Aloïse Sauvage court plus vite que tout le monde

Tu fais tourner ?
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Depuis une semaine, Dévorantes résonne fort et Aloïse Sauvage impressionne. La chanteuse qui était nommée dans la révélation scène aux dernières Victoires de la Musique se dévoile à nouveau avec franchise et émotion. Sur ces onze titres, elle interroge l’amour sous toutes ses formes et file à toute allure. C’est elle-même qui le dit, Aloïse va vite. Elle court après l’ivresse et la liberté. Alors, on va essayer de la suivre tandis que le disque tourne. 

Il y a un an, Jimy nous avait littéralement retourné. Aloïse Sauvage présentait son EP sur lequel on devinait déjà sa force et sa sensibilité. Avec celui-ci, elle ajoutait ainsi une corde supplémentaire à un arc déjà bien fourni. Celle qui maîtrise aussi bien la flûte que la batterie et qui est aussi douée à l’écran que debout sur un fil prouvait donc une nouvelle fois qu’elle était capable de tout.

Depuis, on a tout essayé pour savoir dans quel couloir la placer. Si certains la voient courir au coude à coude avec Aya Nakamura et Eddy De Pretto, d’autres estiment qu’elle fait tout pour rattraper Chris mais que c’est Diam’s qui lui colle aux basques. Peu importe finalement, car Aloïse n’a pas de limites et s’affranchit des codes du rap et de la pop. En un an, des dizaines de dates et quelques tournages, la chanteuse ne s’est pas fatiguée. Elle livre son premier album Dévorantes, un chapitre aussi intense que l’introduction qu’elle nous avait présenté plus tôt.

Dans cet album, on retrouve cette même urgence et ce combat continu pour la liberté et l’acceptation de soi. Aloïse y pose ses failles, sa tristesse mais aussi ses peines amoureuses. Comme elle nous le confiait entre deux courses, ce disque est plus assumé, plus complet que le précédent. Elle n’est pas de ceux qui démarrent en douceur pour maintenir le cap. Sur ce disque, elle a tout mis d’elle-même et ce, dès la première foulée. Dévorantes commence par un aveu de faiblesse aux allures mélancoliques, créant un sentiment de paralysie dans une course effrénée : “Mais pourquoi s’effondrer encore et toujours, toujours ? Alors qu’faudrait simplement foncer tout schuss, tout schuss. La question est ainsi posée dans Et cette tristesse, qui fait couler des larmes à l’intérieur du corps alors que celui-ci ne peut s’empêcher de danser.

On reste sur cet élan avec Omowi, une chanson colorée qui chante la fierté, l’amour et la diversité. Au passage, Aloïse Sauvage en profite d’ailleurs pour tacler la Manif pour tous : “Reprends ton souffle et tes pancartes et va marcher plus loin”. Un son combatif, voire tribal, pour danser en harmonie. On augmente toujours la cadence sur Feux verts et Mega Down, sur lesquels des textes autobiographiques accompagnent un flow qui mêle musique électro et afro-trap.

Il est finalement temps de jeter un coup d’œil sur le chrono. Aloïse nous surprend à nouveau en ralentissant sans prévenir. Elle prend le temps de dire ses fragilités sur un rythme plus doux, plus mélodieux et surtout, plus chanté. Le corps s’efface l’air de rien et donne plus de place aux mots pour exprimer avec lyrisme et candeur les maux qui la freinent et les angoisses qui la hantent. Sur ces titres, la tornade Sauvage se montre plus fragile et chante ses doutes de manière directe. Dans Toute la vie, elle souffle sa peur du non-futur en amour et se rassure de manière presque trop naïve que : “Si on s’aime, notre vie va être belle” dans Si on s’aimeLa chanteuse exprime de façon émouvante et très intime sa relation avec son père, puis jongle avec les mots pour aborder la maladie et la perte d’un proche. 

Il reste quelques mètres alors on avance encore, d’un pas plus souple, plus aérien. Et là intervient Dévorantes. Pas besoin de chercher pourquoi cette chanson est devenue le titre de l’album. Sur celle-ci, Aloïse retrouve sa hargne de vivre : “J’ai envie de m’écouter. Quand tout t’atteint c’est là qu’il faut t’en détacher. J’ai envie de tournoyer, d’être en nage tellement j’ai transpiré. J’ai envie de rester fiable. Pas être faible dès qu’ils veulent me modifier.” Un vent d’émotions nous souffle dans le dos à l’heure du refrain. Aloïse Sauvage conclut ce disque en livrant quatre minutes 30 d’envies. Quatre minutes 30 intenses. Quatre minutes 30 à couper le souffle. Quatre minutes 30 dévorantes.