An Evening With Silk Sonic ou l’art de mettre des paillettes dans nos vies
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Auteur·ice : Augustin Schlit
04/12/2021

An Evening With Silk Sonic ou l’art de mettre des paillettes dans nos vies

Lorsque le projet Silk Sonic est apparu de nulle part en mars dernier, il n’a pas fallu longtemps avant que ce qui avait été présenté initialement comme une légère récréation entre deux artistes à l’agenda déjà bien rempli devienne un des projets les plus attendus de l’année. Il faut dire que les deux compères ont frappé vite et fort, avec l’imparable Leave the Door Open, qui nous ouvrait les portes d’un univers merveilleux fait de funk débridée, de strass et d’une touche bien dosée de RnB moderne. Malgré tout, en bons entertainers qu’ils sont, les amis Anderson .Paak et Bruno Mars ont pris un malin plaisir à nous faire languir six longs mois avant de nous laisser mettre la main sur le projet dans son intégralité. Alors, hype justifiée ou plan marketing (un peu trop) bien ficelé ?

En réalité, comme souvent d’ailleurs, sans doute un peu des deux.

Commençons tout d’abord par l’évidence même : nos deux hôtes ont ceci en commun qu’ils possèdent un charme naturel qui frise l’indécence, et qui leur confère par la même un capital sympathie à peu près équivalent et relativement inépuisable. De plus, qu’on soit fan de l’un ou de l’autre (voire des deux), il faudrait faire preuve d’une sacrée dose d’hypocrisie pour ne par leur reconnaître un talent manifeste, aussi bien en tant que musiciens que showmen. De par cet état de fait, on peut affirmer sans risque que le potentiel d’échec de Silk Sonic avoisinait d’emblée le zéro absolu. Qu’à cela ne tienne, tous les albums n’ont pas vocation de repousser les limites de l’art et certaines œuvres trouvent tout leur intérêt dans la bouffée de légèreté qu’ils offrent à l’auditeur·ice.

 

La force principale d’An Evening With Silk Sonic, c’est donc justement de savoir très exactement dans quelle catégorie il boxe. En effet, à aucun moment du disque, nos deux real certified lover boys ne donnent l’impression de se prendre au sérieux, conférant à l’ensemble du projet un aspect à la fois kitch et irrésistible. Qu’on se le dise, avec Silk Sonic, on se marre autant qu’on se déhanche. La principale raison de cette légèreté de ton est évidemment la nature des textes, souvent d’un clownesque désarmant, voire parfois même d’une absurdité désopilante. Cette décomplexion donne d’ailleurs naissance à quelques moments d’anthologie. On pense tout de suite à l’exquis Smoking Out The Window qui voit les deux compères se lamenter d’avoir été mis sur la paille par une conquête un peu trop exigeante financièrement. Ou encore aux déclarations d’amour douteuses – “you smell better than a barbecue” – sur Skate.

 

Bien sûr, ce second degré n’aurait pas la même saveur si le duo ne maîtrisait pas aussi bien son sujet. C’est d’ailleurs précisément parce qu’il le maîtrise si bien qu’il peut se permettre autant de désinvolture. C’est simple, du début à la fin de la tracklist, chaque arrangement est réalisé avec une minutie remarquable, et qui témoigne aussi bien de la qualité de musiciens des deux acolytes (si elle était encore à prouver) que de l’amour qu’ils vouent à cette période de notre histoire musicale. Sans jamais avoir l’impression que l’album fasse dans la récupération facile, on retrouve avec joie tout ce qui a fait la saveur d’artistes comme Stevie Wonder, Curtis Mayfield, The Meters, etc. Avec en guise de validation, la présence du légendaire Bootsy Collins comme maître de cérémonie.

Avec autant de cordes à son arc, on pourrait penser qu’An Evening With Silk Sonic a tout ce qu’il faut pour devenir un classique. Seule ombre au tableau, la légèreté qui rend le projet si plaisant s’avère également être son pire ennemi. On peut expliquer cela par le fait que ce qui aurait gagné à n’être qu’une simple tranche de fun entre amis a fini par être victime de son succès, créant des attentes sans doute allant au-delà de ce que le duo avait la prétention de nous proposer. Évidemment, la tentation de mettre la faute sur le dos de l’équipe marketing est grande. Et à raison, puisque le réel problème réside dans le fait que la légèreté assumée du ton de l’album se trouve court-circuitée par une campagne promo digne d’un album d’Ed Sheeran. Forcément, on ressort avec un goût de trop peu. On peut aussi arguer qu’au bout d’un moment, on commence à entrevoir les limites de l’inspiration de Silk Sonic sur certains titres plus dispensables comme 777 ou Blast Off, morceau de clôture relativement oubliable.

 

Au bout du compte, et malgré ces quelques réserves, on n’a aucun doute sur le fait qu’An Evening With Silk Sonic résistera honorablement à l’épreuve du temps. Car une fois le matraquage médiatique estompé, on n’est pas surpris par l’irrésistible envie qui nous prend de se replonger dans ce projet pour ce qu’il est : une friandise savoureuse et un moment de joie contagieux qui continuera inlassablement à déclencher des pas de danse effrénés chez tous les amateurices de pantalons pattes d’eph. Et qu’on se le dise, tant que Silk Sonic sera là, la bamboche sera loin d’être terminée.

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