Young Fathers : Vous reprendrez bien un peu de Cocoa Sugar

Tu fais tourner ?
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“Wow, what a time to be alive.” Le 9 mars dernier, les prophétiques Young Fathers livraient leur troisième album Cocoa Sugar. Un petit mois plus tard, nous voilà remis de cette overdose de générosité, d’effervescence et d’efficacité pour vous raconter. Wow.

Ensemble depuis l’adolescence, Alloysious, Kayus et G ne cessent leur fulgurante ascension. Repérés et pris sous l’aile de diverses équipes de production, la petite troupe a le mérite d’avoir géré d’une main de fer une carrière indépendante de quelques années durant lesquelles ils ont notamment produit les très acclamées mixtapes TAPE ONE et TAPE TWO, véritables tremplins de leur parcours. Après une tournée en première partie des légendaires Massive Attack, une invitation à imposer leur touche si distinguée sur le récent Trainspotting 2 et deux projets studio très remarqués, ils signent enfin leur grand retour. Plus accessible, moins fada et confus mais toujours aussi remarquable, ce nouveau disque semble faire ses présentations à un plus large public. En effet, on s’attaque ici à une atmosphère plus “pop”, même si le terme manque cruellement de profondeur pour définir une musicalité aussi versatile que la leur. Fort heureusement, le caractère expérimental, cabalistique voire occulte du trio ne plie pas et c’est avec joie que l’on retrouve ci et là de corrosives sonorités pour titiller nos zones de confort.

La poésie qu’on leur connaissait déjà est davantage mise en avant sur cette ode à la prose où l’importance des vers transcende. Le mélodieux Tremolo vient ainsi jouer des mots et de leur portée pour délivrer une mélancolique balade qui rappelle leur magnétique I Heard. C’est aussi par son lyrisme que l’introducteur See Howléger procès de l’amour moderne, brille et ouvre avec grâce ce houleux Cocoa Sugar. C’est du même amour dont il est question dans le cérémonial Lord aux allures de cantique sacré qui emporte autant qu’il touche. Ce dernier s’accompagne d’un magnifique visuel à l’esthétique calibrée collant à merveille avec la complexité et l’authenticité des entités personnifiées avec talent par les trois artistes. Le cinquième projet des comparses d’Edimbourg est donc imprégné de love et c’est beau à entendre.

Ensuite viennent la fougue, la hargne et l’ardeur si propres aux Young Fathers. Ainsi, Toy et In My View viennent faire honneur à la fièvre de titres comme Old Rock n RollSister ou encore le bouillonnant No Way pour ne citer qu’eux. Plus timides, moins cacophoniques, les deux morceaux parviennent tout de même à procurer cet éclair annonciateur de grands moments de communion et de foules endiablées. Wire vient alors littéralement chambouler cette légère carence énergétique pour envoyer un concentré de semi-techno hyperactive qui prouve une fois encore que rien n’arrête la diversité de la triade. À cette énergie vient naturellement se poser le flow furtif de Kayus sur les excellents Turn et Holy Ghost dont les textes engagés ne vont pas sans rappeler la prise de position du magnifique LOW.

Par leurs voix, leur originalité et l’intelligence de leur art, les trois Anglais embellissent ici une certaine marginalité musicale et prouvent avec aisance leur statut de prophètes contemporains de la musique futuriste. Plus doux que ce que laissaient présager les précédents travaux du groupe, ce nouvel opus permet d’explorer en toute liberté le registre plus lyrique et sensible des Young Fathers. Wow, qu’il était beau ce Cocoa Sugar.


Caméléon musical aux allures de mafieux sicilien.