Bienvenue à Dead Club City, l’univers parallèle de Nothing But Thieves
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Auteur·ice : Chloé Merckx
16/07/2023

Bienvenue à Dead Club City, l’univers parallèle de Nothing But Thieves

Dead Club City, le quatrième album de Nothing But Thieves est enfin dans nos oreilles. Petit disclaimer : en lisant cette chronique vous allez probablement la trouver dithyrambique. On ne va pas vous cacher qu’avec Nothing But Thieves, c’est une histoire d’amour qui remonte à longtemps. On ne sait pas exactement pourquoi on les aime tant, probablement parce qu’ils ont marqué une période de notre vie, que leurs textes et leur musique sont d’une intensité douce et mélancolique qui nous fait chavirer. Mais aussi parce que peu de groupes de rock osent se démarquer de la sorte. Si leurs innovations sont timides, elles sont néanmoins ingénieuses et permettent à un genre qui se meurt peu à peu de renaître de ses cendres. Dead Club City est le quatrième album du groupe, et c’est une pépite. 

Welcome To The DCC, sont les premiers mots chantés par Conor Mason à l’ouverture de cet album. Sur une guitare nerveuse, le sésame énigmatique permet à l’auditeur de pénétrer dans ce monde parallèle, perdu dans les limbes d’un vieux post de télé. Il faut dire que le groupe a imaginé les choses en grand pour la sortie de ce quatrième album. Dès le premier single, ils donnent le ton : énigmes, codes secrets et vidéos énigmatiques en guise de preview.

Avec Dead Club City, Nothing But Thieves fait le pari d’offrir au public ce qu’on pourrait appeler un album à concept. Créer une expérience, une intrigue qui donne à l’auditeur·ice le sentiment d’être spécial·e, de faire partie de ce qui a le potentiel d’être un grand moment dans l’histoire de la musique. Si on n’en n’écarte pas l’aspect marketing évidant, créer autant d’attention en prévision d’un projet sert aussi à convaincre un·e fan de persévérer dans son écoute, de ne pas avoir peur des chansons moins accessibles, car elles font partie d’un concept.

Dans ce cas-ci, il n’est certainement pas question de se cacher derrière un concept pour justifier des choix douteux ou bâclés. En termes de production, Dead Club City frôle l’excellence. Orchestré par le guitariste et claviériste Dom Craik, elle offre une palette de sons très large qui s’entremêlent à la perfection.

Mais la force de ce projet réside évidemment dans les 11 chansons qui composent l’album. Il y a du lourd, du très lourd, du plus doux et même du bizarre. Tout en s’éloignant, parfois très fort, de leur style qu’on a tant aimé dans Broken Machine, les musiciens ont réussi à conserver leur ADN, et le résultat nous laisse plein de questionnements autant sur l’histoire qui se raconte au fil des paroles que sur leurs intentions derrière un tel projet. Le travail visuel réalisé mérite également d’être salué, que ce soit pour les visualiser YouTube, la réalisation des clips ou simplement la pochette, le tout évolue dans une unité maîtrisée qui représente bien l’atmosphère de l’album.

Welcome to the DCC

Le premier single est également le premier titre de cet album. Il a surpris de par son influence très eighties, qu’on retrouvera à plusieurs moments dans l’album, et son côté à la fois très énergique et pop. On remarque directement le travail sur les textures qui offre un son à la fois profond et dansant. Le côté très électronique nous apporte ce côté insidieux et futuriste, une bonne intro donc à l’univers de Dead Club City, ce lieux mystique qui nous promet une vie parfaite au paradis. S’agit-il d’une secte, d’une vie dans l’au-delà ou d’un monde parallèle, nul ne le sait réellement, ce qui a pour conséquence d’agiter la “NBT sphère” de Twitter et d’amuser Joe, le guitariste.

S’en suit leur deuxième single Overcome, lui aussi ayant l’air de sortir tout droit de Stranger Things. On poursuit la trajectoire vers un son plus pop qu’à leur habitude, même si un solo de guitare nous frappe vers la fin de la chanson. Niveau paroles, le groupe nous fait cadeau d’une petite leçon d’humilité, un chant d’espoir pour celles et ceux qui traversent une mauvaise passe. La douleur s’estompe, on ne reçoit pas toujours ce qu’on veut dans la vie mais on va surmonter ça comme on l’a fait avant. Et ça c’est beau.

I’ve been thinkin’ babe, maybe you’re right When you said the pain weathers in time We’re just waiting for a change to follow We don’t always get all that we want Redefine the pain to something more And we shall overcome as we’ve done before

Tomorrow Is Closed

Probablement le premier grand moment de cet album, Tomorrow Is Closed est un banger brittpop sentimental, un cri du cœur larmoyant comme on les aime. Une fois qu’on a les paroles en tête, il est physiquement impossible de se retenir de scander “SO HERE’S YOUR LAST KISS”, en plein milieu d’une rame de métro. La chanson est d’une intensité parfaitement maîtrisée, juste ce qu’il faut pour s’y plonger sans pour autant que cela nous monte à la tête. Après avoir vu le clip cependant, ce qui nous paraissait être plutôt de l’ordre de la breakup song nous semble désormais plus comme le discours d’un preacher américain devant une secte. Mais regardez-le et faites-vous une idée par vous-même, après tout, c’est ce que le groupe souhaite.

Keeping You Around

Vient ensuite le presque hip hop Keeping You Around. À ce stade, l’album prend un tournant un peu plus inattendu avec ce son qui divague fort de leur habitude. Et pourtant on retrouve des éléments qu’on connaît bien, un riff qui ressemble furieusement à celui de Soda et une référence à Broken Machine dans le texte. Somme toute, une chanson qui fonctionne et qui leur ressemble, ce qui prouve que même en s’éloignant de leur zone de confort, leur patte et tellement bien travaillée qu’elle est transposable dans tous les styles.

City Haunts, Do You Love Me Yet, Members Only

Avec City Haunts, on dévie du mélancolique pour partir sur un son un peu plus rock, un peu plus sale, qui nous rappelle leurs débuts. Conor monte dans les aigus à la Prince, la basse claque et les guitares raisonnent. Dans la progression de l’album, on remonte doucement vers des sons plus vifs, c’est le cas notamment de l’excellent Do You Love Me Yet et son côté années 80 complètement assumé. C’est un peu la chanson qui nous donne envie d’enfourcher une moto et de parcourir l’ouest américain. On a droit à un très bon rock, encore une fois très bien produit et plein de puissance. À ce stade-ci, on comprend aussi que l’influence eighties sert à brouiller les pistes qui mènent à Dead Club City, où se trouve ce lieu mystérieux ? À quelle époque ? Dans quel univers ?

On entre dans le plus conceptuel avec Members Only, si la chanson ressemble très fort à des sons qu’on a déjà pu entendre dans des projets précédents avec un riff dans la même vibe que Futureproof au début, ce titre est doté d’une complexité insoupçonnée dans sa composition. Plusieurs rythmes et tonalités différentes s’entremêlent sans qu’on s’en rende compte, en ressort un résultat qui rentre avec facilité dans l’oreille. Et quand la voix de Conor monte dans les aigus pour doubler le solo de guitare, juste waouw.

Green Eyes :: Siena

À notre grand étonnement, cet album ne comprend pas de chansons tristes ou larmoyantes. Pas de 6 Billion, pas de Particles, ou de Impossible, juste une petite ballade toute douce au nom de Green Eyes :: Siena. Plusieurs raisons peuvent expliquer ceci, à commencer par le projet solo de Conor Mason, Man Made Sunshine, dans lequel il a pu s’exprimer en toute liberté sur ses chagrins et ses batailles avec sa santé mentale, permettant peut-être de revenir avec un projet plus rock. Mais aussi parce que le tout fait partie d’un concept qui se situe entre les réalités alternatives et les voyages initiatiques, laissant peu de place aux chansons tristes. Sur des orgues électroniques à la Deep Purple, on nous offre ici un petit moment calme, pour nous remettre de nos émotions avant d’attaquer la suite.

Foreign Language, Talking To Myself

Foreign language est peut-être la pièce la moins accessible de l’ensemble, encore une fois beaucoup de rythmes différents, de tonalités différentes s’enchaînent, et si l’exercice est compliqué pour notre compréhension, c’est peut-être parce que la musique exprime ce qu’on entend dans le texte, une langue étrangère.

Le groupe pousse les limites encore plus loin avec Talking To Myself en s’essayant aux accords jazzy. Tout le monde n’est pas fait pour faire du jazz, mais la voix de Conor frôle tellement la perfection qu’elle a le pouvoir de nous emmener naviguer sur les vagues les plus hostiles sur un bateau qui tangue à peine.

Pop The Balloon

Pop the balloon, c’est peut-être la pièce maîtresse de cet album, le clou du spectacle, le bouquet final du feu d’artifice qui explose dans les oreilles et nous en fait voir de toutes les couleurs. On bombarde Dead Club City et l’univers s’effondre. On connaît leurs capacités en termes de puissance, mais ils arrivent encore à nous étonner. Tout fonctionne, tout est maîtrisé, du début qui attaque, à l’interlude façon The Doors jusqu’au climax du solo de guitare qui nous chamboule une dernière fois.  Ce morceau vient combler un vide insoupçonné de notre existence.

Résultat des courses, les Anglais se sont surpassés pour ce quatrième album. Si Dead Club City évolue bien dans une sorte de continuité avec le précédent en termes de production, on ressent tout de même une envie de pousser les limites et de prendre un tournant un peu moins commercial. Ils retournent aux sources, c’est-à-dire une musique rock et sentimentale, tout en sortant des sentiers battus, pour conserver leur titre de petits prodiges du rock alternatif. Well done lads!

 

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