qu’un fan aux cheveux rouges plonge tête la première dans le public, apportant une touche de folie supplémentaire. C’est le moment choisi par les artistes pour jouer Dissolution, morceau de plus de dix minutes ou deux parties résolument punk sont séparées par une transition de noise apocalyptique où un larsen s’étale sur de longues minutes. L’audience reprend son souffle avant de repartir de plus belle. Comme dans un concert de métal, les adeptes profitent d’une chanson au couplet calme (comprendre : des guitares toujours aussi saturées, mais une batterie en retrait) pour former une cercle au centre de la salle avant de se jeter les uns sur les autres aussitôt le refrain arrivé. Cela aura le mérite de faire réagir un Dylan Baldi peu bavard : “You guys are crazy, you make me feel old“. Le concert se finira dans l’allégresse par une nouvelle salve de slams alors sur le tube I’m Not Part Of Me, dont un aperçu est disponible ci-dessous.

On sortira lessivé mais heureux de ce beau capharnaüm. Il pleut toujours autant sur le canal Saint Martin, mais pour une certaine raison la pluie paraît plus accueillante, pleine de possibilités. Après tout, il est vendredi soir et une bouteille nous attend bien quelque part.